« Être homophobe n’est pas révolutionnaire » – Les luttes LGBTIQ dans l’orbite du processus révolutionnaire arabe (Seconde partie)

 

Première partie : etre-homophobe-nest-pas-revolutionnaire-les-luttes-lgbtiq-dans-lorbite-du-processus-revolutionnaire-arabe-partie-1/

De là va naître un triple mouvement

Une série limitée de coming out individuels1, qui sont de fait des actes militants, que ce soit au niveau de la famille, du lycée, du quartier ou de façon médiatisée :

Zak Ostmane et Anouar Rahmani en Algérie, Hamed Sinno, au Liban2, Ramy Ayari ou Amina Sboui (cette dernière, à la télévision le 26 septembre 2016) Tunisie, Abdulla Al Busaïdi (Sultanat d’Oman) le 27 octobre 2015, involontairement, à la radio, Randa Lamri, algérienne, qui publie en 2010 un livre au Liban « Muddhakirat randa al trans » (les mémoires de Randa la trans)

Certains coming out sont partiels, ainsi le passage à la télévision tunisienne le 8 janvier de 2015 de Jalel avec des lunettes noires3, ainsi ce militant marocain qui témoigne à visage découvert4 ou encore ce jeune homme d’Agadir, originaire de Taroudant, qui témoigne également à visage découvert, toutefois avec des lunettes noires, aucun des deux ne dévoilant leur identité5.

Un mouvement d’expression individuel ou collectif

Les sites, blogs ou pages Facebook :

Algérie : Blog d’un Algérien hors du commun d’Anouar Rahmani6, Le portail gay d’Algérie7

Arabie Saoudite : hashtag en 2016 : « You will not terrorize me. I’m gay » pour protester contre l’annonce de l’application de la peine capitale aux auteurs de coming-out en ligne, dans un pays où la décapitation est déjà appliquée contre les homosexuels et où des personnes trans viennent d’être exécutées de façon extra judiciaire8.

Egypte : Le blog d’Ice Queer en Égypte, Confessions Room9, créé en juillet 2008, en anglais, arabe, italien.

Bahrain : Ahwaa10 est fondé en 2011 par Esraa Al Shafei, une blogueuse, pour les LGBTQ de la région11.

Loyalbahraini est fondé en 201112.

Irak : Iraqueer, en arabe, kurde et anglais (Irak)13, mars 2015, Almithliyyin fil Irak, depuis 2012.

Yémen : Gays in Yémen14, Gays in Yemen15.

Au Khouzestan d’Iran : Ahwaz Gay16.

Liban : lancement en 2012 de Barra, par HELEM17.

Blebnani, lancé en mars 2012, qui se veut le blog de la communauté MMMM, soit l’acronyme de Mithliyyin, Mithliyyat, Mouzdawijin al jins, Moutahawilin al Jins (GLBT) et s’exprime en arabe et en arabe libanais, prenant acte de l’hégémonie de la langue anglaise dans les modes d’expression LGBT18.

Libye : Mithliyat libia (Lesbiennes de libye), en arabe19.

Émirats Arabes Unis : UAE LGBT Rights (page lancée en mars 2011)20.

Soudan : Rainbow Sudan Gay Magazine, lancé en 2012 pour les GLBTIQ21.

Bedayaa (site internet en arabe) Égypte et Soudan22.

Mesahat, lancée en septembre 2015, arabe et anglais (Vallée du Nil, Soudan et Égypte)23.

Syrie, Mahmoud Hassino poursuit son activité sur son blog (sous le nom de Sami Hamwi)24.

Tunisie : LGBTI Tunisiens, Insan Bidoun Houqouq (un humain sans droits) page Facebook, n’est plus activée depuis 2014.

Chouf, (« regarde ») page féministe en Tunisie lancée 17 mai 2013, « une organisation féministe qui se bat pour les droits corporels et individuels des femmes dans leurs complexités et dans leurs différences »25.

Certaines de ces pages ont été particulièrement éphémères

Les revues :

Jordanie : My Kali, créé en 2007 en anglais et lancé en arabe en 201626.

Maroc : Mithly, (signifiant à la fois, « homo » et « comme moi ») lancé comme revue papier clandestine en 2010 au Maroc avec un site internet dédié). Le premier numéro papier est imprimé à 200 exemplaires et diffusé clandestinement. Aswat (Voix) est un autre magazine lancé au Maroc en mars 2012, disponible uniquement sur support électronique, arabe, anglais et amazigh27.

Tunisie : Gay Day Magazine, magazine électronique lancé en mars 2011 (anglais et français)28, en Tunisie.

Kelmty, (Ma parole) magazine du collectif des LGBT en Tunisie, lancé en 201229.

Syrie : Mawaleh (Noix), lancé en Syrie en 2012, disponible uniquement en ligne, en arabe et en anglais30.

Algérie : El Shad’, (Le déviant) magazine trimestriel en français en ligne lancé en novembre 201431, LeXo Fanzine, magazine lancé en 2011 sur internet, en direction des Lesbiennes d’Algérie, en français32. Alouen, page facebook lancée en 201133.

Soudan : Rainbow Sudan, magazine en ligne lancé en anglais en 201234.

Egypte : Ehna (Nous), un numéro, obligé de fermer en 201235.

Au niveau régional, existe Bekhsoos, magazine arabe féministe et queer, publié en arabe et anglais, dont la page est irrégulièrement activée36.

Une radio : Radio Alouen, en Algérie

Ces moyens d’expression sont souvent l’apparition publique de groupes clandestins, ainsi certain noms qui viennent d’être cités vont être à nouveau évoqués dans les lignes qui suivent ; du fait de l’implantation dans les capitales du mouvement associatif et de la plupart des actions publiques, le réseau des médias (pages internet ou médias) va toucher un public beaucoup plus large et c’est pourquoi il était impératif de les mentionner.

Un mouvement d’action collective se structure

Ce mouvement de luttes va se dissocier partiellement de la dynamique des révolutions. Celles-ci sont nées et se sont développées dans les zones les plus éloignées des centres urbains et des capitales, rassemblent chaque jour des milliers de manifestants sur des bases largement spontanées et se heurtent à mains nues à la répression des contre révolutionnaires.

Les militant.e.s LGBTIQ, s’ils et elles sont né.e.s de ce mouvement et en utilisent la symbolique (le drapeau national), ne vont pas suivre la dynamique de ces révolutions. Ils et elles vont lutter et combattre dans les villes les plus importantes des pays, n’occupent pas la rue spontanément pour des raisons faciles à comprendre. Ils se regroupent et s’organisent sur leurs propres bases, créent des organisations ou des associations susceptibles de porter leurs revendications. Le mouvement LGBTIQ est en rupture avec la spontanéité et le caractère de masse du mouvement révolutionnaire arabe dont il est largement issu.

Mu.e.s par la certitude que le mouvement révolutionnaire ne portera pas leurs revendications, que les sociétés civiles émergentes sont parfois décevantes également, ils et elles comptent sur leurs propres forces pour se battre.

« J’ai été dupe en croyant qu’on était désormais libre, qu’on vivait dans une démocratie, qu’il n’y avait plus de place pour la peur. Même les partis politiques et les associations qui se disent progressistes nous ont lâchés. Les pratiques policières agressives à notre encontre continuent dans l’impunité. La Tunisie libre est une chimère. »37. Les LGBTIQ vont donc créer leur propres structures qui organisent l’expression, l’élaboration, la défense des droits et des revendications. Ces structures développent des modes d’actions extrêmement divers, sur la forme et sur le fond.

Algérie :

Alouen (Couleurs) à Oran, fondée en 201138.

Trans Homo DZ

Maroc :

Kif Kif, à l’origine du lancement du magazine Mithly, au Maroc a ainsi demandé une légalisation qui a été refusée.

Dès 2010, des militantes de Kif Kif créent le groupe Menna w Fenna (De nous et pour nous), qui s’identifient comme lesbiennes, bisexuelles, personnes trans ou queer.

Le collectif Aswat qui lutte depuis décembre 2013 pour la liberté sexuelle, a dénoncé l’homophobie par le biais d’une vidéo.

Akaliat (Minorités), à l’origine du magazine du même nom, lancé le 1er janvier 2015, lutte pour les minorités sexuelles et religieuses. Sa légalisation est refusée en janvier 2017.

Tunisie :

Kelmty.(ma parole)

Damj (Inclusion), fondée le 20 août 2011

Without Restriction, fondée en 2014

Shams (Soleil) légalisée le 18 mai 2015 et seule association légalisée au sud de la Méditerranée).

Mawjoudin (On existe), créé en 2015.

Chouf (Regarde !),créé en juin 2014, pour les droits des femmes appartenant à une minorité sexuelle), organise des ateliers d’auto défense et d’éducation aux droits et à l’auto organisation.

Arkan, un groupe apparu récemment.

Dans ce pays une trentaine d’associations se sont regroupées en janvier 2016 au sein d’un Collectif pour les libertés individuelles, avec notamment Damj, Shams, Chouf, Mawjoudin et Without Restriction, et des structures de la société civile : le réseau Euromed, l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD), la Coalition pour les femmes de Tunisie, Beity, Le réseau Doustourna, MST Sida de Tunis.

Libye :

Quzah (Iris) est fondé en janvier 2014 et a une page Facebook.

Liban :

L’association HELEM continue ses activités, notamment avec l’ouverture d’un centre communautaire39, et Marsa, centre de santé sexuelle, est créé en mars 2011 dans la foulée de Helem.

LebMASH, Lebanese Medical Association for Sexual Health, est fondé le 4 septembre 2012.

La page Facebook de Proud Lebanon est lancée en 2014.

Irak :

Iraqueer en Irak a été lancé en Suède il y a deux ans.

Emirats Arabes Unis :

UAE LGBT Rights est lancé en mars 2011.

Égypte et Soudan :

Bedayaa, organisation LGBTQI présente dans la vallée du Nil (Égypte et Soudan) est créée en 2010.

Rainbow Sudan, organisation créée en février 2012 pour les LGBTI.

Mesahat for Sexual and Gender Diversity (Égypte Soudan), créée en 2015 en direction des LGBTQI.

Le 15 avril 2014, est lancée en Egypte la campagne « l’homosexualité n’est pas un crime », relayée par un relais Facebook et Twitter « Solidarity with Egypt LGBT » en arabe et en anglais.

Des groupes clandestins existent au Koweït, à Oman (depuis 2008 autour d’Abdulla Al Busaïdi, qui utilisent les réseaux sociaux), au Yémen, Sanaa, Taez, qui utilisent Facebook avec des pseudonymes et en Arabie Saoudite.

Formes d’action : Ne pouvant organiser des actions publiques, clandestines ou non, ces organisations vont néanmoins développer des activités :

Des événements comme des défilés de mode sont parfois utilisés pour arborer le drapeau arc en ciel comme l’initiative du couturier tunisien Ayoub Moumene.

Certaines associations organisent ou tentent d’organiser des initiatives en ligne comme en Arabie Saoudite (1er janvier 2012).

Le magazine Mawaleh (Syrie) organise en 2012 une gay pride en ligne.

Célébration de a journée nationale des LGBT en Algérie en octobre. (Ten Ten) (voir plus haut) Alouen (Algérie) participe à l’IDAHO pour la première fois en 2012.

Certains groupes se maintiennent dans la clandestinité comme à Taez (Yémen).

L’association Bedayaa, travaille quasiment dans la clandestinité et vise à venir en aide, écouter et protéger les LGBT.

L’association Aswat au Maroc lance une campagne en mai 2013 « L’amour pour tous », puis en mai 2015 la campagne « L’amour n’est pas un crime », sur Twitter pour la dépénalisation de l’homosexualité au Maroc et l’abrogation des articles 489 et 490 du code pénal. La campagne se fait avec la participation de militants de la société civile marocaine comme l’AMDH.

Le 17 mai 2015, célébration de l’IDAHO dans un hôtel de la capitale tunisienne.

Le 10 décembre 2016 (anniversaire de la DUDH), l’association Mawjoudin qui lutte en Tunisie pour l’égalité et les droits des LGBTQI lance sur le net la campagne « Hetta houni fomma mithliyyin » (Même ici il y a des homosexuels) avec l’hashtag de la la ville et le nom de l’association. La campagne reçoit un écho de Médenine, Bizerte, Sfax, Kairouan, Slimane, Nabeul, Mannouba, Kerkennah, Tozeur, Zarzis, Sidi Bouzid, Menzel Temime, Ksar Hellal ou Siliana et Le Kef…. La même association participe au débat sur les LGBT à l’occasion de « la nuit des idées » le 26 janvier 2017 à Tunis.

Régulièrement, des graffitis sont trouvés sur les murs tels :

Au Liban : « Support Gay Rights », « Stop Homophobia » à Achrafieh (Liban) en 2014, « No homophobia, racism, sexism, classism Stand up for our rights », Beyrouth 2015, « Gay is OK » Beyrouth, « shou fiyya ? » (Et alors ?) écrit à côté d’un dessin représentant deux hommes s’embrassant] « Beyrouth. Arab Lesbian Liberation Front », tag à Beyrouth, « Queers kanou houna. Thawra » des queers sont passés ici par là, Révolution

« L’homophobie n’est pas révolutionnaire » au Caire en 2011.

Le mur érigé en Israël est repeint aux couleurs de l’arc en ciel.

« 489, hetta ila mata ? » (l’article 489 jusqu’à quand ?) ou « el hobb leissa jarima » (l’amour n’est pas un crime) au Maroc.

« Stop homophobie 230 » à Tunis, « El fasl 230, lwoqtach ? » (L’article 230, jusqu’à quand ?) ou « Gay and then ? Be proud of who are » ou « Insan mitlhy mithlek » (l’homo est comme toi) à Tunis ou ce tag : « El hobb mouch jarima, 230 » (L’amour n’est pas un crime, 230) à la Marsa.

« Queers marrou men houna » des queers sont passés ici par ici,  (Ramallah, Territoires Occupés)

Ces graffitis ne relèvent généralement pas d’initiatives individuelles improvisées, mais de campagnes initiées par des associations.

Les revendications :

Au-delà des revendications générales du droit à l’existence, de fierté ou de liberté, vient la revendication de la décriminalisation de l’homosexualité par l’abrogation des articles du Code pénal (Maroc, Tunisie, Liban, Soudan), la suppression du recours au test anal (Liban : test supprimé dans la loi, mais en vigueur dans certains commissariats, et en Tunisie), la libération de femmes trans emprisonnées (Liban), d’homosexuels incarcérées (Tunisie) ou des lesbiennes en prison préventive (Maroc), la légalisation des associations LGBTIQ. Des groupes s’adressent aux LGBTIQ, d’autres cherchent l’appui des gouvernements et saluent leurs initiatives.

Certaines associations demandent à l’État la prévention des MST/IST/VIH. La question du mariage homosexuel n’est pas généralement pas à l’ordre du jour des associations40 même si leurs représentants sont souvent mis en demeure de manière peu amène de se prononcer sur le sujet.

Certaines associations s’adressent d’abord à la société et aux LGBT (Al Qaws, Territoires occupés), d’autres pensent initier le changement par des revendications s’adressant aux pouvoirs en place ou aux institutions internationales. Shams et l’Association tunisienne de soutien aux minorités (ASTM) vont participer à l’intergroupe LGBT, un forum informel du Parlement européen41.

Iraqueer sollicite l’appui des autorités du Royaume-Uni via des parlementaires le 15 juillet 2016 et salue la levée du drapeau arc-en-ciel devant le consulat américain d’Irbil en juin 2016 lors du très officiel Pride Month, développera une analyse critique de la très récente et fragile avancée contenue dans les déclarations de Moktadra Sadr de 2016.

Au Liban, HELEM, La Fondation arabe pour les libertés et l’égalité, M-Coalition, le centre de santé sexuelle Marsa et la LebMASH dénoncent des arrestations dans un hammam gay en août 2014 et exigent leur libération.

Un front LGBTQI (associations LGBTQI et d’associations de la société civile) appelle les autorités tunisiennes à s’engager lors du prochain Examen périodique Universel de la Tunisie devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, prévu en mai 2017 à abroger l’article 230 du code pénal, interdire la pratique du test anal, luttes contre toutes les formes de discrimination envers les LGBTQI et à réprimer tout appel à la haine ou la violence42.

Les LGBT organisent des manifestations publiques au Maroc, en Tunisie et au Liban.

Maroc :

15 juin 2016, sit-in à Rabat pour rendre hommage aux victimes de la tuerie d’Orlando, avec drapeau arc en ciel et bougies.

Liban :

Mai 2012, des drapeaux arc en ciel sont arborés lors d’une « Laïque Pride » qui exigeait la fin système confessionnel.

En 2012, manifestation organisée par l’association Helem à Beyrouth contre le recours au test anal.

30 avril 2014, une centaine de manifestant.e.s à l’appel d’HELEM devant le ministère de la Justice après l’arrestation et la garde à vue assortie d’humiliations et de violences de six gays et personnes trans dans un club.

Le 12 mai 2016, Helem organise une projection débat du film Priscilla, le 14, HELEM et Maharat convoquent une conférence de presse. Le 15, un rassemblement à Beyrouth exige l’abrogation de l’article 534 du code pénal et la libération de personnes trans emprisonnées.

Le 11 septembre 2016, Proud Lebanon organise une réception à Khan Al Harir, en présence d’autres organisations et de diplomates.

Tunisie :

En janvier 2011, le drapeau arc-en-ciel est arboré dans les manifestations de Tunis et il est en tout cas vraisemblable que la Tunisie ait été le premier des pays insurgé à voir apparaître ce drapeau43.

Première Gay Pride à Tunis en mars 2015 sur le campus universitaire de Tunis avec des drapeaux arc en ciel ou des slogans écrits : « L’amour n’est pas un crime », « Mon corps, ma sexualité, mon droit ».

17 mai 2015, festival d’art féministe organisé par Chouf à Carthage, repris l’année suivante (choufouhonna).

Premier meeting de Shams pour la dépénalisation de l’homosexualité à la Marsa en 201544.

A l’occasion du FSM 2015, rassemblement à Tunis arborant le drapeau arc-en-ciel

Le 14 janvier 2016, des militants LGBT défilent à Tunis avec le drapeau arc-en-ciel à l’occasion du 5e anniversaire de la révolution.

17 mai 2016, événement public organisé par Shams dans l’espace El Teatro de Tunis, avec diffusion du court métrage « boulitik ».

Le 21 janvier 2017, des équipes de Damj se rendent à Beja, Sousse et Gabes pour diffuser un guide de sécurité, juridique, numérique et informatique.

Et les projets poussent comme des champignons, ainsi Shams devrait lancer en février une hotline et une revue pour les homosexuel.le.s : Shams Mag.

Ainsi de l’action de plaidoyer (Iraqueer) aux actions de mobilisation (Shams, Helem, etc), existe toute une variété de mode d’actions.

La société civile

On a assisté aussi dans la foulée des révolutions à l’émergence d’associations qui défendent les « libertés individuelles » ou les « minorités » et prennent la défense des LGBTIQ face à la répression sans pour autant reprendre l’ensemble de leurs revendications :

Au Maroc, le Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles (MALI), l’Union féministe libre, l’AMDH (une association existant avant la révolution).

Les LGBT d’Irak ont pu compter sur le mouvement féministe pour les défendre, notamment à travers Yanar Mohamed de l’Organization of Women’s Freedom in Iraq (OWFI).

Au Liban, L’Arab Foundation for Freedom and Equality (AFEE). La fondation arabe pour les libertés et l’égalité encourage et soutient les militants de la région sur les thèmes du plaidoyer, des réseaux sociaux, de la planification stratégique et du développement, de l’éducation sexuelle et de la santé. En 2012, un centre de ressources est créé en son sein concernant le genre et la sexualité. Hurriyat Khassa (libertés individuelles) mène campagne dès 2003 au niveau du Parlement contre des projets de loi régressifs.

En Égypte intervient Almubadara lil hoqouq alchakhsia (L’initiative pour les droits individuels).

En Tunisie :

L’ASTM appelle le gouvernement tunisien à abroger la loi punissant la sodomie, suite à l’arrestation de Munir Baatour, un avocat dirigeant le Parti libéral tunisien, dénoncé par le personnel de l’hôtel Sheraton, où il aurait eu des rapports sexuels avec un autre homme. L’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD) appelle à saisir le Haut commissariat des droits de l’homme de l’ONU. L’association Tunisienne pour la promotion du droit à la différence (ADD) dont la page Facebook est lancée en 2011, appelle le 23 septembre 2015 à l’abrogation de l’article 230 du code pénal et interpelle la commission des droits de l’homme et des libertés du parlement.

L’Association de défense des libertés individuelles (ADLI) s’associe au front LGBTIQ de 2017 (voir plus haut).

La Ligue Tunisienne pour la Défense des Droits de l’Homme (LTDH) publie un communiqué en septembre 2015, dénonçant l’inconstitutionnalité de l’article 230 et la pratique du test anal.

Le milieu associatif médical se mobilise également :

L’Association de lutte contre le sida (ALCS) au Maroc, demande le 8 juin 2015 que l’homosexualité ne soit plus criminalisée et que le code pénal soit amendé. Idem pour la Lebanese Psychiatric Society (Liban) qui s’associe à l’Emirates Psychological Association (Émirats Arabes Unis) qui lancent une vidéo en anglais pour défendre le droit à toute orientation sexuelle le 9 septembre 2013. Le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) s’oppose en Tunisie à tout examen médico-légal non consenti ou non justifié, en 2015 après la condamnation d’un citoyen sur la foi d’une expertise médicale (test anal).

La reprise en charge par les organisations politiques et syndicales des revendications LGBTQI est si rare qu’elle ne mérite pas qu’on s’y arrête longuement. Si deux partis, Al Massar et Al Qotb, se sont prononcés en Tunisie contre l’article 230, dans la majeure partie des cas, il s’agit plus d’un engagement personnel. En Tunisie : Ahlem Belhajj (Ligue de la Gauche ouvrière) ou en Irak : Yanar Mohammad (dirigeante du Parti communiste ouvrier d’Irak). En revanche, Almontada Alichtiraki (Le forum socialiste, Liban) y consacre une attention et un engagement en tant qu’organisation45.

La dimension internationale est présente, très tôt, Tunisia’s Gay Day prend part à la campagne de solidarité avec les gays d’Irak.

Cette dimension s’exprimera au moment de la tuerie d’Orlando en 2016.

Les LGBTIQ joignent aux drapeaux nationaux leur bannière arc-en-ciel et participent à des manifestations aux niveau international : Gay Pride d’Amsterdam (participation d’un bateau marocain en 2014 et le 6 août 2016), Forum Social Mondial (FSM) au Canada avec la participation de Without Restriction (Tunisie). Il faut préciser que la dimension de genre a été introduite dans les FSM en 2016 seulement.

Iraqueer participe au congrès de Stockholm de 2015, au Malmoe for Diversity Festival le 28 mai 2016 (Suède), à la Copenhagen Winter Pride le 16 août 2016 (Danemark), à Queer Asia 2016 à SOAS de Londres en 2016 (Royaume Uni), à une action conjointe avec Out Right et London Young Professionnal Engagement Committee à Londres le 3 novembre 2016.

UAE LGBT Rights s’associe à la célébration de l’IDAHO le 10 juillet 2011 (Pride Day), appelle à signer une pétition pour les homosexuels persécutés en Iran, appelle au Spirit Day, le 16 octobre 2014 et au Bisexual Visibility Day le 23 septembre 2014.

En 2007, Abu Nawas (Algérie) participe à la conférence panafricaine de l’ILGA (International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association) à Johannesburg en Afrique du Sud.

Quzah (Libye) participe à la Gay Pride 2016 en Italie, arborant drapeau libyen et drapeau arc en ciel.

Lors de l’accession à la présidence de Donald Trump, George Azzi, cofondateur de Helem, et directeur de la Fondation arabe pour les libertés et l’égalité envoie un message lors de la campagne #DearMrTrump : « Aucun pays n’est grand sans les droits de l’homme et s’il n’offre à tout un chacun d’être ce qu’il est sans crainte »46

Au plan régional :

Des initiatives se font jour au niveau régional comme « Ensemble, notre voix est plus forte », organisée à l’occasion du 15 mai 2016, organisée par des associations d’Algérie (trans et homosexuelles), d’Égypte ou du Soudan (Mesahat, Bedayaa)47.

Ces trois mêmes associations lancent à l’occasion du 8 mars 2016 une campagne « la voix des femmes queer du Nord de l’Afrique ».

Khomsa est le premier réseau LGBT maghrébin ; il a été lancé en 2011.

Queers of Levant (en anglais) lancé par deux femmes de 22 ans en janvier 2015 veut couvrir le Liban, la Syrie, la Palestine et la Jordanie.

En novembre 2016, vingt-deux structures LGBTQI du Maghreb et du Moyen Orient, (toutes citées dans cet article), publient une déclaration commune, suite à l’arrestation et à l’incarcération de deux marocaines mineures (16 et 17 ans), en raison d’un baiser échangé sur la voie publique à Marrakech.

Quatre associations du Maroc, Algérie, Tunisie et Libye publient un communiqué commun pour la décriminalisation de l’homosexualité48.

MantiQitna (« Notre région », avec le Q majuscule pour Queer) est une association qui organise un stage annuel dans la discrétion depuis 2010, à destination des militant.e.s LGBTIQ de la région arabe (MantiQitna Qamb).

La dimension arabe se traduit par l’émergence de Blogs, sites et pages « arabes » : LGV Arab Blog Community (en anglais), LGBTQ ARABS (en anglais), Tawseet Al Sharq, Redemption, United Queers of Arabia, WLM Beauty qui a la particularité de souhaiter la bienvenue aux juif.ve.s, Roses Non Guns, etc.

Luiza Toscane

8 mars 2017

Cet article doit beaucoup à la relecture et aux remarques de Lotfi Chawqui et Loe Moindreau. Qu’il.elle. en soit ici remercié.e.

Publié sur ESSF

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article40519

1 Les coming-out à l’extérieur du pays d’origine ne sont pas pris en compte ici. En revanche il peut s’agir de personnes qui ont fait leur coming-out et ont dû fuir par la suite.

2 Il s’agit d’un Arabe américain, qui se définit comme queer, mais qui se produit avec son groupe composé de Libanais de Beyrouth dans les pays arabes. Faraj Ali Shalwi (Libye), Hajer Mutawakil (2015) ou Mala Badi au Maroc. Khalid Abdelhadi et Khalid Youssef (Jordanie), Alaa Jarban, le 29 mai 2013 (Yémen), Ahmed Ben Amor http://www.huffpostmaghreb.com/2015/12/17/tunisie-ahmed-homosexuel_n_8645478.html

11 Son interview par un média hollandais : youtube.com/watch ?v=FYOA6mjqeKo

40 Se reporter à l’invention d’Ahmed Ben Amor (Shams, Tunisie) (la vidéo n’est plus disponible) ou de Bertho Makso, président de Proud Lebanon (accès indisponible)

43 El Mithliyyin fi alalam alarabi, nidhal alasafir fi qafass alafa’i :

http://sawthor.arablog.org/2014/07/25/

44 (accès indisponible)

46 Traduction de l’auteure

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