Maltraitance et abandon d’enfant

(Foyer des Parents Scélérats – 10, rue Solférino – Paris 7° — 25 Mars 2017)

Médée, tuant un de ses fils

Maltraitance et abandon d’enfants. Iront-ils jusqu’à l’infanticide ?

Depuis deux millénaires et probablement plus, au travers de toutes les civilisations, les sociétés humaines ont connu ces trois fléaux : la maltraitancel’abandon d’enfantsl’infanticide.

Aujourd’hui, en Allemagne, dans le mur d’enceinte de nombreux hôpitaux et maternités, se trouve encastrée une petite niche chauffée, été comme hiver, et pourvue d’une caméra miniature et d’une alarme. Ouverte côté rue, une maman en détresse peut y déposer, dans l’anonymat le plus absolu, l’enfant qu’elle ne souhaite pas ou ne veut plus garder. Côté maternité, averties par une sonnerie, les sages-femmes prennent alors en charge le petit abandonné, bien souvent tout nu, pour le nourrir et le réchauffer.

En Allemagne, comme en Suisse, en Autriche ou en Hongrie, au Japon aussi, pays qui ne disposent pas de la législation de l’accouchement sous X, ces dispositions ont permis de faire reculer l’abandon sauvage et l’infanticide. Ce dernier, l’infanticide, notent les autorités publiques, reste encore malgré tout fréquent et probablement largement sous-estimé. Pour un découvert, trois, voire quatre ne le seront jamais.

En France, le sujet n’est pas moins obscur. Certes, l’accouchement sous X institué en 1941 par un décret-loi du Gouvernement de Vichy, dans le prolongement de la politique nataliste instaurée en 1920 après la grande hémorragie démographique de la Grande Guerre, l’accouchement sous X constitue un instrument de prévention efficace. Mais la disparition du terme « infanticide » dans le Code Pénal en 1994, terme remplacé par celui « d’homicide aggravé sur mineur de moins de 15 ans », a supprimé ce crime des statistiques officielles et rendu son évaluation plus difficile.

Quand de plus, le geste, abandon ou infanticide, on ne le sait pas encore, maltraitance certainement, porte sur un enfant de 49 ans, moins de deux mois après sa naissance, non le 25 Décembre, mais le 29 Janvier 2017, la chose est encore plus difficile à cerner, à circonscrire et donc à condamner. Nous vous le disions, maltraitance certainement ! Abandon ou infanticide, l’incertitude persiste. Les prochaines semaines devraient nous dire si le fatal passage à l’acte venait à survenir.

Remontant plus au-delà dans notre héritage antique, qu’y apprend-on concernant ces funestes pratiques ?

Tout d’abord, que même souvent combattues et punies, elles ont toujours existé. Certains de ces petits, si mal partis dans la vie, mais échappés à l’infanticide, n’en connurent pas moins des destinées glorieuses. Moïse, abandonné dans une nacelle au fil des eaux et recueilli par la fille du Pharaon, devenu père de la religion d’Israël ; Romulus et Remus, nourris par la Louve et fondateurs de la ville de Rome.

Rome justement, était-ce là la conséquence de ces origines, était particulièrement cruelle. L’abandon y était répandu et tout à fait légal.

Sitôt l’enfant né et déposé aux pieds de son père par la matrone qui avait assisté la maman en couches, le père, s’il décidait, non de le reconnaître, là n’était pas la question, mais de le garder, le père devait le soulever et le prendre dans ses bras. Dans le cas contraire, le nouveau-né, ni lavé, ni langé, était exposé dans un récipient à la porte de la maison ou sur une décharge publique à la merci des chiens errants.

Émouvant parallèle avec notre cas d’aujourd’hui, les amulettes, telle une Rose sans épines par exemple, dont on le parait alors, devaient permettre, s’il survivait, de connaître sa filiation et d’éviter un futur éventuel inceste. S’il périssait, elles le protégeraient outre-tombe.

Plus de 15 siècles plus tard, dans l’Europe féodale et tout particulièrement en France, qu’elle était encore la situation à cet égard ?

L’Église qui avait fait de l’infanticide un péché, luttait tant bien que mal contre la recrudescence des abandons, s’efforçant de placer ces enfants sans parents pour les élever. Envoi dans les colonies d’Amérique pour les peupler ; mise en place en France d’orphelinats à la charge financière des municipalités toujours réticentes. À chaque disette, les petits abandonnés affluaient dans les hospices.

Saint-Vincent de Paul, ému et révolté par le récit qu’on lui faisait que certains petits abandonnés étaient vendus à des gueux ou des bandits de grand chemin qui leur brisaient les membres pour pouvoir plus tard les envoyer mendier, Saint-Vincent-de-Paul créera à Paris, sur le parvis de Notre-Dame, avec l’aide de Louise de Marillac et de ses Filles de la Charité, l’Institution de la Maison de Couche qui recueillera et prendra en charge des centaines de nouveau-nés. Ce noble geste lui valut de passer à la postérité ainsi que le titre de Saint. C’est à lui que l’on doit l’idée du tourniquet, l’ancêtre des actuelles boîtes à bébé des murs des maternités allemandes.

Arrivons-en enfin à ce pathétique « fait divers » de Mars 2017, à Paris, rapporté par la grande presse avec sa toujours lamentable propension à faire pleurer dans les chaumières à propos des choses les plus sordides. Ses commentaires faussement affligés, plus désabusés que réprobateurs, se résumant à la formule tweetée « C’est moche, tout de même ! »

Un nouveau-né de quelques semaines, né le 29 Janvier et pourtant âgé de 39 ans, au prénom de Benoît serait l’objet de maltraitances et en passe d’être abandonné. Un Benoît victime de l’ingratitude parentale ? Il faut l’entendre pour le croire.

(Le prénom Benoît est dérivé du latin Benedictus, du verbe benedicere lui-même signifiant littéralement « louer », « louer Dieu ». Benoît serait l’équivalent de « bien dit », le « bien nommé », le « béni, protégé de Dieu ».)

La maltraitance est pourtant avérée et, nous dit la presse, l’abandon envisagé. Ceci, au plus haut niveau du conseil de famille. Et aux motifs, on le soupçonne, alors que les mêmes auraient justifié que l’on prenne du petit Benoît le plus grand soin : l’enfant serait chétif et mal-formé.

Serions-nous revenus aux temps cruels et antiques ? Soranos d’Éphèse, médecin grec lointain successeur d’Hippocrate, définissait la puériculture comme l’art de « décider quels enfants il convient d’élever, lesquels il est judicieux d’abandonner ». Le romain Sénèque jugeait, lui aussi, raisonnable la noyade des enfants faibles et débiles. À Sparte également, la chose était justifiée à l’encontre des enfants qu’on jugeait incapables de défendre plus tard les murs et les intérêts de la Cité.

Il semblerait bien que ce soit là le cœur du sujet. L’enquête de voisinage menée par les services sociaux dont dépendent la Rue Solférino et le Foyer des Parents Scélérats a permis de mettre à jour les motivations des parents et leur prédilection toute nouvelle pour un petit cousin de Benoît, petit cousin prénommé Emmanuel. Une procédure serait en cours, celle de l’adoption d’Emmanuel par les Parents Scélérats, ces Thénardier des temps modernes. Au motif, nous vous laissons juges de son sordide, qu’Emmanuel serait jugé plus à même que BenoîtEmmanuel Marche déjà, plus à même d’assurer les vieux jours de Solférino. Le mot a même été prononcé : Emmanuel sera plus UtileUtile, le mot-talisman qu’ils brandissent à chaque consultation. Comprenez par là, pour l’obtention de sièges, places, postes, prébendes, fromages et sinécures.

Époux Thénardier, gare à la vengeance des Dieu  ! Souvenez-vous des Atrides, cette famille maudite par les Dieux, le grand-père d’Atrée, Tantale, avait fait manger à l’ensemble de la famille le corps de son fils Pélops. Ils restèrent à jamais maudits pour leur crime.

Jean Casanova

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