Que sont les lendemains des empires devenus ?

Le livre de Katherine Fleming concerne l’histoire des communautés juives ayant vécu dans ce qui est aujourd’hui l’état grec. Etat récent puisqu’à sa création (1833) il ne comprend ni la Crète, ni les iles ioniennes, ni le Dodécanèse ni les provinces au nord d’une ligne Arta-Volos et qu’il est, et restera longtemps, sous la tutelle des « grandes puissances » (déjà !) et n’atteindra ses limites actuelles qu’en 1947. L’intérêt du livre réside dans sa volonté de ne pas se limiter à ce qui fait l’exceptionnalisme de la situation grecque, l’existence de Thessalonique (à l’époque ville ottomane) la « Jérusalem des Balkans », où la communauté juive était majoritaire tant sur le plan démographique que sur le plan « culturel », mais d’insister sur la diversité des situations : « Romaniotes » installés en Grèce avant la christianisation de celle-ci, grécophones, jouant un rôle économique important dans des villes comme Ioannina (Epire) ou Corfou et « Séfarades » expulsés d’Espagne en 1492 dominants à Thessalonique.

Les premiers connaissent les effets de « l’antisémitisme chrétien » traditionnel : on apprend ainsi que la coutume de brûler une effigie de Judas le jour de Pâques (en enchaînant immédiatement avec des pogromes) ne fut interdite par l’église orthodoxe qu’en 1890 !, les seconds qui demeurent sujets ottomans jusqu’en 1912, bénéficièrent de la tolérance relative d’un empire multi-religieux. La montée du sentiment national dans les Balkans dès les débuts du XIXème siècle se fonde (et tout particulièrement en Grèce) sur une identité « peuple »-langue-religion rejetant ainsi les « autres » (qu’ils soient non-orthodoxes, ou tels les Valaques ou les Pomaks qu’ils ne parlent pas grec) en-dehors de la citoyenneté « évidente ». On comprend ainsi que lors de la première guerre mondiale les juifs Thessaloniciens s’engagèrent dans la défense de l’empire ottoman et que dans les débats qui eurent lieu au moment de la signature des traités de Sèvres et de Lausanne ils optèrent (lorsqu’ils n’étaient pas sionistes) pour la création d’une entité salonicienne indépendante (i.e. non-rattachée à la Grèce).

L’auteur insiste justement sur l’existence d’une « catégorie juifs grecs » uniquement pendant la courte période qui va de 1913 à 1943. Après ce fut l’anéantissement par les nazis (proportionnellement à sa population, la Grèce a le triste privilège d’avoir connu la pire extermination).

Le livre offre aussi des aperçus sur les communautés juives grecques diasporiques (aux Etats-Unis et en Israël).

Katherine E. Fleming : Juifs de Grèce (XIXème-XXème siècle), Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2011.

Dominique Gérardin

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