Les persécutions s’étendent toujours au-delà des premières victimes

« C’est arrivé et tout cela peut arriver de nouveau, c’est le noyau de ce que nous avons à dire. » Primo Levi

Je n’aborde pas le(s) racismes de la même façon que les auteur-e-s de ce petit manuel de survie démocratique. Le(s) racisme(s) sont des constructions historiques, sociales et institutionnelles, à analyser dans leurs contextes en prenant en compte les évolutions/reformulations, les persistances ou les nouveautés. Nous pouvons donc en saisir, comme pour tout autre rapport de domination, les bases matérielles – y compris les dimensions idéelles -, analyser les vecteurs institutionnels ou politiques qui y participent, et construire un programme de démocratie inclusive et de mobilisations pour y répondre…

Je signale par ailleurs des divergences/différences d’appréciation sur la spécification des racismes (l’antisémitisme, l’islamophobie, le racisme anti-rroms, la négrophobie, etc. sont des formes de racisme – et il n’y a pas lieu de mettre à part particulièrement l’antisémitisme), sur le fantasmatique « racisme anti-blanc » (voir sur ce sujet, Le « Racisme Anti Blancs » par Aamer Rahman – VOSTFR – (« Reverse Racism » ), le-racisme-anti-blancs-par-aamer-rahman-vostfr-reverse-racism/, sur la place de l’éducation – qui ne saurait suffire à changer les conditions matérielles ferments des racismes…

Il convient cependant de prendre en compte le point de départ des auteur-e-s, l’objet de leurs activités ancrées dans la mémoire des camps de la seconde guerre mondiale, la « mémoire référence », la place particulièrement sensible des génocides, le comment résister.

« À partir de l’histoire du lieu et donc de la Shoah, élargie à celle des autres génocides avérés, cette partie du Mémorial a pour objectif, comme cet ouvrage, de mettre au jour et de présenter les mécanismes humains récurrents – individuels, collectifs et institutionnels – à l’œuvre dans les engrenages qui peuvent mener du racisme et de l’antisémitisme jusqu’aux génocides, ainsi que sur la diversité des résistances possibles à ces processus dangereux, à ces terribles accélérations de l’histoire qui montrent qu’il est si tôt trop tard pour réagir ».

Et comment ne pas s’indigner, « Car comment ne pas s’indigner que, cent ans après le génocide des Arméniens, soixante-dix ans après la libération des camps de la mort et vingt ans après le génocide des Tutsis au Rwanda, se mettent de nouveau en place dans notre Europe tant de crispations individuelles et collectives, tant de haines racistes semblables et donc inquiétantes ? »

La barbarie, les engrenages résistibles, « Des crises sociales, économiques ou morales affectent la société et entraînent une peur de l’avenir, une perte de repères, des crispations identitaires et des démagogies agressives », les manipulations du langage, les appels à l’exclusion, les mensonges agressifs et la transformation des « victimes » en agresseurs, les lois d’exception et les évolutions vers des régimes autoritaires, l’installation de la peur…

Je souligne les rappels sur la résistible ascension du parti nazi en Allemagne, la fin de l’Etat de droit, « la légalité mise au service du crime », l’extension des menaces et des persécutions, le passage toujours possible des violences ciblées aux crimes de masse, l’atteinte à la dignité humaine et la déshumanisation…

Des mécanismes sociaux potentiellement dangereux, le rappel que l’un des crimes racistes les plus massifs fut la « traite des Noirs », l’enracinement des préjugés, la création de boucs émissaires, l’ordinaire devenu complice ou bourreau…

Savoir résister comme citoyen-ne et comme être humain, ne pas laisser faire.

« À l’opposé de toute « concurrence des mémoires », c’est ainsi à une véritable « convergence des mémoires » que notre travail entend contribuer ».

Pour ensemble retenir les leçons du passé et construire notre survie démocratiquement…

Petit manuel de survie démocratique

Pour résister à l’engrenage des extrémismes, des racismes et de l’antisémitisme

http://www.campdesmilles.org/upload/contenus/
pages_off/Survie_democratique.pdf

Didier Epsztajn

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Fondation du Camp des Milles – Mémoire et Éducation

40, chemin de la Badesse – CS 50642

13547 Aix-en-Provence Cedex 4

Tél. : + 33 (0) 4 42 39 17 11 – Fax : 04 42 24 34 68

www.campdesmilles.org

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Une réponse à “Les persécutions s’étendent toujours au-delà des premières victimes

  1. Dommage que rien ne soit dit sur la misère sociale et les injustices existant dans un monde du travail de plus en plus impitoyable. La colère née de cela est hélas détournée par ceux qui la dirigent habilement contre plus misérable qu’eux. La justice sociale est la première arme contre le racisme. C’est le chômage et la précarité qui ont fait monter Le Pen au stade où elle est arrivée. Et puis, il a l’éducation pour apprendre à ne pas raisonner comme un tambour

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