Quand le doigt montre la Lune, d’immenses journalistes montrent le doigt !

Il y a une différence notable entre enquêter/informer et gloser « sans cesse et à tout propos sur les positionnements et les entrechats tactiques, ausculter les entrailles de l’opinion publique à grand renfort de sondages et de micro-trottoirs, abandonner le journalisme de diagnostics pour un journalisme de pronostics ».

Comme indiqué dans l’éditorial « Rase campagne », l’actualité n’existe pas indépendamment de celles et ceux qui la construisent médiatiquement. Il est donc plus qu’étrange que la presse et celles et ceux qui la fabriquent soient aveugles à leur propre activité, « ils se contemplent, mais ne parviennent pas à se reconnaître »

A propos de la « post-vérité », des « fake news », les rédacteurs et rédactrices de Médiacritique(s) indiquent que cela nous donne à voir « les croyances de ces mêmes journalistes et les points aveugles de la conception du rôle qu’ils jouent dans les événements politiques en générale, et dans la situation actuelle en particulier ». Il faut questionner les « principales fabrications médiatiques sur les questions internationales des trente dernière année ». Que les journalistes perçoivent que « l’opinion ne les suit pas » n’indique que peu de chose sur « l’opinion » mais plutôt sur le rôle que s’assignent les dit-e-s journalistes. Aveuglé-e-s par leur auto-centrisme, celles-ci et ceux-ci négligent « à peu près tous les facteurs politiques, économiques et sociaux » poussant les électeurs et les électrices à se déterminer. L’espace médiatique écarte du « cercle de la raison », disqualifie les opinions non conformes à ce que prône ce même espace.

Face au fonctionnement général du système, il ne suffit pas de « décoder » les fausses informations, mais bien de transformer démocratiquement l’ensemble de l’espace médiatique, de redonner place aux débats contradictoires, de bannir les « fausses évidences », de refuser les méthodologies fort arbitraires de jugement de pertinence (« Les décodeurs » du Monde), d’évincer les injonctions néolibérales qui font de l’économie, du marché, les entreprises les « raisons » non discutables du monde…

Les auteur-e-s analysent les investissements directs et indirects des « Gafa » (Google, Apple, Facebook, et Amazon) dans la presse, l’impact sur la forme et le contenu du journalisme, la propriété de la production, les conditions imposées par les oligarques du numérique, la valeur des réseaux, les cadeaux offerts pour motiver les internautes, le système des aides à la presse, la place des revenus publicitaires et leur déplacement vers les géants du numérique…

Dans le dossier consacré à la misère du journalisme politique, de nombreux sujets sont abordés : spéculation, personnalisation, dépolitisation, (« politique vidée de sa substance »), agenda, problématiques imposées, mise en avant de quelques individus interchangeables, focalisation disproportionnée sur certains éléments, apparences démocratiques, expertise « pipeau-litique », synergologie et sondologie…

Un article est consacré aux modifications des règles de temps de parole pendant la période électorale, la suppression du « carcan » de l’égalité, l’influence de la cote de popularité sondagière, le refus d’un véritable pluralisme…

Les autres articles abordent le traitement de celle et ceux nommé-e-s « petit-e-s candidat-e-s » voir « nanocandidats » – ces candidat-e-s inutiles pour certain-e-s -, BFM et François Fillon, F2 et Marine Le Pen, « C dans l’air » entre la personnalisation et la disqualification, la phraséologie « sportive » appliquée à la « primaire de la gauche ».

Candidat-e-s classifié-e-s en « crédibles » ou en « folkloriques » dans l’oubli des conduites et des votes en passé proche, des programmes défendus…

J’ajoute, sans oublier celle et celui soupçonné-e-s de fraudes, escroqueries, emplois fictifs, vols en bande organisée, etc. et autres qualifications gages d’une certaine reconnaissance… juridique !

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Sommaire :

« Post-vérité » et « fake news »

Servitude volontaire face aux « Gafa »

Dossier :

Le journalisme politique en quelques maux

Quand on coupe le son, on entend moins bien

Temps de parole : petits arrangements entre amis ?

Le Monde et les nano-candidats

BFM-TV au chevet de François Fillon

« L’émission politique » (F2) sert la soupe à Marine Le Pen

Entre personnalisation et disqualification : « C dans l’air »

Journalisme sportif pour la « primaire de gauche »

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Une nouvelle fois, l’œil et l’oreille de la critique sur des médias dominants. Nécessaire.

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Médiacritique(s) N°23 avril – juin 2017 : Misère du journalisme politique

Le magazine trimestriel de l’association Acrimed

32 pages, 4 euros

Didier Epsztajn

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