« Une campagne (présidentielle) plus drôle et plus citoyenne », Jaeraymie et Combo


Dans de précédents billets j’ai évoqué la remarquable campagne anti-Trump organisée et mise en œuvre par un street artist américain, Shepard Fairey. Les journalistes politiques étatsuniens considèrent que sur un mandat de 4 ans, les deux dernières années sont consacrées à la campagne suivante. La France n’est pas en reste ; la campagne dure, dure, avec ses scandales, ses révélations, ses primaires, ses débats, ses polémiques. Elle est scandée par les informations publiées par « Le canard enchaîné » le mercredi, les démissions des ministres, les ralliements attendus, ceux qu’on n’attendait pas… Chacun, à moins de deux semaines du premier tour, comprend que rien ne sera plus comme avant ; « Cours camarade, le vieux monde est derrière toi ». Le Parti Socialiste explose, les Républicains, d’après les sondages, ne seraient pas au second tour, le Front National est aux portes du pouvoir, le candidat de la France insoumise pourrait créer la surprise et être au second tour. 

C’est dans ce contexte d’une extrême tension que deux street artists, Combo et Jaeraymie collent sur les panneaux électoraux de drôles d’affiches (ou des affiches drôles). Des affiches électorales : « Votez, Juste Le Blanc », « La France festive avec Marion Cotillon » par exemple. Les candidats sont Pinocchio, Schtroumpf Grognon, Duckenson, Peggy la Cochonne, la petite Sirène. 

Des affiches qui reprennent les codes graphiques des candidats (ou d’anciens candidats dont les affiches sont restées fameuses comme La France tranquille de Mitterrand avec fond rural et clocher d’église signée Séguéla). Les noms des candidats de cette campagne pour rire sont des clins d’œil aux électeurs avertis : Pinocchio dont Jiminy Cricket n’a jamais été assistant parlementaire (François Fillon), la Petite Sirène « en nage » (Emmanuel Macron), Schtroumpf Grognon (Benoît Hamon), Peggy avec sa perruque blonde associée au logo de Marine Le Pen. A campagne atypique, conception originale. Combo « a demandé aux internautes de donner des idées de personnages et de slogan, et de voter pour les meilleurs. J’ai repris les idées qui avaient le plus de vote et j’en ai fait des affiches ».

A la galerie des candidats, Jaeraymie a ajouté Francis Huster parce qu’il « a joué Juste Le Blanc dans Le dîner de cons » et John Goodman, a good man, le candidat des gens gentils.

Une campagne alternative pour nos deux artistes pour faire rire et faire (enfin !) réfléchir en réaction à la vraie campagne parce qu’avec les « nombreux retournements, on ne parle pas du fond, on n’évoque pas les vrais sujets ». Réaction également à la langue de bois des débats, à l’omniprésence des experts de tous poils.

Une manière de donner la parole « aux vrais gens », d’utiliser le rire pour faire mieux comprendre, illustrer le ridicule d’une situation.

C’est maintenant un fait acquis, les street artists ont acquis une légitimité à parler politique. Combo a compris depuis le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo le pouvoir du rire ; on se remet d’une condamnation pour emploi fictif après une pénitence dans un pays éloigné et froid. On ne survit pas au ridicule.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, je crois qu’il va y avoir des morts.

Richard Tassart

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