Le Rwanda de 1994 est devenu un gigantesque abattoir

Dans son avant-propos « L’atelier de mémoire », latelier-de-memoire-avant-propos-de-louvrage-cahiers-de-memoire-kigali-2014/, publié avec l’aimable autorisation de l’auteure et de l’éditeur, Florence Prudhomme parle, entre autres, de mémoires « Ces mémoires singulières sont l’histoire du génocide, elles en restituent la réalité composite et sont une archive pour les générations futures », de mémorial et d’horreur, « Le mémorial transmet l’horreur, le résultat du génocide – mais il est muet, aucun sang n’irrigue les corps gisants atrocement mutilés, figés dans leur dernier instant d’effroi ou ensevelis dans des fosses communes », de nomination des disparu-e-s et de restitution du vivant ou du réel, « Mémorial pour les disparus, conservatoire de leurs noms, conservatoire des familles décimées, les Cahiers de mémoire occupent un espace où se rejoignent la nomination des disparus et le récit énonciatif et mémoriel, qui restitue le vivant/le réel de celles et ceux qui ont péri ».

Des récits de rescapé-e-s « tout au long de leur parcours de reconstruction de soi », des lieux, des paysages, des cris, des pleurs, des actes, des mémoires, « Un mouvement sans fracas anime la psyché de celles et ceux qui dans leurs récits tressent les fils d’une temporalité tridimensionnelle qui avait volé en éclats ».

Les temps racontés, l’avant-hier, le temps de la mise à l’écart et de la stigmatisation, les heures de tueries, la longue préparation d’un génocide. Il n’y a pas de surgissement – comme venu de nulle part – des actes génocidaires, ni hier en Arménie ou en Europe nazifiée, ni au Cambodge ni au Rwanda…

Lire, écouter ces voix multiples, les enfances, les vies détruites, les actes insupportables, les violences, les viols, les assassinats…

Avant, après, les siens, « Raconter les méfaits et les dégâts du génocide ne cesse jamais. Cela revient sans fin, sans qu’on le veuille », des noms, les tortures, l’année du pire, les errances, les deuils, les exils, « Pour ne jamais oublier, afin que le génocide ne recommence plus jamais au Rwanda ! »…

Des maisons brulées, des fuites, du bétail abattu, « Toutes les collines, les routes et les pistes sont couvertes de barrières », des membres coupés, ces jours qui n’en finissaient pas, des injures, la honte et l’amertume, des lettres adressées « qui à son enfant, qui à son père, à son mari », les massacres, les torturé-e-s , les dénudé-e-s, les violées, « Tu perds la tête, ton intelligence disparaît, la folie rôde autour de toi », l’impossible repos, je me souviens, « Tu dois mourir parce que tu es Tutsi »…

Conserver en mémoire et transmettre l’histoire du génocide. Un Etat génocidaire et des complicités meurtrières. Mettre des mots, prendre souvenir, faire revivre, tracer une marque. Un mot « Génocide ».

Sous la direction de Florence Prudhomme : Cahiers de mémoire, Kigali, 2014

Avec la collaboration de Michelle Muller

Traduit du kinyarwanda par Louis Munyaburanga Basengo, Charles Kalinda, Leiny Munyakazi

Postface d’Irina Bokova

Classiques Garnier, Paris 2017, 298 pages, 22 euros

Didier Epsztajn

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