Musiques Noires – Une somme

Jérémie Kroubo Dagnini, auteur d’une thèse sur les musiques jamaïcaines, a voulu interroger les musiques noires pour comprendre leur origine, leur place et leur devenir. Il a fait appel, à des sociologues, ethnologues, philosophes, musiciens… pour évoquer leur diversité. Toutes ont en commun la culture des esclaves déportés lors de ces criminelles « traites négrières », porteurs de ces tambours capables de parler. Le verbe est premier, associé au rythme. Les contributions parlent de jazz, de reggae, de la « dub poetry », du hip-hop, du rap, du gwoka, du zouk… tout en évoquant des questions clés comme le féminisme et la révolte. Révolte contre l’ordre établi, révolte contre l’oppression qui donnent à ces musiques la capacité d’être des musiques de la jeunesse.

Avec une pointe d’ironie provocatrice, Christian Béthune parle d’une « négrité transcendantale » pour insister sur le fait que la couleur de la peau fait socialement partie de la question mais n’est pas toute la question. Être Africain-Américain aux États-Unis structure la personnalité mais ne se traduit pas automatiquement par l’appropriation de cette culture propre de la musique noire. C’est une référence sociale, une référence de la mémoire des opprimés où que ce soit dans le monde. Les Blancs transcendent la couleur de leur peau pour accéder à cette mémoire de l’humanité combattante et ce quelle que soit cette musique noire. Ces musiques portent le futur d’un monde libéré de ses chaînes. Elles prônent la liberté, l’égalité, la fraternité.

« L’histoire d’une résistance sonore », dit justement le sous-titre de « Musiques Noires ». Une plongée dans le passé et le présent de notre époque. Le début d’une analyse nécessaire, vitale pour indiquer des identités évolutives ; pour comprendre nos cultures, ces brassages continus qui, dialectiquement, donnent naissance à des chefs d’œuvre. Ces musiques configurent le 20e siècle et sont l’arrière fond culturel d’un 21e siècle qui voudrait tout transformer en marchandise. Le libéralisme ne fait pas de cadeaux.

Un livre nécessaire, pluridisciplinaire pour appréhender notre temps.

« Musiques Noires. L’histoire d’une résistance sonore », sous la direction de Jérémie Kroubo Dagnini, Éditions Camion Blanc.

Nicolas Béniès

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