Quant aux raisons de simuler l’orgasme

(Terrasse des Deux Magots – 6, Place Saint-Germain-des-Prés – Paris 6° — 8 Mai 2017)

De nombreuses personnes n’ont pas eu d’orgasme lors de leur dernier rapport électoral, dans la soirée du 7 Mai. C’est ce que nous révèle un sondage IFOP réalisé au cours de la même soirée, celle du fameux 7 Mai 2017. Pas d’orgasme, tout juste un soulagement. Ce qui est loin d’être identique ! Pas d’orgasme, et dans de nombreux cas, la nécessité fut de le simuler. Un problème nécessitant à coup sûr la consultation d’un sexologue électoral.

La chose nous a paru suffisamment grave pour questionner Samantha Dubray, docteure en sexologie et dont les travaux récents ont cherché à faire le point de cette difficile question dans la réputée revue canadienne Journal of Sexual Medicine, l’organe officiel de l’International Society of Sexual Medicine.

Samantha Dubray, aujourd’hui de passage Paris, a bien voulu répondre à nos questions, autour d’un café, à la terrasse des Deux Magots, en cette chaude après-midi du 8 Mai, lendemain électoral bien sûr, mais surtout anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie, il y a maintenant 72 ans. Canadienne québécoise, Samantha Dubray a fait une partie de ses études à Paris dans les années 70 et maîtrise parfaitement notre langue, jusque dans ses moindres travers argotiques. Vous en jugerez vous-mêmes.

Bonjour Samantha Dubray. Merci de votre éclairage sur ce sujet relativement méconnu, peut-être un peu tabou, la simulation d’orgasme. Tout d’abord, nous nous adressons à la scientifique, qu’entend-on par orgasme ?

Le terme d’orgasme, du grec orgasmos, « bouillonner d’ardeur », sert à désigner la réponse physiologique au maximum de la phase d’excitation sexuelle. On considère ce terme comme synonyme de jouissance extrême, et, par la libération de composants neuro-hormonaux, comme l’ocytocine et la prolactine, qu’il induit, l’orgasme est responsable d’une profonde sensation de bien-être.

Merci Samantha. Toujours pour nos lecteurs, pouvez-vous dire quelques mots des manifestations habituelles de l’orgasme ? Ceci sans rentrer dans des détails trop suggestifs.

Bien entendu. Il s’agit essentiellement de mouvements corporels, de variations du rythme respiratoire, de gémissements, voire quelquefois de cris de joie devant l’écran télévisé, de phénomènes de tension, puis de relâchement des muscles du corps et du visage, toutes choses que je ne développe pas, vos lecteurs et lectrices ayant tous éprouvé et manifesté au moins une fois un orgasme.

Parlez-nous maintenant, Samantha, puisque c’est notre intitulé, les Raisons de simuler l’orgasme, parlez-nous maintenant justement de ces raisons, et tout particulièrement de celles de simuler l’orgasme électoral. Quelles sont-elles ?

Voilà des années que les sexologues essaient de dresser la liste des raisons amenant à cette simulation. Avouons le, lorsque l’on interroge les orgastiques fictifs, leurs raisons ressemblent beaucoup à un catalogue à la Prévert. Et je remercie mes confrères de l’Emerson College de Boston d’avoir mis un peu d’ordre dans tout cela, surtout pour ce qui concerne la très particulière simulation d’orgasme électoral.

Après avoir recensé un nombre considérable de raisons avancées pour expliquer cette simulation, ils les ont regroupées dans 5 sous-ensembles a priori très cohérents. Nous avons les examiner :

– la première, c’est « parce que ça fait du bien », ça fait du bien de se laisser prendre par l’excitation du moment, par les cris de joie autour de soi et de l’écran télévisé. On veut les accompagner, bien que n’en partageant pas les raisons. On veut être au diapason.

– la seconde plus élaborée, renvoie à l’envie de mettre fin au rapport, dans le cas particulier, le compte rendu du résultat électoral, un rapport qui dure trop longtemps et que l’on juge insatisfaisant, auquel on veut mettre fin. La simulation d’orgasme permet de conclure et de tourner la page,

– la troisième raison, elle est plus complexe, tient à la conviction de se sentir supérieur aux autres, en imitant leur comportement, avec en arrière-pensée un « pauvres cons, pauvres connes, vous n’allez pas tarder à en chier ! »

– autre raison encore, tenant à l’environnement immédiat que l’on devine potentiellement hostile, la peur de paraître anormal, la crainte que l’on pense que l’on est un « mauvais coup », la peur que l’on vous quitte,

– enfin, raison plus positive, celle de la connexion émotionnelle, pour manifester son amitié à ses partenaires de soirée électorale, pour se rassurer sur la bonne santé du petit groupe autour de l’écran télévisé.

Samantha Dubray, nous vous posons maintenant la question de la pratique présentée comme nécessaire en terme d’hygiène politique, celle du rapport protégé et de l’utilisation d’un préservatif lors de l’intromission, nous voulons parler de celle du bulletin dans l’urne.

(L’intromission est un terme dérivé du latin intromissum, supin du verbe intromittere, « faire entrer, introduire ». Électoralement, lorsque l’intromission est accomplie, un assesseur préposé à la fonction annonce à la cantonade « A voté ».)

Cette question du préservatif préalable à l’intromission a été examinée. Le préservatif est censément le moyen par lequel des partenaires électoraux, nous voulons dire des votants, cherchent à se préserver de toute affection transmissible à l’occasion de l’intromission. Nous les rassurerons, la macronite n’est pas sexuellement transmissible. Nous comprenons très bien l’usage symbolique du préservatif pour certains, mais nous les rassurons, l’intromission du bulletin, disons le rapport, n’a pas besoin d’être protégée.

Quant à savoir si l’usage du préservatif peut être responsable de la difficulté à atteindre l’orgasme et donc de la nécessité de le simuler, même si les corrélations sont nombreuses, l’étude de mes collègues de Boston n’y répond pas formellement.

Samantha, que direz-vous à ceux qui, se refusant à la simulation d’orgasme, préfèrent en rester à l’abstinence, en l’occurrence à l’abstention ?

Une de mes amies, elle s’appelle Sophie et quoi qu’en dise la Comtesse de Ségur, Sophie n’est pas du tout malheureuse – bien au contraire, comme l’indique son nom dérivé de sophia, elle est douée d’une très grande sagesse – Sophie nous met en garde sur cette question de l’abstinence – abstention. Là n’est pas la question, me dit-elle, il n’y a abstention que comme contention d’un désir, s’abstenir de fumer, de boire ou de manger, ou encore de faire l’amour ; mais avec l’offre électorale qui nous est soumise, nous n’avons pas de désir à contenir, seulement beaucoup à perdre. L’abstention n’a pas sa raison.

Dernière question Samantha Dubray. Elle est importante pour la convivialité. Direz-vous que simuler devant l’écran télévisé, c’est tromper ?

Je ne le pense pas. Simuler n’a pas forcément de conséquences négatives. Néanmoins l’orgasme fictif n’est pas anodin. Dans une relation mature et honnête, affectivement et intellectuellement, voire même politiquement, le plus simple et le plus responsable serait admettre que l’on n’a pas eu d’orgasme.

Il n’y a pas d’obligation à la nécessité d’un orgasme, surtout le soir du 7 Mai. Pas d’obligation, encore moins de soumission à cette injonction.

Merci Samantha Dubray pour vos explications qui vont probablement déculpabiliser bon nombre de nos lecteurs et lectrices quant à leur santé politico-sexuelle. L’Insoumission à l’orgasme électoral n’est signe ni d’impuissance, ni de frigidité.

Jean Casanova

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