Le coin du polar (mai 2017)

Visite du nouveau 36 quai des orfèvres…

Le siège de la Police Judiciaire à Paris est un lieu mythique, rempli de toutes ces histoires de policiers et de truands, plus ou moins légendaires à commencer par Vidocq créateur de cette police après avoir été un truand, un lieu aussi agréable avec vue sur la Seine, le Tribunal et le quartier latin. Cette année 2017 verra la fin du « 36 » pour un transfert dans la ZAC de Batignolles, dans le 17e arrondissement. Un changement difficile pour tous les personnels. A voir les photos, le bâtiment est fait d’un grand rectangle en forme d’un Titanic et d’une structure ressemblant à trois voiles allant de la plus petite en haut à la plus grande en bas. Il ne donne pas l’impression de respecter les lois de l’équilibre ou, plus exactement, d’un équilibre flottant comme dans un tableau de la peinture abstraite. Sous un autre angle il prend les traits d’une forteresse qui se veut imprenable, un petit air de château fort stylisé.

Hervé Jourdain, ancien capitaine de la Brigade criminelle, a effectué ce déménagement, en l’imaginant sur la base des plans de l’architecte, dans « Femme sur écoute », histoire à la fois d’une « call girl » – « escort girl » dit-on maintenant – manipulé par son futur mari, un truand et par un candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle et d’une policière victime d’une grave maladie et du sexisme de son chef d’équipe. De ce dernier point de vue, les échanges sont plus vrais que vrai. Ces deux femmes sont les héroïnes de ce roman et leur marche vers le précipice synthétise notre environnement politique et social. Comment survivre ? Pour quoi faire ? Comment marcher sur le fil du rasoir ?

Les flics sont pourris – pas tous bien sur -, les « hackers » ne sont pas poursuivis, l’homosexualité est « immorale » et doit être caché, l’extrême droite est protégée par des flics convaincus par cette idéologie et les systèmes informatiques de protection peuvent être piratés surtout par les société sous traitantes qui les ont posés. Hervé Jourdain pose – sans le vouloir ? – la question de la privatisation d’une partie des fonctions policières et met en garde contre les risques qu’elle représente.

La police doit faire son travail dans cet environnement. Difficile. Pour punir les « méchants », il faut une bonne dose de volonté, contourner un peu le règlement et user de quelques subterfuges pour faire triompher l’équité.

Jourdain raconte cette belle histoire – elle se termine bien – en montrant la réalité des obstacles notamment les liens entre la pègre et les flics. La pègre qui a les moyens… Il laisse penser, sans jamais le dire, que l’extrême droite a des liens avec la pègre qui lui permet de pourvoir à ses basses œuvres.

Écrit avec suffisamment d’allant pour suivre ces histoires aux multiples ramifications, malgré quelques temps morts, Jourdain dresse, avec bienveillance – on a remarqué que c’est le terme macronien par excellence – le portrait d’un monde en décalage, celui de cette PJ inquiète de son destin dans un nouveau lieu, cette forteresse des Batignolles. Un lieu impersonnel qui laisse les personnels orphelin-e-s de leur mémoire. L’auteur sait aussi rassembler les fils de ces destins pour rendre crédibles des rencontres improbables dans le temps et l’espace. Des histoires d’amour, d’amitié tout autant que celles de gangsters. Jourdain ne craint pas non plus d’aborder le contexte politique d’une élection présidentielle qui met aux prises un candidat d’extrême droite et un autre, candidat d’extrême droite qui bénéficie d’une popularité certaine dans les rangs de la Police, candidat qui est aussi l’objet d’un chantage. Les morts se succèdent pour épaissir le mystère.

Entrez donc, vous êtes attendus…

Hervé Jourdain : Femme sur écoute, Fleuve noir, Paris, 2017.

Un nouveau – nouvelle – Détective

Annelie Wendeberg, née es Allemagne de l’Est, est microbiologiste. Elle se sert de sa matière pour construire des romans policiers qui pourraient s’intituler « scientifiques », comme il en est historique. Elle réunit les deux caractéristiques situant son environnement dans les années de règne de la Reine Victoria, fin du 19e siècle.

Elle décrit la manière de construire des vaccins, ceux du choléra et du tétanos en l’occurrence dans cette Grande-Bretagne victorienne. La structure de cette société ne reconnaît pas aux femmes le droit d’être médecin. Anna Kronberg, notre détective, est obligée de se transformer en Anton Kronberg, le prénom de son père, pour pouvoir exercer son art.

Elle a une double vie, homme le jour, femme la nuit vivant dans un quartier miséreux de Londres où elle soigne les déshérités et se protège ainsi des mauvaises rencontres. Elle a une histoire de sexe avec un irlandais, voleur de son état.

Elle rencontre son modèle – visiblement Wendeberg a beaucoup lu Conan Doyle -, lors d’une enquête sur un cadavre qui porte sur lui le choléra et le tétanos aux bords de la Tamise, Sherlock Holmes. Le détective fait preuve de sa capacité d’analyse en découvrant tout de suite son sexe. Si Holmes la dénonce, elle peut finir en prison, exilée en Inde et interdite d’exercice.

Le titre français est curieux : « Le diable de la Tamise » loin du titre anglais, « The Devil’s Grim », le rictus ou le sourire du diable une sorte de résumé du titre allemand un peu à rallonge. La Tamise ne joue aucun rôle dans cette histoire sinon comme dépotoir de tous les déchets de cette population londonienne.

Holmes est présenté comme « asexué », dans le sens où il ne reconnaît que les qualités de l’être humain au-delà des clichés et des préjugés de son époque. Une trouvaille qui permet de comprendre à la fois ses relations curieuses avec Watson et, ici, avec Anna Kronberg. L’enquête porte sur une filière de médecins sans âme qui se servent des miséreux pour poursuivre des recherches sur un microbe – ou virus – capable de détruire des armées ennemies ou l’adversaire dans le cas d’une guerre civile. C’est une intrigue habituelle dans ce type de romans. Mais elle a une résonance dans notre actualité la plus brûlante.

Cette description s’appuie sur la réalité de la guerre bactériologique, comme on l’a vu en Syrie. Annelie n’explique pas vraiment mais elle attire l’attention sur des recherches qu’il faudrait interdire.

Contrairement à ce que dit l’auteure dans sa préface, elle aime écrire et faire partager ses passions.

Cette première enquête de Anna/Anton laisse le désir de la retrouver…

Annelie Wendeberg : Le diable de la Tamise, 10/18

Nicolas Béniès

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