Du coté du Jazz (mai 2017)

Frontières, je vous hais !

Hubert Dupont, bassiste et contrebassiste, est en train de construire une musique d’un temps qui fait des explosions une manière de survivre en détruisant. Le chamboule tout est devenu le sport à la mode.

Est-il possible de créer dans cet environnement mortifère ? Comment vivre et résister tout en appelant à un monde fraternel de rencontres de cultures pour forger une modernité ? Il a voulu relever le gant en se servant des cultures des opprimés, des cultures qui restent populaires tout en étant savantes. Il a forgé un groupe et des compositions pour répondre aussi à un projet politique, la lutte des Palestiniens pour faire reconnaître leurs droits. « Golan » – dont c’est le volume 2 – en est résulté. Golan est une question de frontières et de définition aussi du possible État palestinien. Un symbole.

Les guerres du Moyen-Orient, des « nouvelles guerres », sont en train de déstructurer toutes les constructions du passé. Les droits démocratiques les plus élémentaires sont bafoués. Les dictateurs se défendent par les moyens de la répression sauvage contre leurs populations. Nous assistons à une barbarie qui dit son nom et ne provoque aucune réaction.

La musique, et elle seule, peut mêler réflexion et émotions. Pour ce concert public, Hubert Dupont a réuni Naïssam Jalal, le percussionniste Youssef Hbeisch, le joueur de oud Ahmad Al Khatib, le violoniste Zied Zouari et…Matthieu Donarier à la clarinette soit son groupe habituel pour faire sonner une sorte de tocsin aux oreilles d’auditeurs conquis.

Une grande musique, celle de notre temps, celle qui fait danser, celle qui parle au corps et à l’esprit. Ne la ratez pas. Ne ratez pas cette chance de réfléchir tout en dansant. N’oubliez rien, les cultures arabes sont aussi les nôtres.

Hubert Dupont : Al Joulan, volume 2, Golan, Ultrabolic/Musiques de comptoir.

Expérimentations

Henri Salvador, invité de Daniel Filipacchi dans l’émission « Pour ceux qui aiment le jazz » entre janvier et juin 1958 – le temps était aux coups d’Etat -, s’était livré à quelques « challenges » proposés par le meneur de jeu. Mettre des paroles françaises sur « Little Darling » ou improvisé sur une contravention de Filipacchi ou un article de journal… « Mes inédits » – ceux de Salvador bien sur – n’est pas un témoignage impérissable mais un sourire que nous adresse le Henri des familles d’outre tombe. De quoi vous faire sourire pour vous conduire à lire sur un air de blues les journaux ou prendre à la rigolade les petits travers, les petits malheurs dont notre vie est souvent faits pour les dépasser et revenir au rire, le propre de Henri Salvador.

Henri Salvador : Mes inédits, « La collection des grands concerts parisiens » / Frémeaux et associés.

Retours en avant

Le nom de cet orchestre dévoile son projet, « Vintage orchestra ». Le premier album était un hommage à Thad Jones. Un hommage bienvenu. Thad n’était pas seulement un grand trompettiste, un des plus fins et intelligents de son temps – la notoriété de Miles Davis a laissé l’ombre s’écraser sur lui – mais aussi un compositeur et un arrangeur de talent. Le « Vintage » nous a laissés sans nouvelles depuis 8 ans. Diable ! Ce deuxième opus se veut rappeler la capacité de Thad à arranger pour Joe Williams d’un côté et de Ruth Jones de l’autre, respectivement en 1966 et 1968. D’où le titre et le sous titre : « Smack Dab in the Middle, the vocal side of Thad Jones ».

Un pari difficile à relever. Comment ne pas copier et garder la fraîcheur des arrangements de Thad ? Quels vocalistes choisir ? Il faut que je vous dise : je souffre d’un handicap. Je connais ces deux albums et les ai beaucoup écoutés. Les arrangeurs du Vintage ont fait un travail remarquable. L’inquiétante familiarité est au rendez-vous. On connaît sans reconnaître vraiment. La seule critique porte sur Walter Ricci. Il ne semble pas à l’aise avec ce grand orchestre. Il faut un « shouter », un crieur, qui rentre dans le lard de l’orchestre et de l’auditeur. Il me semble trop en retrait par rapport à Joe Williams, force de la nature. Denise King est un peu plus à l’aise…

Le résultat est une petite réussite malgré ma critique. Cet album donne envie d’aller écouter Thad Jones et de rendre grâce à ces musiciens qui ont construit cet orchestre sous la direction de Dominique Mandin. Une plongée dans cette musique est une plongée dans un bain de joie sans limite…

« Smack in the Middle », The vocal side of Thad Jones ; Vintage Orchestra, Gaya Music/Socadisc

Nicolas Béniès

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