Argentine : immenses mobilisations et victoire contre l’impunité des tortionnaires

Immenses mobilisations contre un projet aboutissant à l’impunité des tortionnaires de la dictature.

Des centaines de milliers d’Argentin.e. s brandissant les symboliques foulards blancs des Mères et grands-mères de la place de Mai ont défilé le 10 mai à Buenos Aires, contre la décision de la Cour suprême d’alléger la peine d’un ancien tortionnaire de la dictature (1976-1983).

« On doit protester pour qu’ils n’osent pas relâcher les auteurs de génocides à nouveau », a ainsi déclaré une participante, Alba Cervantes, qui portait autour du cou la photo de son frère disparu le 20 septembre 1977, Miguel « Cacho » Cervantes. Des marches similaires ont eu lieu dans d’autres villes argentines.

Le 3 mai, la Cour Suprême, plus haute juridiction du pays, avait accepté de raccourcir la peine d’un ex-agent paramilitaire, Luis Muiña, condamné à 13 ans de prison pour enlèvement et torture d’opposants sous le régime militaire. Il avait profité d’une loi connue sous le nom « Deux pour un », en vigueur de 1994 à 2001, permettant de compter comme double chaque jour passé en détention provisoire au moment d’appliquer la peine prononcée en jugement. 

La loi visait à réduire la surpopulation carcérale et aucune limite n’était prévue, pouvant ainsi s’appliquer aux délits de droit commun comme aux crimes contre l’humanité. Dans le cas de Luis Muiña, le premier à en bénéficier, il avait passé de neuf ans en prison avant d’être jugé. Mardi 2 mai, un tribunal fédéral avait déclaré la loi « inconstitutionnelle » tandis que deux autres anciens bourreaux se sont empressés de demander à bénéficier de la même mesure, provoquant un tollé dans le pays, profondément marqué par cette page terrible de son histoire. En effet pendant la dictature militaire de 1976 à 1983, 30 000 opposants au régime ont disparu ou ont été tués par les militaires, selon les chiffres des associations de défense des droits de l’homme

Recul de l’impunité 

Signe de l’émotion, les députés, puis les sénateurs ont adopté en urgence, dans la journée du 10 mai et à l’unanimité, une loi limitant la portée de la décision de la Cour Suprême. Les auteurs de crimes contre l’humanité ne pourront plus bénéficier de réductions de peines. 

Le combat des « Mères de la place de Mai », 

C’est l’occasion aussi de saluer et faire connaître l’extraordinaire combat des « Mères de la place de Mai », organisation fondée en 1977, en pleine dictature militaire. Ces femmes se rassemblaient tous les jeudis après-midi depuis le 30 avril de cette année, en plein centre de la capitale argentine, afin de réclamer des informations sur leurs enfants et petits-enfants « disparus ».

Pendant la dictature argentine. 500 nourrissons ont été volés à leurs parents, selon les associations. Les prisonnières enceintes étaient gardées jusqu’à l’accouchement puis leur bébé leur était enlevé. Et « parfois les enfants de moins d’un an aussi ont été volés »,. Les nourrissons étaient remis à des proches du régime, qui dissimulaient tout de son origine à l’enfant adopté.

Les militaires leur ayant ordonné de « circuler » en raison de l’état de siège qu’ils avaient décrété, les mères et grands-mères décidèrent de tourner en rond sur la place sur la place de Mai (Plaza de Mayo) en face du palais présidentiel de la Casa Rosada. Elles marchaient pendant une demi-heure, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, remontant ainsi symboliquement le temps et critiquant l’impunité des militaires responsables des massacres et des tortures. 

En signe de protestation, les Mères portaient des foulards blancs (symbolisant les langes en tissu de leurs bébés) pour commémorer la disparition de leurs enfants.

Plusieurs des fondatrices ont été assassinées en décembre 1977 par le colonel Astiz, en même temps que des religieuses françaises engagées à leur côté.

Leur travail avait déjà permis d’identifier 97 des 500 enfants enlevés ou nés en détention durant la période militaire et clandestinement adoptés par les familles des militaires, policiers ou de proches du pouvoir 

La lutte contre l’impunité et pour le retour des disparu(e)s constitue un de nos engagements majeurs, dans le cadre du combat contre le négationnisme. De Buenos-Aires à Alger, de Mexico à Santiago du Chili, ce combat se poursuit jusqu’ à soit retrouvée la trace de ceux et celles qui ont été enlevé(e)s et qu’en soient punis les responsables.

Memorial 98

http://info-antiraciste.blogspot.fr

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