Les prostituées ont-elles droit à une couronne mortuaire ?

En mémoire de Myriam, dite « mimi »

Que ton âme repose en paix Myriam, avec celles de toutes nos sœurs survivantes de la prostitution. Nous ne t’oublierons jamais Mimi, et c’est notamment pour toi, toi et toutes les autres, que nous continuons le combat.

« Il y a un an, jour pour jour, le 9 mai 2016, je téléphone à une amie : « bonjour, comment vas-tu ma véro ? » ; « mal, je vais très mal, Rosen peux-tu m’emmener à l’hôpital s’il te plaît ? » « De suite mon amie ! »

J’arrive dès que je peux. Il est 10 heures du matin environ, je la laisse être prise en charge aux urgences et j’attends.

Dehors, je vois un homme que je connais, c’est le « mari » d’une autre amie, elle s’appelle « Mimi » (surnom diminutif de Myriam).

Ce sont deux de mes grandes amies que j’accompagne en ce jour aux Urgences, mais Mimi surtout, cette jeune femme qui est prostituée encore occasionnellement, en fait je ne sais plus trop où elle en est. Je l’ai rencontrée il y a quatre ans lorsque je militais pour le droit au logement. Elle vivait avec son « mari » dans un camping car. Mimi, comme il la surnomme, a été prise en charge depuis un quart d’heure environ, elle est arrivée en vomissant tout son sang. C’est lui qui l’a amenée, car le SAMU ne voulait pas se déplacer…

Mimi boit depuis son plus jeune âge, elle n’a que 40 ans…

Je reste prostrée à l’attendre, dans un état d’angoisse folle, est-ce que je suis consciente qu’elle vit ses dernières heures ? Le personnel est débordé, il y a trop d’urgences et pas assez de moyens. Plusieurs « hommes » (mari, amants, clients ?) se relaient au chevet de Mimi. On nous dit que c’est très grave et qu’elle est très fragile. Il ne nous reste plus qu’à espérer que l’hémorragie s’arrête. Aucun membre de sa famille ne s’est déplacé, juste son « mari » qui quittera les lieux avant moi, je suis seule dans cet hôpital vide et froid à m’inquiéter pour elle…

Après notre rencontre il y a 4 ans, Mimi m’a racontée sa vie depuis son enfance. Elle a été deux fois mariée et a eu deux filles de son premier mari et un garçon de son deuxième.

Elle vient d’une famille modeste, un père cafetier et une mère employée dans ce café. Elle a deux frères et une soeur. Son père était très violent, notamment avec sa mère, il ira jusqu’à la jeter par la portière de la voiture et il la tuera quand Mimi avait environ 7 ans. Elle sera élevée par cet homme brutal qui la fera boire dès l’âge de 8 ans. Dès 3 ans, elle a subi des viols et des agressions sexuelles d’un client du bar et d’un de ses oncles. Ses deux divorces se finiront mal, ses maris obtiendront toujours la garde de ses enfants. Pourtant elle s’est prostituée très jeune pour nourrir ses petits ! Commençant pour de la nourriture !!! « En nature » avec les commerçants du quartier…

Mimi était une belle femme volontaire, gracieuse, mais les yeux vides et le coeur plein de révoltes. Elle aimait rendre service, elle était toujours présente lorsque nous avions besoin d’elle, elle avait le coeur sur la main. Elle aimait les enfants et s’en entourait très souvent. Elle aimait les fleurs, surtout les roses blanches, une véritable passion ! Sa belle-soeur était prostituée également, avec un frère délinquant de petits délits. Mimi aimait être entourée d’hommes, clients, amants, proxénètes… Elle manquait terriblement de confiance en elle… Elle était de taille moyenne, brune, avec de beaux yeux verts, elle marchait d’un pas léger et dansant. Elle parlait d’une voie douce mais pouvait avoir aussi de grandes colères. Elle adorait les animaux, surtout les petits chiots, les chatons, les rats et les poissons. Elle est née en une fin de mois d’aout ; le 28 je crois. Elle était très souvent perchée sur de hauts talons et vêtue d’une mini jupe élégante, mais tout comme d’un jogging aussi parfois ! Elle était à la fois simple et sophistiquée. Comme tous les êtres humains, elle avait ses parts d’ombres et de lumières.

Le soir de sa mort, j’ai du obliger son mari à appeler ses enfants car il ne voulait pas le faire. Cet homme ne voulait dire à ses enfants que leur mère avait agonisé 19 heures avant de nous quitter.

C’est bien le système prosti-tueur qui a assassiné cette femme : viols pédocriminels, père violent, alcoolisme forcé, prostitution dite de survie, proxénétisme via de nombreux « conjoints », « clients » prosti-tueurs contents de se servir au passage, sans jamais se poser de questions. Alcool pour survivre, alcool pour oublier, alcool jusqu’à en crever. Et elle est morte dans une solitude absolue, sans personne pour lui tenir la main, elle est morte comme elle a vécu, dans un long spasme de douleurs. Parce que née femme, et au nom du bon plaisir de ces messieurs. Vous croyez que ses « clients » se souciaient d’elle alors ?

Ce jour où Mimi nous a quittée, et que cela faisait plus de 15 heures qu’elle s’éteignait plus ou moins seule à petit feu aux urgences, Fred, un ami abolitionniste de la Fondation Scelles lui a fait envoyer un bouquet de roses blanches, les fleurs qu’elle adorait. Après sa longue agonie, et une fois partie, je vais vérifier que les fleurs sont bien arrivées et surtout qu’elles sont bien auprès de mon amie. Evidemment, Mimi est à la morgue et non dans une chambre funéraire, car personne n’est là, à part moi, pour accompagner son corps, son « mari » passe de temps en temps. Le fleuriste me confirme qu’il a bien livré les fleurs de La Fondation, me présentant tous les documents l’attestant, mais je ne les trouve pas, elles ont tout simplement « disparu »… Je me lance dans une série de scandales bruyants auprès de tous les intervenants impliqués pour savoir où sont passées ces fleurs, et je décide de retourner chez le croque mort. La secrétaire, qui cache à peine sa gêne, tente de me réassurer « mais ne vous inquiétez pas Madame, elles seront là demain, nous les avons probablement « égarées » « quelque part » ». Et, soudainement, après mes gueulantes successives, en effet, ces magnifiques roses blanches en couronne portant le nom de Mimi réapparaissent comme par magie… On va dire pudiquement que certaines personnes auraient souhaité redécorer leurs maisons avec ces roses à leurs yeux indignes d’une personne prosti-tuée. De fait, je n’ai pas lâché l’affaire et, jusqu’au bout, j’ai du me battre pour que Mimi puisse être enterrée avec ces roses qu’elle aimait tant.

Voilà, la vie et la mort des femmes prosti-tuées c’est cela, de la petite enfance jusqu’à leur décès. Maintenant expliquez-nous que c’est un métier comme un autre, et qu’il faudrait le réglementer pour toutes.

Rosen Hicher, France, le 9 mai de l’An 1 de l’Abolition, pour le Collectif Ressources Prostitution.

https://ressourcesprostitution.wordpress.com/2017/05/09/les-prostituees-ont-elles-droit-a-une-couronne-mortuaire/

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