Toute ressemblance avec d’autres temps… ne saurait être fortuite !

Le livre de Polymnia Athanassiadi, fruit de cours donnés au Collège de France en 2006, tente de cerner les modifications, à l’œuvre dans la région méditerranéenne (au sens large) entre le 3ème et le 7ème siècle. Modifications qui scellent le passage « d’une société organisée à la mesure de l’homme à une autre bâtie pour la plus grande gloire de Dieu ».

En termes contemporains, on pourrait dire, le double mouvement qui voit la centralisation étatique (avec la violence qui l’accompagne) d’une part, et la définition de la croyance religieuse comme « marqueur identitaire » (définissant « nous » et « les autres ») de l’autre. Les religions antiques ne connaissaient pas cette dimension exclusive (à preuve les correspondances qui faisaient de dieux grecs des dieux latins – Zeus = Jupiter etc… – ou encore leur capacité à « intégrer » naturellement de nouveaux cultes, Mithra, les religions orientales…). Le lien entre ces deux phénomènes apparait d’autant plus clair que la brève tentative de « restauration » du paganisme (sous l’empereur Julien – 361-363 – les combine, en tentant la création d’une « église » sur le modèle de l’église chrétienne).

L’analyse est érudite : elle s’appuie sur les codes juridiques, les « canons » des conciles ecclésiastiques (qui progressivement réglementent la vie de chacun-e de façon extrêmement précise) et les écrits des dissidents (« à la fois ceux qui pensent de la même manière que leurs persécuteurs et ceux (…) qui osent se dresser en défenseurs de la liberté de conscience »).

Elle montre aussi que cette émergence de l’intolérance touche aussi bien « l’occident » (catholique), l’orient (orthodoxe) et le proche orient (islam).

« Notre univers avec ses orthodoxies politiques, son insistance passionnée sur les valeurs de la démocratie (mais quelle démocratie ?) et son lip service (approbation du bout des lèvres : fausse promesse  – Note du trad.) au libre dialogue (n’est pas) si différent du monde de l’antiquité finissante, un monde désespérément rétréci ».

Reste bien sûr que cette description (avec notations éclairantes sur l’évolution des villes ou des lieux de culte) n’aborde pas les raisons économico-sociales qui sous-tendaient le passage d’une société politique à une société théologique.

Polymnia Athanassiadi : Vers la pensée unique. La montée de l’intolérance dans l’Antiquité tardive.- Paris, Les Belles Lettres, 2009

Dominique Gérardin

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