Nouveautés (juin 2017)

La Hongrie du jazz.

Le jazz parle-t-il hongrois ? Une langue philosophique prétend Imre Kertesz que le hongrois. Peut-il se transformer en un rythme ? La réponse de la chanteuse/pianiste et compositeure Tamara Mozes, pour son premier album, « Moozing », se résout souvent dans le scat avec des onomatopées empruntées aux sons de sa langue natale.

La difficulté de cette langue tient à sa faible diffusion. Il fallait bien se faire reconnaître et connaître et, de ce point de vue, composer avec l’anglais est nécessaire. Composer est à prendre dans tous les sens…

Elle nous parle de beauté, une beauté qui se forge, qui s’impose, de ritournelle de l’amour en passant par la marche du travail à la manière des 7 petits nains de Blanche-Neige façon Walt Disney et le « ping pong »… Un voyage qu’elle offre, qu’elle nous offre sans apprêts et sans artifices.

Il est toujours possible de trouver des références dans les voix féminines – elle cite Patricia Barber, Shirley Horn notamment – mais il vaudrait mieux évoquer un collage des voix « classiques » et des voix du jazz, de la pop et du rock. Il lui manque un peu de la décontraction lié au swing face à son éducation classique.

Un premier album qui se conjugue au présent et ouvre un champ futur ouvert vers des chemins différents. A écouter et à voir.

« Moozing », Tamara Mozes, Yolk Music, distribué par l’Autre distribution.

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Du côté de chez Django…

Django Reinhardt ne peut pas mourir. Un film vient rappeler à la fois le guitariste et la déportation des Tsiganes dans les camps de concentration pour remettre dans l’actualité son héritage. Au festival de jazz de Coutances, un hommage lui a été rendu avec tout ce qu’il faut de vitesse d’exécution et de cœur.

Pour ce groupe, « Selmer # 607 » – le nom de la guitare fabriquée il y a tout juste 70 ans -, un groupe à géométrie variable, le répertoire varie en allant de Michel Fugain à Sonny Rollins en passant par Henri Salvador, mais le style général reste attaché bien évidemment à Django Reinhardt, au jazz dit Manouche.

Pour ce volume III, « Anniversary Songs », Adrien Moignard, Sébastien Giniaux, Rocky Gresset, Noé Reinhardt cède un peu de place au nouveau venu Antoine Boyer qui ne dépare pas, pour se partager la fameuse guitare au fil des plages.

Dans ce genre un peu trop sollicité ces derniers temps, un album fait la preuve qu’il est possible de convaincre de sa sincérité.

« Anniversary Songs », Selmer # 607, Cristal Records distribué par Harmonia Mundi.

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Accords communs

« The Volunteered Slaves » est le nom du groupe qui a maintenant 15 ans d’âge – comme le temps passe… Il vient de commettre un nouvel album qui veut faire éclater toutes les frontières, toutes les identités et convaincre des générations successives qu’il est possible de construire des références communes, des accords fraternels à travers toutes les musiques. Pour ce faire, Olivier Témine au saxophone ténor et soprano, Emmanuel Dupré au piano, claviers et programmation, Akim Bournane à la contrebasse et à la basse, Julien Charlet à la batterie et Arnold Moueza aux percussions se sont adjoint un slammeur de Chicago Allonymous, Mafé, Rapahaëla Cupidin, Indy Eka et Kiala Ogawa au chant sans compter les invités Emmanuel Bex à l’orgue, Hervé Samb aux guitares, Géraud Portal à la contrebasse et Stephan Moutot au saxophone ténor pour « The Gambler » qui ouvre cet album « Ripcord ».

Pour l’essentiel des compostions originales sauf trois « reprises » pour constituer des paysages qui se veulent de notre temps sans oublier le passé, la mémoire du jazz en particulier Roland Kirk qui ne s’écoute plus suffisamment ces temps-ci. Les environnements sont mouvants pour faire bouger les corps tout en interrogeant l’air du temps.

Faut-il encore appeler cette musique jazz ? Cette interrogation courre à travers toutes les tentatives actuelles sans trouver réellement de solution, de réponse. L’image de musique intello qui colle au terme jazz empêche une partie des jeunes générations d’entendre ces musiques alors qu’elles devraient susciter un écho chez elles, abandonner le terme c’est aussi laisser de côté une mémoire vivante essentielle à toute création. Pourquoi ne pas parler tout simplement de « musique noire » ?

« Ripcord » propose à la fois une musique qui se conjugue au présent, n’oublie rien de son passé et se tourne résolument vers un son à même de convaincre les jeunes de réfléchir à leurs racines, des racines ouvertes pour refuser tout enfermement.

« Ripcord », The Volunteered Slaves, Cristal Group distribué par Pias

Vues de l’espace

Que faire lorsqu’un premier album devient « Meilleur Album de l’Année » aux Victoires du Jazz 2014 ? Dissoudre le groupe et aller voir ailleurs si la musique est plus étrange est une des solutions possible. Thomas de Pourquery y a songé pour son groupe « Supersonic » qui avait repris des compositions de Sun Ra dans le bien nommé « Play Sun Ra ». En réaliser un deuxième était un rêve de producteur mais pas celui du saxophoniste alto/chanteur qui voulait vivre de nouvelles aventures.

Il raconte un rêve, un rêve de compostions avec ses amis de son groupe. Il entendait le son des instruments comme venu de cet ailleurs recherché, d’un espace différent pour organiser d’autres rencontres, d’autres organisations de ce sextet. Il faut dire que Edward Perraud est un batteur étrange et engagé, Arnaud Roulin, un pianiste qui s’inscrit dans tous les contextes, Frederick Gallay un maître du temps à la contrebasse, Laurent Bardainne au saxophone ténor dessine un alter ego de Thomas, Fabrice Martinez un trompettiste qui joue avec le silence – tout comme Miles Davis – pour habiter les compositions du leader. Chacun est soit vocaliste, soit utilise l’électronique pour construire un environnement propice à la mise en valeur d’un son collectif. La référence à Sun Ra n’est pas épuisée en témoigne les titres comme « We travel the space ways » ou « From planet to planet » qui permettent d’offrir de nouveaux points de vue.

« Sons of Love », fils de l’amour mais aussi, pour ne pas résister au jeu de mots facile, les sons de l’amour pour se réinventer. Comme d’habitude, Thomas de Pourquery peut céder à l’attrait de la chanson « facile » comme dans « Slow Down » qui fait, en plus penser à quelques airs sunraniens entendu sur scène. Pour dire que dans ce style il est difficile de couper tous les ponts. Ainsi Laurent Bardainne, dans le titre éponyme, « Sons of love », prend comme modèle plus John Gilmore que Coltrane…

Une belle énergie fraternelle fait de cet album un de ceux qu’il faut entendre.

« Sons of love », Thomas de Pourquery Supersonic, Label Bleu distribué par l’Autre Distribution.

Nicolas Béniès

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Une réponse à “Nouveautés (juin 2017)

  1. Superbe article qui donne envie de découvrir. La Hongrie peut devenir une de mes futures destinations de voyage.
    Bonne continuation 🙂

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