Peut-on rire des « morts visa du Balladur » Mr. Le président ?

Les réseaux sociaux, comme les médias français et internationaux se sont saisis de la « blague douteuse » du président de la République française, exprimée sur un sujet tragique touchant des milliers de victimes au large de Mayotte. En visite au centre de sauvetage d’Etel (Morbihan), Monsieur Emmanuel Macron reprenait son interlocuteur par ces expressions tristement célèbres : « le kwassa kwassa pêche peu. Il amène du Comorien. C’est différent. »

Un scandale sémantique.

Dans le bras de mer qui sépare Mayotte des îles sœurs des Comores, des cargos de différentes nationalités y pêchent du thon, du requin, des crevettes… Mais pourquoi y ajouter du Comorien ? Un président français peut-il ignorer qu’il peut s’agir de femmes et d’hommes comoriens dont les cadavres foisonnent dans cette mer poissonneuse, car empêchés de circuler librement dans les eaux comoriennes par l’Etat français au mépris du droit international ?

Un forfait politique.

Oui, c’est différent. Les kwassa kwassa, ces frêles embarcations utilisées pour relier les 4 îles de l’archipel des Comores depuis la nuit des temps, restent la seule option laissée aux Comoriens voulant se rendre à Mayotte. En 1995, le premier ministre Edouard Balladur instaure unilatéralement un visa – le « visa Balladur Pasqua », quasiment impossible à obtenir pour les Comoriens voulant se rendre à Mayotte ! Signalons au passage que le premier ministre Balladur commettait ce forfait politique au même moment où il naviguait en eaux troubles pour financer sa campagne présidentielle. Il s’agit de « l’affaire Karachi » qui défraie la chronique en ce moment, pour laquelle il est mis en examen (du pain sur la planche pour ce nouveau gouvernement français, compte tenu de  son programme de « moralisation de la vie politique » !).

Un crime contre l’humanité.

Cette obstruction illégale de la libre circulation des Comoriens a engendré bien de naufrages, parfois dus à des collisions avec les vedettes suréquipées de la police française. Cela se chiffre à plus de 15 000 morts en 22 ans, selon plusieurs rapports, faisant de ce bras de mer de 70 km « le plus grand cimetière marin du monde » ! Ce visa sert également de prétexte aux expulsions massives depuis Mayotte, de ces Comoriens considérés comme « clandestins » dans leur propre pays. Depuis 2005, en vertu de la politique du chiffre, cela représente près de 20 000 expulsions annuelles (plus de 10% de la population globale de l’île de Mayotte). Cette violence d’état relève du statut de Rome qui, par son article 7, définit comme « crime contre l’humanité l’un quelconque des actes  ci-après commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile : [] déportation ou transfert forcé de population ; Emprisonnement ou autre forme de privation grave de liberté physique en violation des dispositions fondamentales du droit international ; persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs d’ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, etc. ; [] ».

Mettre fin à l’occupation coloniale de Mayotte.

Il était temps qu’en France, en Europe, soient dénoncées les conséquences tragiques inhérentes à l’occupation coloniale de Mayotte. La classe politique en France, de gauche comme de droite, s’est élevée contre ces « écarts de langage » ; certains  prônent un vrai changement de la politique française et de l’union européenne dans la sous-région Indocéane. Des dénonciations de l’occupation illégale de Mayotte émanent également des sociétés civiles comoriennes et internationales. En fait, la fin de l’occupation est la seule alternative viable pour la paix dans l’océan indien.

Retour au respect du Droit international.

Au-delà des excuses formelles à adresser au peuple comorien, nous attendons du nouveau président français d’envisager rapidement l’abolition de ce visa funeste et criminogène instauré en 1995 pour des raisons politiciennes. Ce dispositif est d’ailleurs unanimement jugé inefficace, il est surtout massivement meurtrier !

Nous attendons que la France et l’Europe se conforment aux résolutions internationales en reconnaissant formellement la vocation de Mayotte à rejoindre les 3 îles sœurs des Comores, dans un élan de développement harmonieux dans leur ensemble naturel.

Ensemble pour transformer ce monde.

Cette « digression sémantique » présidentielle aura provoqué un éveil politique dans le camp des patriotes comoriens, pour défendre avec esprit de suite la souveraineté et l’unité des 4 îles des Comores (Anjouan, Grande Comores, Mayotte et Mohéli).

Nous exprimons ici toute notre gratitude aux mouvements de solidarité en faveur de la défense de notre cause, de notre dignité. De plus en plus nombreuses, ces personnalités et organisations se reconnaîtront, nous leur donnons rendez-vous pour de  prochaines actions communes. Notre détermination commune permettra de sauver la paix et le bien vivre ensemble dans l’océan indien.

En conséquence, nous appelons tous les franco-comoriens à faire bon usage de leur vote lors des législatives des 11 et 18 juin 2017.

Monsieur Macron, Make Respect Great Again.

Paris ce 5 juin 2017

CDISCOM 

(Collectif de Défense de l’Intégrité et
de la Souveraineté des Comores)

Contact : cdiscom.contact@gmail.com

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