La conquête de la Toison d’or

(INRA-EM – 147, rue de l’Université – Paris 7° — 17 Juin 2017)

Tous les moutons descendent, certes, des alpages à la fin de l’été. Mais également, c’est notre sujet d’aujourd’hui, du mouflon depuis le Néolithique. Or, nous le savons avec certitude, le mouflon était cornu et n’avait pas de laine. Tout au plus, un petit duvet recouvert de longs poils.

 Quels mécanismes évolutifs ont bien pu présider à la transformation de cet ovin sauvage et farouche, le mouflon, âpre aux combats entre mâles et rapide à la course pour échapper à ses prédateurs, en ce sympathique et indolent ovidé de nos campagnes électorales, le mouton, à l’œil torve et au caractère grégaire ?

On le sait, c’est le résultat, depuis le Néolithique, de près de 7 à 8000 ans de sélection, depuis sa domestication par l’homme, intéressé par sa viande, son lait et sa peau, pour se nourrir, se vêtir et s’abriter.

Toujours soucieux d’améliorer encore l’espèce, par croisements répétés et sélections successives, une équipe de chercheurs généticiens de l’INRA-EM (Institut National de la Recherche Agronomique En Marche) travaille aujourd’hui à ce qui pourrait à terme modifier totalement le cheptel français en renforçant le caractère craintif, malléable et grégaire de l’espèce. Et surtout, en développant son manteau laineux. C’est bien connu, le berger tire richesse et profit de la docilité de la bête, mais également de l’épaisseur de sa toison.

Grâce à une étude généreusement financée par un consortium bancaire portant sur le mouton rose et le mouton bleu français, des généticiens ont pu repérer les gènes gouvernant à la fois ces deux caractéristiques fondamentales de l’ovinité, la docilité et l’épaisseur de la toison.

Gènes qu’ils pensent issus d’une mutation originale survenue dans ce cheptel ovin ces 10 dernières années et probablement imputable, tout au moins partiellement, à un phénomène appelé Alternance Unique. Ce terme désignant la succession de différents bergers à la tête du troupeau, sans que rien jamais ne change, la tonte ou la tondaison étant toujours l’aboutissement final, avec les effets de résignation, cette caractéristique ovine, que l’on devine aisément .

L’objectif, nous a expliqué Mme Brigitte Macre, coordonnatrice du projet et chercheuse à l’équipe GENROC (Génétique des petits ruminants ovins et caprins), serait maintenant, par séquençage et transfert génétiques, de déclencher cette mutation dans l’ensemble du cheptel français. Ce transfert de gènes gouvernant à la fois docilité et épaisseur de la toison aurait, selon Mme Macre, d’énormes avantages en agro-politologie.

Cette nouvelle variété ovine obtenue et baptisée par nos chercheurs, macrinos, en hommage à la directrice du projet – référence également à la lointaine espèce mérinos – cette nouvelle espèce se montrerait plus malléable aux injonctions fiscales et accepterait facilement d’être corvéable et tondable à Bercy. Elle se montrerait également beaucoup plus robuste et plus flexible aux caprices météorologiques et patronaux.

Reste à savoir, a demandé une bergère, s’il sera aisé d’étendre la chose à tous nos moutons.

Mme Macre ne nous a pas caché la difficulté de la généralisation de cette mutation à l’ensemble du cheptel. Celui-ci comportant encore de nombreux individus rebelles, toujours rétifs à se soumettre à ce bidouillage génétique. Mais, réalisée sur même seulement 15 % des inscrits, cette mutation permettrait déjà, a-t-elle précisé, d’installer pour les prochaines années notre industrie lainière sur des bases consolidées.

Nom de code du projet, Panurge, a-t-elle ajouté en souriant. 

Jean Casanova

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