Le Mouvement indien des femmes : comprendre et dépasser l’« ONGisation »

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

Les ONG se sont imposées comme actrices incontournables sur le terrain féministe en Inde, au détriment des groupes autonomes à l’origine du mouvement. Ce processus évolutif s’est traduit par une professionnalisation, une cooptation et une dépolitisation du féminisme qui a créé de forts clivages entre les parties. Si les critiques sont légitimes, elles ont toutefois abouti à une fétichisation de l’autonomie, impropre à répondre aux enjeux actuels1.

« La fracture entre d’un côté, des appels en faveur de la peine de mort et de la castration, des appels irréfléchis à la vengeance (exigeant le viol, le lynchage public, la sodomisation ou la pendaison des violeurs) et de l’autre, des demandes formulées par des féministes issues de la classe moyenne (réclamant la liberté d’accès à l’espace public, le droit de se vêtir selon son choix, de sortir et de circuler sans restriction), révèle l’échec du féminisme indien après plusieurs décennies » (Tellis, 2012).

L’opinion accablante d’Ashley Tellis sur les manifestations de masse qui ont éclaté en Inde après le viol collectif et le meurtre de Jyoti Singh Pandey à New Delhi, le 16 décembre 2012, peut surprendre. Les mobilisations sans précédent et les effusions d’émotion par des jeunes hommes et femmes ne suggèrent-elles pas justement le contraire – que le féminisme en Inde est bien portant et qu’il serait parvenu à un stade de maturité2 ? Tellis, qui s’est autoproclamé l’« enfant terrible » du mouvement indien queer, est particulièrement provocant dans sa déclaration, sans être le seul à exprimer un tel scepticisme.

Une pléthore d’accusations et de reproches ont été adressés aux rassemblements qui étaient inédits par leur nombre, leur composition (des « citoyens ordinaires ») et par leurs formes (non organisés, non affiliés ou organisés par des partis politiques mainstream). Pour de nombreuses féministes et militantes de gauche, l’ancrage des mobilisations dans la classe moyenne a expliqué la partialité des demandes (la protection des femmes plutôt que leur liberté ; Krishnan, 2013), leur naïveté politique, leur tendance conservatrice (peine de mort, castration comme sanction légale pour un viol) et une empathie à géométrie variable (destinée avant tout aux victimes de l’élite urbaine plutôt qu’aux victimes « ordinaires », les femmes dalit des campagnes)3.

Des « militantes et intellectuelles » ont tenté – au moment des manifestations – de collaborer en dépit de certaines réticences politiques (Dixit, 2013), mais d’autres, comme Tellis, désapprouvant la représentation du féminisme véhiculée, ont refusé d’accorder leur soutien. Certains avis ont été moins cyniques et tranchés, mais personne n’a contredit le fait que cet épisode de consensus populaire autour des droits des femmes était directement inspiré par le discours du Mouvement indien des femmes (MIF)4.

Ces vives réactions aux protestations ne sont pas surprenantes et sont à l’image de critiques déjà formulées à l’encontre du MIF. Pour Tellis et d’autres, les manifestations à New Delhi symbolisaient l’incapacité d’un certain féminisme d’éveiller et de transformer les consciences des « citoyens ordinaires ». Selon eux, le MIF a été discrédité à plusieurs reprises par le passé, car considéré comme « coopté » par des forces extérieures. Tellis affirme ainsi que « le mouvement des femmes autonome des années 1970 et 1980 (qui s’est attaqué à plusieurs affaires, allant du viol d’une femme indigène dans un commissariat de police à la problématique de la dot et de la sati en passant par la violence conjugale) a été affaibli au point de presque disparaître à partir des années 1990 à cause de l’ONGisation et de l’émergence des organisations de la “société civile” en Inde, qu’elles soient genrées ou non. Malgré ses défauts et ses limites, le mouvement jouait un rôle clé dans la transformation de la société ».

« ONGisation  » est une expression générale utilisée dans les débats relatifs au MIF pour illustrer les modifications opérées dans sa forme, son fonctionnement et plus largement, au niveau du contexte politique. Ce que Sonia Alvarez (1999) a appelé le « boom des ONG » en Amérique latine s’est produit en Inde à la fin des années 1980 et au cours des années 1990, parallèlement à la libéralisation de l’économie et au retrait des investissements de l’État dans des domaines essentiels. Les ONG sont alors intervenues pour assurer – et pas uniquement exiger – le développement (Gupta, 2014). Les ONG qui travaillent avec des femmes ou sur des questions relatives aux femmes, et même les « ONG féministes », ont joué un rôle important dans les évolutions organisationnelles du mouvement féministe indien : de groupes autonomes dans les années 1970, ceux-ci sont devenus des organisations transnationales et professionnelles dans les années 1990 ; poussant le MIF à un « point critique » (Dave, 2012).

La domination des ONG dans le domaine du féminisme reflète une réorganisation plus large de la société civile en Inde. Globalement, ces acteurs sont controversés au sein du champ féministe comme forces politiques. Ils sont devenus des acteurs clés, mais moins représentatifs d’un certain type de politiques féministes en raison de leur caractère désormais plus transnational et professionnalisé. Le terme «  ONGisation » n’est pas utilisé, dans les débats sur le féminisme indien, pour traduire une augmentation du nombre des ONG travaillant avec des femmes ou sur des questions de genre, mais pour qualifier (idéologiquement et moralement) « le danger que représente ce phénomène pour le féminisme » (Hodzic, 2014).

Étant donné la place centrale, empirique et idéologique, des ONG dans les débats actuels sur le féminisme indien, je vais parler en priorité de leur rôle et du processus d’ONGisation en rendant compte de certaines transformations subies par le MIF durant la période postindépendance. Je commencerai par énoncer les origines de la cooptation du MIF qui a, paradoxalement, été associée à des épisodes perçus comme des réussites pour le mouvement. Je passerai ensuite à la considération que Sadia Hodzic (2014) nomme le « paradigme d’ONGisation » et m’arrêterai sur les critiques qui mettent en évidence les inquiétudes fondamentales à l’égard des ONG en tant que forme d’organisation. Tout d’abord, la question de l’autonomie envers des acteurs extérieurs (étatiques ou non étatiques), liée à l’idée originelle d’indépendance politique développée par le MIF pendant les années 1970, nécessite d’être repensée. En effet, la notion d’autonomie est un horizon normatif pour certaines féministes, même si elle est devenue pratiquement insaisissable.

La professionnalisation est une autre inquiétude qui se ressent particulièrement d’un point de vue générationnel. Des femmes plus jeunes sont ainsi jugées antiféministes, car employées dans des ONG de femmes. Je conclus en suggérant qu’il faut dépasser ce paradigme d’ONGisation pour évaluer le MIF, car il offre peu d’outils conceptuels permettant de comprendre les dynamiques actuelles – les manifestations à New Delhi en sont les révélateurs les plus visibles, mais pas les seuls (Sen, 2014) –, voire occulte complètement les opportunités en termes politiques qu’un tel moment offre à la réflexion féministe et à la (re)mobilisation.

La « prospère » cooptation du MIF

Le mouvement de femmes en Inde dans la période postindépendance, a connu son apogée fin des années 1970 – début des années 1980 et est, selon certains, parvenu à maturité5. Son activisme féministe, revendiqué et autoproclamé, a porté ses fruits dans divers domaines, notamment avec l’adoption de la dernière réforme de la loi en 2013, suite au viol collectif commis à New Delhi, qui énonce la responsabilité de l’État pour lutter contre les violences envers les femmes (Sen, 2014). Malgré les critiques émises par Tellis, cet épisode dramatique a suscité un moment unique de reconnaissance publique et de consensus autour des droits des femmes qui avaient été longtemps la chasse gardée des cercles «  progressistes ».

La spécificité de cet épisode ne doit cependant pas faire oublier la manière dont la problématique du « genre » s’est imposée dans les discours politiques dominants à partir des années 1990, ce qui a poussé deux grandes chercheuses féministes indiennes à observer que « soudain, les “femmes” étaient partout ». Tharu et Niranjana (1994) ont expliqué que la fin des années 1980 et le début des années 1990 ont représenté une « étape charnière » pour le féminisme indien. Elles ont constaté une visibilité inédite des « femmes » et du genre dans la rhétorique de l’État, chez les experts du développement et dans les discours publics. Nivedita Menon (2004, 2009) a souligné, dans la même logique, le lancement de programmes de développement par le gouvernement en faveur des femmes, la création de commissions de femmes ou de mesures pour obtenir la parité du genre.

Cette nouvelle visibilité – un indicateur significatif de la réussite du mouvement des femmes – s’est propagée au sein des partis politiques où les femmes, rurales en particulier, sont apparues comme une importante force électorale et politique, en raison des quotas dévolus aux femmes dans les institutions gouvernementales au niveau local. Les militantes en ville et les chercheuses ont, pour leur part, réussi à gagner leur vie grâce à un travail salarié à temps plein dans une ONG de femmes ou dans des centres de recherche, principaux lieux de l’institutionnalisation du MIF.

En dépit de ces « succès », l’état d’esprit des féministes indiennes n’est pas au beau fixe, et il semblerait que le futur de ce mouvement si « prospère » n’ait jamais été aussi incertain (John, 2002). Les bénéfices du mouvement des femmes – visibilité et diffusion du concept de genre dans les discours et pratiques de l’État – relèvent pour certains davantage d’une appropriation des idéaux féministes et progressistes par des forces hostiles. Celles-ci comprennent l’État indien pro-marché, une droite antilaïque et des forces de « dé-démocratisation », ainsi que des discours et pratiques de développement international (Cahudhuri, 2004 ; John 2002, 2009 ; Menon, 2004, 2009 ; Sangari, 2007 ; Tharu et Niranjana, 1994).

Le tournant décisif des années 1990 – la décennie de la mondialisation, de la privatisation et de l’ouverture de l’économie indienne – a fondamentalement transformé le terrain des luttes ainsi que la nature et la forme de celles-ci. Si, pour certains, la cooptation est le plus grand défi auquel le MIF fait face aujourd’hui (Saheli, 1991), pour d’autres, elle ne suffit pas à décrire la complexité d’une réalité où les femmes ont obtenu un soutien politique inédit au moment où le MIF s’est institutionnalisé et s’est inscrit dans « le conservatisme des politiques néolibérales » (Sangari, 2007).

Dans l’idée du « double enchevêtrement » utilisée par Angela McRobbie (2009) pour qualifier le « post-féminisme » en Occident, les objectifs féministes d’« agency » et d’« empowerment » sont repensés – plutôt que rejetés – en termes d’efficacité et d’émancipation économiques des pays du Sud, permettant dès lors de légitimer et de reproduire les inégalités mondiales. Le « statut des femmes », en devenant un indicateur de développement et de bonne gouvernance, a élargi les espaces dans lesquels les activités féministes se déploient, à condition qu’elles soient associées à des pratiques managériales, de professionnalisation, de bureaucratisation ou d’« ONGisation ». Ironiquement, ce sont donc certaines réussites du MIF qui ont éveillé un sentiment de méfiance et de lassitude parmi les féministes indiennes.

La communauté féministe s’est notamment inquiétée des réformes engagées au niveau légal pour combattre la violence contre les femmes (Gangoli, 2007 ; Kapur, 2005 ; Menon, 2004 ; Sunder Rajan, 2003). Hormis le peu de changement observé au niveau de l’application des lois, elle constate que ces réformes ont malencontreusement augmenté le pouvoir de l’État, tout en intensifiant le contrôle sur les vies des femmes, sous couvert de leur « protection ». Même si l’État a cherché à tenir compte des besoins des femmes, son réflexe libéral n’a fait que renforcer, au lieu de défaire, les idéologies conservatrices et patriarcales. Un sentiment « anti-État » a étayé cette critique (Sunder Rajan, 2003) et a poussé quelques féministes indiennes à rejeter l’idée consistant à considérer l’État comme défenseur des droits des femmes.

Les préoccupations féministes à propos de la cooptation exercée par l’État étaient non seulement justifiées dans le cas de la réforme de la loi, mais en outre, sous prétexte de vouloir politiser et « développe  » les femmes, des excès (comme le recours à des mesures en matière de planning familial qui prennent pour cible le corps des femmes) ont été légitimés. Dans les campagnes, des femmes ont été politisées grâce au système de places réservées (reservations) et des quotas (de nombreuses femmes ont été élues cheffes de village). Ces changements de repères ont généré ce que Mayaram a appelé un « backlash [féministe] en Asie du Sud ».

Cette réaction – dont les cibles sont les femmes nouvellement émancipées en milieu rural – s’est violemment manifestée dans le contexte du Programme de développement des femmes, une collaboration entre l’État indien et des groupes de femmes, mis en place dans l’État du Nord du Rajasthan en 1984. Ce programme n’a pas répondu aux attentes. Il a permis à l’État, en utilisant le langage de défense des droits des femmes, de promouvoir ses propres intérêts et a produit au final de nouvelles formes de vulnérabilité. De manière générale, l’engagement de l’État indien en faveur du développement et des droits des femmes a été critiqué. L’objectif poursuivi n’était pas tant de promouvoir l’émancipation des femmes, que de les utiliser pour moderniser le pays et s’ajuster aux demandes de l’économie mondiale.

Les années 1990 ont aussi été caractérisées par une accentuation des clivages de caste et de religion, en raison de la montée du nationalisme hindou et des politiques basées sur l’identité ; deux facteurs qui ont irrémédiablement changé le visage de la politique indienne (Ray et Katzenstein, 2005). La sexualité a fait plus récemment son apparition et a permis de remettre en cause des fondements hétéro-normatifs de la famille et de l’État-nation, mais aussi de lieux de contestation comme le mouvement féministe (Menon et Nigam, 2007). Des critiques ont été émises en interne, au sein du MIF, par des féministes dalit et lesbiennes à l’encontre d’une conception hégémonique et exclusive de la « femme » portée par des membres majoritairement hétérosexuelles et brahmanes (Menon, 2007 ; Rao, 2003). Au regard de ces politiques identitaires complexes, l’existence du MIF, comme entité unique et homogène (Menon-Sen, 2001), s’exprimant au nom de toutes les femmes, a été remise en question.

Le paradigme de l’« ONGisation »

Il est frappant de voir que, au Nord comme au Sud, les années 1980 et 1990 marquent l’implantation du féminisme dans les institutions étatiques, l’administration et la société civile, prenant de la sorte une configuration plus formelle et stable, mais du même coup moins visible et plus apolitique. En Inde, l’institutionnalisation des mouvements féministes dans les ONG est source de préoccupations. Les militantes craignent, tout d’abord, une perte d’autonomie politique par rapport à des contraintes de financement extérieur ; ensuite, la professionnalisation, la bureaucratisation et le management des structures organisationnelles et fonctionnelles ; enfin, un éloignement des problèmes de la base, un affaiblissement des critiques des modèles de développements néolibéraux, ainsi qu’une perte de radicalité du MIF.

Ces inquiétudes se développent aujourd’hui en raison de la configuration actuelle des ONG qui occupent une position hégémonique sur le terrain féministe. Autrefois, de nombreuses ONG indiennes s’impliquaient déjà en matière d’émancipation des femmes, avant même que la question ne fasse consensus dans l’ère post-Beijing6, mais ce n’est que maintenant, qu’elles sont perçues négativement. Elles sont considérées comme dépendantes des bailleurs de fonds, manœuvrées par des « experts » et axées sur des programmes à mener ; tout en ayant perdu en radicalité et en capacité transformatrice. Il est reproché à certaines d’entre elles de travailler au sein de groupes de la société civile qui n’ont que peu de liens avec les politiques féministes de transformation et tout à voir avec les agendas nationaux et internationaux de bonne gouvernance au sens néolibéral (Sangari, 2007).

C’est dans ce cadre qu’Alvarez utilise le terme « boom des ONG » en Amérique latine, non pour se référer à l’augmentation quantitative des ONG dont le travail concerne les femmes per se, mais en lien avec la demande croissante pour une expertise professionnalisée, formelle, qualifiée et internationalisée sur le genre que seules certaines organisations peuvent se permettre (menant à l’exclusion des travailleurs de la base). La prolifération de ce type de demande est à mettre en rapport avec le « tournant néolibéral » constaté dans le développement (Madhok, 2010), dans la mesure où ces structures sont devenues indispensables pour attirer et conserver des financements. Par conséquent, les féministes ont augmenté leurs activités en formalisant et professionnalisant leurs organisations dans le but de s’adapter à la « demande croissante de savoirs spécialisés, de connaissances approfondies et politiquement pertinentes sur les femmes et le genre » (Alvarez, 1999).

La relation entre les ONG et les processus de privatisation et de néolibéralisme ne date pas d’hier. Pendant la période d’ajustement structurel des toutes nouvelles économies du tiers-monde, les bailleurs de fonds mondiaux, tels que la Banque mondiale et la FMI, considéraient les ONG plus responsables que les États-nations (Bernal et Grewal, 2014). L’« ONGisatio  » a ainsi contribué au retrait de l’État comme prestataire des principaux services publics, notamment l’éducation et la santé. Dans le cas de pays du Sud « en faillite », le néolibéralisme est devenu la condition pour que les ONG, y compris féministes, puissent travailler. Avec ce virage, le marché est devenu l’institution la mieux placée pour dispenser des services sociaux et les ONG se sont alignées sur une compréhension nouvelle de l’émancipation des femmes consistant « à faciliter leur participation à des activités de production rentables et à la consommation » (Leve, 2014 ; Karim, 2011 ; Rankin, 2001 ; Sharma, 2008).

Les ONG se sont détournées de la fourniture de services sociaux et de services générateurs de revenus pour se concentrer sur des pratiques d’auto-assistance d’inspiration néolibérale, dont la microfinance est un exemple. En l’absence de changements structurels, l’utilisation qui est faite du microcrédit, pour gérer – et non réduire – la pauvreté, reposant sur l’instrumentalisation des femmes pauvres, ne peut que devenir, selon Spivak (2000), un « appât au crédit ». Dans une critique cinglante à propos de l’optimisme qui entoure les opérations de microfinance pour transformer la vie des femmes pauvres, Karim (2011) montre comment les ONG sont apparues comme un « État fantôme » dans les campagnes du Bangladesh, s’octroyant une forme de souveraineté réservée jusque-là aux seuls États qui fournissaient des services essentiels et de l’emploi. Sans surprise, Karim (2011) en conclut qu’un « réel » changement politique ne peut provenir que de mouvements sociaux « qui se tiennent à l’écart du secteur du développement » ou de personnes qui ne se plient pas aux impératifs des bailleurs (Menon, 2004).

Les réflexions des féministes indiennes font ainsi écho aux critiques postcoloniales et post-développementalistes selon lesquelles les ONG dans les pays du Sud seraient enracinées (voire complices) dans un projet néolibéral qui « dissimule les intérêts des États puissants, des élites nationales et du capital privé » (Kamat, 2003 ; Escobar, 1995). Le simple fait que les ONG soient structurellement dépendantes d’institutions internationales qui, comme le dit Arundhati Roy (2004), contrôlent un projet néolibéral qui « exige en premier lieu des coupes dans les dépenses », a abouti à une remise en cause de leur potentiel providentiel, démocratique ou émancipateur.

Pour les féministes indiennes, un problème majeur est la dépendance des ONG à des donateurs extérieurs, qui ne sont pas nécessairement pro-femmes ou même en faveur des gens, et dans les mains desquels, tout agenda original et radical sera détricoté et dépolitisé. Si la dépendance structurelle des ONG du Sud aux bailleurs de fonds internationaux est reconnue, on a moins parlé de leur dépendance à l’État qui non seulement conditionne les réformes socioéconomiques considérées par les féministes comme néfastes, mais qui limite par ailleurs les possibilités de protestation et d’opposition. Au quotidien, la dépendance au donateur contribue à la « projectisation » du travail des ONG, en déterminant et changeant à volonté les « domaines prioritaires d’intervention » (Chakravarti, sd). Elle implique également des cultures organisationnelles internes qui non seulement deviennent plus formelles et professionnalisées, mais aussi hiérarchisées et gérées, comme s’il s’agissait d’entreprises privées.

La question de la dépendance et l’alignement des ONG sur les objectifs d’organismes extérieurs soulèvent également la question de la responsabilité. Des groupes de femmes, surtout ceux qui ont continué à fonctionner de manière autonome et sans financement, accusent les ONG de ne rendre des comptes qu’à leurs bailleurs de fonds et non pas à leurs bénéficiaires, compromettant ainsi leur crédibilité sur le terrain. Ce manque de responsabilité se reflète aussi au travers de l’étiquette « non lucratif », attachée au secteur. En effet, certaines ONG ont exploité leurs employés, dont une partie était des travailleuses (Vassan, 2004).

En conclusion, ces féministes indiennes, à l’instar d’autres membres de la société civile, remettent en cause la capacité des ONG à amener un changement social vu leur dépendance structurelle inhérente et leur culture de travail entrepreneuriale. Sangtin Writers et Nagar vont même jusqu’à dire que les ONG « empêchent la tâche politique d’opposition des féministes » (cités dans Hodzic, 2014). Les mouvements féministes sont décrits comme « cooptés » et domptés par les ONG. En raison des critiques émises, il n’est pas étonnant que des ONG féministes complètement subventionnées aient choisi consciemment de ne pas utiliser le label ONG, lui préférant le terme d’« organisation » ou de « collectif » (Roy, 2011).

L’autonomie : théorie et pratique

Historiquement, le MIF a pris deux formes organisationnelles : des groupes de femmes affiliés et d’autres, autonomes. Les premiers font référence aux sections de femmes dans les partis politiques (généralement de gauche) ; les deuxièmes sont censés être autonomes, structurellement et idéologiquement, des partis politiques. En effet, les « autonomes », les premiers à se revendiquer féministes, se sont détachés des partis communistes dominés par des hommes dans les années 1970, pour occuper les premiers rangs du MIF, lui faisant adopter du même coup l’appellation « mouvement de femmes autonomes ».

Les groupes autonomes ont également déplacé le curseur des questions de genre fondées sur les besoins pratiques des femmes – les problématiques des inégalités matérielles et de l’assimilation du genre à la classe –, à des questions plus stratégiques autour des violences contre les femmes (Ray, 1999). Ils ont contribué à la phase la plus militante et visible du féminisme en Inde, en menant des campagnes contre la violence à l’encontre des femmes et en réclamant des droits, y compris civils, vu leur importance à la suite des troubles politiques liés à l’état d’urgence.

La plupart des groupes autonomes formés dans les années 1980 se sont transformés en ONG subventionnées à la fin des années 1990, au vu de l’étendue du travail à accomplir et de la nécessité de pouvoir compter sur des membres à temps plein. Très peu sont restés « autonomes ». Ce sont ces ONG financées, disposant d’employés et de staffs formés, et non les organisations politiques de base, qui ont pris depuis les décisions importantes au nom du mouvement dans son ensemble, transformant sa nature et sa portée (Menon, 2004). Si les « groupes non financés, non affiliés à des partis, autoproclamés féministes » assistaient aux premières conférences de femmes autonomes au niveau national dans le pays (Menon 2009), ce sont « presque entièrement des ONG subventionnées » (ibid.) qui ont assisté à la dernière Conférence des groupes des femmes autonomes, tenue à Kolkata en 2006.

En raison de l’héritage de la gauche du MIF, les féministes indiennes ont toujours maintenu une distinction entre les politiques subventionnées et non subventionnées. La gauche « organisationnelle » et radicale s’est toujours opposée aux financements étrangers perçus comme une ruse impérialiste (Biswas, 2006), et plus récemment comme un soutien à l’action des nationalistes hindous de droite. À leurs débuts dans les années 1970, les groupes de femmes « autonomes », soucieux d’établir l’authenticité et la légitimité de leurs revendications, voire leur « indianité », ont pris distance vis-à-vis des bailleurs de fonds étrangers et également vis-à-vis de référents perçus comme occidentaux, tels que l’étiquette « féministe » (Kishwar, 2004).

Au-delà de la suspicion généralisée envers les activités sociopolitiques financées (surtout étrangères) que le MIF a héritée de la gauche indienne, les politiques de financement s’inspirent aussi directement d’un idéal d’autonomie. Une autonomie, comprise comme « une manière d’agir sans restrictions imposées aux femmes par des structures, des institutions ou des idéologies », était perçue comme une condition nécessaire à la prise de pouvoir et à la libération des femmes (Chakravarti, sd). Uma Chakravarti, membre de longue date du MIF, définit l’autonomie comme l’objectif de libération de la femme dans un sens à la fois négatif et positif : libération par rapport au contrôle patriarcal et liberté « de conceptualiser la subordination des femmes dans un/des systèmes patriarcal/aux et d’élaborer des stratégies pour les contrer grâce à des campagnes ». Cette autonomie de théorie et d’action, comme elle l’appelle, a pour objectif la production d’un sujet libre de disposer de lui-même.

Bien qu’on ait généralement compris l’autonomie comme un principe organisationnel qui garantit une distinction entre les groupes de femmes et les partis politiques, elle a aussi servi d’horizon symbolique pour le féminisme en Inde. L’emphase sur l’autonomie dans les années 1970 et 1980 a conféré une légitimité aux groupes de femmes pour s’imposer comme des formations politiques indépendantes à part entière, à la différence des sections de femmes dans les partis politiques traditionnels de gauche d’où provenaient de nombreuses féministes. L’autonomie organisationnelle impliquait une distanciation consciente des structures autoritaires et hiérarchiques des partis et d’autres formes institutionnalisées, et un rapprochement avec les prises de décisions démocratiques et collectives. Le non-financement était une condition cruciale pour répondre à l’idéal d’autonomie dans la politique et dans la vie quotidienne.

En d’autres mots, l’autonomie signifiait être libre des diktats d’un donateur extérieur, ce qui conférait aux groupes de femmes un poids politique et une légitimité (Gandhi et Shah, 1991). Les groupes de femmes autonomes comptaient sur le financement de donateurs particuliers, les rendant ainsi responsables face à un vaste public qui partageait la même vision politique. Ainsi, la question de la collecte de fonds s’est réinscrite en tant qu’acte politique, faisant partie de l’objectif global de démocratisation de la société civile.

Si les groupes de femmes restent indépendants des partis politiques aujourd’hui, que signifie l’autonomie face à leur dépendance croissante aux subventions gouvernementales et internationales ? L’ONGisation semble avoir changé la signification même du terme autonomie (Dave, 2012). Lors de la 7e Conférence nationale des femmes autonomes, Menon (2009) a noté que les seuls groupes empêchés de participer étaient les groupes de femmes politiquement affiliés (incluant, ironiquement, ceux de la gauche radicale). Le « féminisme sponsorisé par l’État » n’en était pas exclu. Il avait, au contraire, gagné une « légitimité nouvelle » grâce à une réinterprétation de l’autonomie « en tant qu’indépendance fonctionnelle plutôt que structurelle ; c’est-à-dire que “le financement ne détermine pas nos politiques ou le travail que nous faisons” » (Menon, 2009). Dans le même sens, Uma Chakravati s’interroge : « La logique de distanciation vis-à-vis des partis, de la gauche et des groupes démocratiques a-t-elle été neutralisée par les contraintes de financement mondial des groupes de femmes autonomes ? »

Les critiques contemporaines sont donc plus nuancées que par le passé où seule était dénoncée la « soumission » aux forces impérialistes ou occidentales. Les préoccupations féministes concernant le financement sont également plus spécifiques : la dépendance à un financement n’empêche-t-elle pas les organisations des femmes de maintenir leur autonomie idéologique et organisationnelle, n’entame-t-elle pas leur crédibilité auprès des membres ? D’autant plus que les bailleurs de fonds et les donateurs peuvent, s’ils le veulent, changer leurs domaines d’intervention prioritaires, en se concentrant sur la collecte de fonds plutôt que sur des mobilisations concrètes au nom de la survie et la pérennité de l’organisation. De Alwis (2009) s’interroge au sujet du mouvement de femmes au Sri Lanka : « Le besoin de soutenir de telles institutions devient la principale inquiétude des activistes féministes au prix de l’activisme qu’elles auraient initialement soutenu. » Elle s’inquiète que le « passage à la professionnalisation et les contraintes du financement » (2009) puissent coûter au mouvement son caractère radical et critique.

Les implications des politiques de financement sur le MIF soulèvent enfin des questions pressantes pour les groupes de femmes qui continuent à fonctionner sans aucune aide. Leur baisse d’influence, surtout parmi les femmes les plus jeunes, n’a pas favorisé l’autocritique ; au contraire, ces groupes sont de plus en plus sur la défensive face à la menace de marginalisation et de ghettoïsation. « Ceux qui se considèrent comme de “vrais” groupes féministes ont réagi [à l’ONGisation] en renforçant leurs frontières idéologiques, en adoptant une ligne dure dans des questions essentielles et en refusant de modérer leurs positions au nom du politiquement correct. Malheureusement, cette mentalité de siège, qui insiste sur la pureté idéologique, a affaibli la culture de l’esprit critique et le questionnement interne caractéristique des groupes féministes à l’origine » (Kalyani Menon-Sen, 2001).

Professionnalisation et dépolitisation

L’autonomie est liée à l’idée de volontariat dans le cadre d’un mouvement social plus large. Le volontariat est un point commun que partagent les mouvements sociaux et les ONG – généralement définis comme faisant partie du secteur bénévole. Cependant, comme le constate Kudva (2005), la tendance pro-marché de l’État indien au tournant des années 1990, a entraîné une expansion rapide du secteur ONG, leur conférant un statut toujours plus important de fournisseurs de services. Ce nouveau modèle a donné la priorité au langage de la compétence plutôt qu’à celui de l’engagement. La nature professionnalisée du secteur, caractérisé par de généreux salaires et avantages, fait dire à de nombreuses personnes que « le bénévolat au sein du secteur bénévole est un oxymore » (Biswas, 2006).

La restructuration du MIF a signifié la professionnalisation de la lutte féministe. À l’inverse des militantes de la classe moyenne urbaine, qui ont contribué volontairement au MIF dans les années 1970 et 1980, les activistes se sont converties en salariées à temps plein dans les ONG. La professionnalisation du militantisme a donc permis à des individus d’accéder au statut de classe moyenne, tout en consolidant l’élitisme du MIF. Dave (2012) met en lumière la manière dont ce développement s’est opéré au moment de la libéralisation économique de l’Inde, qui coïncide avec une plus grande féminisation de la pauvreté. Ainsi, l’un des désaccords découlant de l’ONGisation du MIF a été que « les femmes indiennes s’appauvrissaient et se retrouvaient sans filet de sécurité, alors que les militantes en faveur des droits des femmes disposaient de plus de ressources » (Dave, 2012).

Les féministes indiennes craignent que le processus de professionnalisation arrive à son terme, si ce n’est pas déjà le cas, aux travers de la « journée 9h-17h » et à l’apparition du phénomène de « carrière féministe ». Chakravarti décrit ces « carriéristes » comme des « militantes qui se spécialisent dans une problématique (santé, sexualité, microcrédit, droits reproductifs, harcèlement sexuel, etc.), sans avoir une vision globale qui leur permettrait de comprendre l’indissociabilité de ces problématiques et la complexité des pratiques patriarcales ». Menon (2004) soutient aussi que la professionnalisation a permis à certaines femmes de pratiquer le féminisme comme une profession plutôt que comme un engagement politique.

Il est évident que ce développement relativement récent – la possibilité d’être payé pour son implication politique – est à mille lieues de la manière dont les féministes se sont traditionnellement mobilisées en Inde. Les femmes de la classe moyenne des villes qui constituaient l’épine dorsale des mouvements autonomes des années 1980 ont financé le coût et le temps alloués à l’activisme politique grâce à des emplois externes à temps plein ou à mi-temps dans l’enseignement, dans des travaux de bureau, etc., en sollicitant parfois même le soutien financier de la famille ; ce dernier point étant plus « sensible », car le mouvement concevait la famille comme une institution patriarcale.

Une nette séparation entre le travail payé (le job) et l’activisme non payé (l’engagement) s’est traduite dans l’organisation et le fonctionnement interne. Par exemple, les réunions ont été programmées après les heures de travail, une habitude que les groupes de femmes autonomes ont conservée pour simplifier la vie de leurs affiliées. Comme un membre du MIF politiquement actif depuis les années 1980 l’expliquait, personne ne pouvait concevoir d’être payé pour assister à un dharna7 ou pour participer à une manifestation contre l’État. Qu’il soit possible de gagner sa vie grâce à des actions politiques ou à son activisme paraissait invraisemblable aux yeux des femmes de cette génération.

Si une nette séparation existait entre le travail et le militantisme, il y avait par ailleurs une frontière floue entre vie personnelle et militante. Les réunions étaient tenues dans les maisons des membres qui faisaient office de « bureaux » et les enfants étaient souvent présents. La montée en puissance des politiques financées sous la forme d’ONG a entraîné une confusion entre le travail et l’activisme et, probablement par inadvertance, a accentué les divisions entre ce qui est considéré comme « vie privée » d’une part, et « vie politiqu  » d’autre part. En parlant avec des féministes travaillant en dehors du secteur des ONG, on m’a répété à maintes reprises qu’on ne pouvait entrer en contact avec un·e employé·e d’ONG que durant les heures de travail, entre «  9 et 17 », ce qui servait à évaluer leur (in)authenticité.

Les critiques autour de la professionnalisation ne se limitent pas aux implications de la transformation du militantisme féministe en « travail », et de sa « cooptation » par les lois du marché dans le sens d’une dépolitisation (Roy, 2011). Pour les deux principales auteures critiques du « paradigme de l’ONGisation », Sabine Lang (1997) et Sonia Alvarez (1999), la professionnalisation est une caractéristique déterminante de ce paradigme qu’elles comprennent comme un déplacement des mouvements sociaux collectifs vers des interventions professionnalisées, planifiées, et basées sur des expertises. Pour Sangeeta Kamat (2003), qui écrit sur les organisations communautaires indiennes, la professionnalisation a signifié une transformation des travailleurs de la base vers un « personnel » qualifié et formé qui, bien qu’ils fournissent leur savoir d’« expert », « tend à considérer leur travail comme apolitique et déconnecté des processus sociaux et économiques plus larges, tels que l’ajustement structurel ou la dette extérieure ».

La professionnalisation semble également avoir eu un impact sur la structure interne de certaines organisations de femmes ou de base qui ont dû sacrifier des idéaux depuis longtemps caressés (une hiérarchie inexistante, une prise de décision collective) au nom de l’efficacité. Enfin, la professionnalisation et la bureaucratisation qui vont de pair avec la « livraison du développement » (Gupta, 2014) peuvent être la cause d’une hiérarchie et de tensions entre « professionnels » et travailleurs de terrain au sein d’une organisation, contribuant ainsi à la constitution de petites élites hégémoniques (Hodzic, 2014).

Dépasser l’ONGisation : au-delà de l’autonomie et de la pureté

Un ouvrage sur le genre et les ONG, publié en 2014, insiste sur le besoin d’aller au-delà du « paradigme de l’ONGisation » ou des critiques féministes dominantes sur les ONG (Bernal et Grewal, 2014). Les éditeurs et quelques contributeurs proposent deux moyens pour y parvenir. Premièrement, en fournissant de bons exemples ethnographiques qui s’avèrent d’excellentes contre-critiques aux reproches de cooptation des mouvements de femmes par les ONG. À la place, ils montrent à quel point « les ONG font partie intégrante des mouvements de femmes » et constituent plutôt des « formations ou assemblages hybrides de différents mouvements et organisations formés par des coalitions ou des collectifs » (Bernal et Grewal, 2014). Alvarez (2014) met l’accent sur l’hybridité et l’hétérogénéité des ONG, en revenant sur son étude sur le « boom des ONG » en Amérique latine, pour montrer que « la forme ONG est reprise par des activistes pour poursuivre des projets féministes », ce que Helms (2014) appelle le processus de « mouvementisation » des ONG au lieu d’ONGisation des mouvements sociaux.

Deuxièmement, il est possible de s’interroger sur le paradigme de l’ONGisation des mouvements sociaux en contestant le statut normatif qui structure « le champ féministe du savoir sur les ONG » (ibid.). Hodzic affirme que la production d’un tel champ de savoir peut restreindre – ou ouvrir – l’espace pour une analyse et une critique féministe. En effet, la « valorisation nostalgique » des mouvements de femmes, présente dans le paradigme de l’ONGisation, contribue entre autres à cette restriction. En totale opposition avec les ONG, de tels mouvements sont idéalisés en espaces authentiques et purs pour la mobilisation féministe à un point tel que les contradictions internes, les inégalités et les divisions communes à tout type de mouvement sont oubliées. Sans s’arrêter aux « tropes de pureté et de contamination » respectivement attribués aux mouvements de femmes et aux ONG, Hodzic suggère le besoin de contextualiser le travail des ONG.

Je termine cet article en proposant aux féministes indiennes de se lancer dans ces débats venus d’ailleurs, vu leur résonance immédiate dans un paysage politique transformé où les ONG sont la nouvelle norme. C’est d’autant plus urgent en raison de la polarisation du débat et du fait que les activistes et universitaires féministes rejettent les ONG de femmes, car elles les estiment « vendues » à l’État et/ou en connivence avec le néolibéralisme national et international. Les discussions concernant l’ONGisation s’enlisent dans de féroces batailles autour de l’authenticité idéologique, où les féministes « réelles » se dressent contre les « vendues », ou, pour reprendre les termes de Tellis (2014) après les manifestations antiviol à New Delhi, les « vraies » féministes contre les « populaires ».

Ces affirmations tranchées empêchent de développer de nouvelles réflexions sur la nature et les implications des ONG en tant qu’acteurs féministes, et les immenses défis auxquels se confrontent les pratiques féministes en ces temps néolibéraux. Elles alimentent directement les arguments de la droite et des forces conservatrices antiféministes si bien représentées dans le gouvernement BJP – le Parti du peuple indien, qui a d’ailleurs essayé de contrôler les ONG – surtout progressistes et antiétatiques – sous prétexte qu’elles agissaient à l’encontre de l’intérêt national et qu’elles étaient financées par l’étranger. Les ONG féministes ont été la cible d’une répression violente de l’État quand elles ont tenté de demander aux autorités de prendre en compte les problématiques de genre. Les condamnations unilatérales à leur encontre ont fourni des éléments supplémentaires à l’État pour affaiblir la société civile.

Ainsi, une première tentative pour dépasser le clivage idéologique au sujet du MIF serait de rejeter les représentations binaires des ONG afin de saisir, comme de nombreux ethnographes des politiques féministes latino-américaines l’ont fait (Alvarez 2014 ; Murdock 2003 ; Thayer 2010), leurs origines ambivalentes et leurs modes de fonctionnement hybrides, ainsi que leurs effets imprévisibles. Les ONG sont souvent perçues comme des entités stables et singulières en Inde. Or les ONG font preuve d’une grande diversité dans leurs activités, en fonction des publics et des niveaux d’intervention. De nombreux auteurs – proches des mouvements sociaux ou dans les discours universitaires – peinent à cerner la spécificité de celles qui travaillent dans le domaine politique à cause de l’instabilité de l’objet d’étude (ici les ONG) et de la façon dont ce terme (ONG) « impose » une impression de stabilité et d’uniformité.

Si certaines ONG de femmes privilégient la dimension technique de leur expertise de genre lorsqu’elles s’adressent à certains publics, d’autres, parfois au sein de la même organisation, vont accomplir un « travail de mouvement » crucial, en produisant et diffusant le savoir et la pédagogie féministes ou même en négociant et faisant du lobbying auprès de l’État (Roy, 2011). Des exemples d’interaction entre ONG et mouvements existent. Des ONG féministes de la ville de Kolkata ont agi, intelligemment et collectivement, en rejoignant la plateforme « autonome » Maitree, qui mène des campagnes antiétatiques relatives à des problématiques politiques pressantes. Ces campagnes pourraient se révéler toutefois risquées à organiser pour des organisations isolées.

Malgré l’impossibilité de dessiner une frontière entre les ONG et les mouvements, les féministes indiennes s’entêtent à maintenir cette différenciation. Bien que les groupes autonomes et les organisations de base se soient rapidement restreints, l’attachement affectif à l’autonomie comme horizon symbolique, n’en est sorti que plus renforcé. Comme je l’ai déjà écrit (Roy, 2009), les féministes indiennes, en critiquant le processus d’ONGisation du MIF, font le deuil d’un féminisme considéré comme idéologiquement radical et authentique – c’est-à-dire les groupes de femmes autonomes des années 1970 et 1980.

La fétichisation de l’autonomie a des conséquences sur la façon dont le terrain féministe actuel et les acteurs qui l’occupent sont perçus intérieurement et extérieurement. Il y a de bonnes raisons pour dépasser ce stade. D’un point de vue empirique, l’idéal de l’autonomie est intenable compte tenu des « frontières indistinctes » (Misra, 2006) entre les structures de l’État, de la société civile et du marché. Les groupes autonomes qui fonctionnent aujourd’hui comme collectifs ou plateformes sont tout autant impliqués que les ONG dans « des structures problématiques liées au capital, au pouvoir et à la poussée des inégalités » (Hodzic, 2014). Il n’y a pas de zones pures, hors logique de marché.

Du point de vue conceptuel, dépasser l’attachement nostalgique pour l’autonomie féministe serait bénéfique. Cet attachement a servi, par exemple, à masquer les différences internes en termes de classe ou de caste au sein du MIF. Après tout, la théorie et la pratique de l’autonomie trouvent leurs racines dans le privilège ou le luxe de ne pas avoir besoin d’un emploi à temps plein ou d’avoir d’autres ressources (familiales) financières stables. Ces facteurs ont sans aucun doute contribué à consolider la traditionnelle élite dirigeante du MIF.

Dans le contexte du féminisme britannique, Jonathan Dean (ibid.) affirme que la valorisation particulière du modèle féministe des années 1970 ou de la deuxième vague caractérisée par l’autonomie, l’anti-institutionnalisation et la radicalité antiétatique, sert à reléguer au second plan certains types de féminismes, non pas à cause de leurs actions quotidiennes, mais parce qu’ils ne parviennent pas à atteindre le modèle de ce que « devraient » être les pratiques féministes. En d’autres termes, toutes alternatives, sous la forme de groupes institutionnalisés et ONGisés, sont d’office considérées comme « moins radicales », sans qu’on ne se donne la peine de le vérifier empiriquement sous prétexte qu’ils répondent à des standards normatifs.

Pour en revenir au début – les manifestations de masse après le viol collectif et le meurtre de Jyoti Singh –, si celles-ci semblaient avoir fait émerger un nouvel élan féministe sur une base populaire, les activistes comme les intellectuelles ne les ont pas perçus comme « vraiment féministes, ou comme étant une bonne forme de féminisme » (Dean, 2012). Dean montre qu’un discours sur la baisse de radicalité féministe (des années 1970) subsiste même face à la hausse des actions féministes. C’est le cas au Royaume-Uni. Cela semble être également le cas en Inde, où l’on persiste à décrier l’apathie politique des jeunes et des étudiants et/ou la nature limitée de leurs interventions politiques, alors que le paysage urbain se transforme rapidement et que les jeunes hommes et femmes se politisent de manière fortuite et inattendue.

Si ces formes de politisation ne peuvent être naïvement célébrées, Dean (2012) considère qu’on ne peut les rejeter sur le principe qu’elles seraient « cooptées » par l’élitisme et le néolibéralisme ou insuffisamment politiques au regard des « vraies » formes de mobilisation politique passées. Au lieu de surveiller inlassablement les contours du « mouvement » contre les risques de son ONGisation ou de sa popularisation, il est impératif d’élargir les cadres conceptuels pour analyser le nouveau paysage féministe. Un moyen pour y parvenir serait d’aller au-delà des tropes d’autonomie et de pureté associés au paradigme d’ONGisation, afin de reconnaître le caractère hétérogène, diversifié, pluriel et fondamentalement « impur » du féminisme indien, qu’il soit autonome ou institutionnalisé. Le but n’est pas seulement de s’approprier la « nouveauté » des politiques féministes dans le présent néolibéral, mais aussi d’apprécier pleinement les contributions hybrides du Mouvement indien des femmes.

Srila Roy8

Traduction de l’anglais : Ana Elia Wayllace

Alternatives Sud : ONG dépolitisation de la résistance au néolibéralisme ?

Editions Syllepse,

https://www.syllepse.net/lng_FR_srub_24_iprod_696-ong.html

CentreTricontinental

Paris, Louvain-La-Neuve (Belgique), 2017, 178 pages, 13 euros

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1. Article paru dans Journal of South Asian Development, vol. 10, n° 1, 2015, p. 96-117, sous le titre : « The Indian Women’s Movement : Within and Beyond NGOization ».

2. Le terme « féminisme » est contesté en Inde comme dans la plupart des anciennes colonies où il est associé à l’Occident et à l’élitisme (Chaudhuri, 2004 ; Roy, 2012). En Asie du Sud, les activistes et universitaires parlent plus couramment de « questions de femmes » et de « mouvements de femmes » (Niranjana, 2007). Outre, cette réserve envers le terme « féministe », le Mouvement indien des femmes (MIF) a aussi privilégié historiquement la problématique de la classe (Dave, 2012) plutôt que celle du sexe – une préoccupation associée à la seule classe moyenne.

3. Ces critiques ont persisté même si Jyoti Singh n’était pas issue de la classe moyenne.

4. Le MIF, principalement basé dans les zones urbaines, est présent au niveau national, mais ne peut être considéré (il ne le revendique d’ailleurs pas) comme représentant toutes les femmes indiennes. Il s’occupe de problématiques telles que la santé, les droits civiques, l’environnement, la violence contre les femmes et, plus récemment, la sexualité.

5. Une récente historiographie du MIF décrit celui-ci en trois vagues : la première vague marque les origines du MIF dans un contexte de lutte nationaliste et anticolonialiste ; la deuxième voit le mouvement s’imposer comme un mouvement féministe « autonome » ; et enfin, la troisième est souvent décrite comme la période de quiétude et de réflexion après les critiques internes et la tendance à l’ONGisation de la deuxième vague (Madhok, 2012 ; Sunder Rajan, 2003 ; Kumar, 1993).

6. « Post-Beijing » fait référence à l’internationalisation des mouvements de femmes, en particulier dans les pays du Sud, sous l’égide des conférences dirigées par les Nations unies qui ont commencé en 1975 et qui se sont achevées en 1995 avec la 4e Conférence mondiale sur les femmes à Beijing.

7. NdT : forme de manifestation pacifique durant laquelle les participants restent assis.

8. Professeure au département de sociologie de l’Université de Witwatersrand (Johannesburg), rédactrice en chef de la revue Feminist Theory, rédactrice adjointe du Journal of South Asian Development, auteure de plusieurs ouvrages sur les féminismes en Inde et en Asie du Sud.

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