Elle a su délier la vie de la mort, et la mort de la vie

Ont-ils osé, ceux qui se nomment « les survivants », militants extrêmes contre l’avortement, ont-ils osé adresser à Simone Veil leur argument, celui qui compare l’avortement à un génocide, voire à l’Holocauste ? C’est bien possible, et ce ne serait pas la moindre des violences adressées à cette femme. Qu’ils se disent « survivants » me semble impensable, car ils supposent ainsi que leur vie a résisté à la mort programmée par cette époque, époque qui a enfin offert aux femmes un habeas corpus, une propriété de soi et de sa fécondité.

Car avorter n’est pas donner la mort. Et vivre, c’est avoir un nom propre qui nous désigne comme singularité, par delà toute mort à venir. Simone Veil a profondément délié la vie de la mort, et la mort de la vie. Au regard de son histoire, survivante et femme de loi, c’est comme un seul geste, unique et magistral. Avorter, ce n’est pas tuer, c’est accepter d’être libre. Et en faire un droit, c’est inscrire dans l’histoire humaine l’extraordinaire tension entre le désir des corps qui s’unissent et le choix de chaque conscience.

Geneviève Fraisse

http://www.liberation.fr/france/2017/06/30/elle-a-su-delier-la-vie-de-la-mort-et-la-mort-de-la-vie_1580804

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