1,3 milliard de personnes vivent sous le seuil de l’extrême pauvreté et 7 sur 10 sont des femmes

« Les féminismes expriment des formes de luttes sociales et politiques complexes, en constante évolution, qui varient selon leur contexte géo-politique, qui peuvent être militantes ou institutionnelles, subversives ou plus consensuelles. Ces luttes multiples ont néanmoins en commun le combat pour l’égalité et l’émancipation, l’affranchissement des dépendances et des stéréotypes, et la rupture avec les rapports de domination.

Le présent numéro de Passerelle n’a pas pour ambition de présenter un panorama exhaustif des mouvements féministes dans le monde, de leurs histoires ou des théories qui les fondent, ni de proposer un état des lieux des différents courants qui les traversent, et les opposent parfois.

Le fil rouge de cette publication est l’expression de mouvements qui, au nord comme au sud, à l’est ou à l’ouest de la planète, se mobilisent contre d’autres formes d’oppression ou d’aliénation que la seule inégalité entre les sexes, participant ainsi à remettre fondamentalement en question l’ordre établi.

Quand combattre le sexisme revient aussi à se lever contre un système capitaliste mortifère, des politiques hiérarchisées et hégémoniques, un hétéro-sexisme normatif, le système militaro-industriel, le racisme, la colonisation de la nature et le pillage des ressources, sans toutefois perdre de vue la nécessité de continuer à lutter pour les droits des femmes, une porte est ouverte pour faire le lien avec d’autres mouvements de résistance et de changement social.

C’est cette porte que nous vous invitons à pousser, en découvrant les articles et récits d’expériences que nous avons regroupés dans le présent ouvrage. Issus du travail de terrain et de recherches, ils reflètent différents positionnements et illustrent une partie de la grande diversité des réflexions et actions menées par des groupements féministes, partout dans le monde, pour participer à une transformation durable vers des sociétés soutenables basées sur la démocratie, la justice sociale et le respect de la diversité. »

Outre une introduction de Danielle Moreau et Viviana Varin de présentation de ce numéro de Passerelle, les textes présentés sont regroupés en plusieurs parties :

  • Luttes des femmes : un levier de transformation sociale

    • A. Lutter contre la violence de la mondialisation néolibérale

    • B. Résister face aux triples rapports de domination

    • C. Croiser les luttes et multiplier les formes de mobilisation

  • Droits des femmes : un combat toujours d’actualité

    • A. S’attaquer aux inégalités persistantes et préserver les acquis

    • B. Agir contre les violences sexistes institutionnalisées

    • C. Combattre la montée des conservatismes et les menaces. Pour les droits des femmes

Je choisis de souligner quelques points de cet ensemble de textes de belle qualité.

Le premier texte est écrit par Jules Falquet, « Mondialisation néolibérale » : l’ombre portée des systèmes militaro-industriels sur les « femmes globales » ». L’auteure aborde, entre autres, les « femmes de service » et les « hommes en armes », les effets des politiques d’ajustement structurel, les migrations et les « importations » de main-d’oeuvre féminine de pays du Sud global, « un véritable processus d’internationalisation de la reproduction », l’« hétéro-circulation des femmes », les discours et les pratiques sécuritaires et de surveillance généralisée des populations, les violences contre les femmes provoquées par les guerres, le renforcement du complexe carcéro-industriel, « une des dynamiques centrales de la mondialisation néolibérale se joue autour de la réorganisation de la reproduction sociale tout autant que des systèmes militaro-industriels »…

Le camp pour la paix exclusivement féminin de Greenham Common, le combat des femmes sahraouies, Mwasi collectif afroféministe, le double combat des étudiantes sud-africaines, la virilité et la culture du viol, les Palestiniennes dans le processus de colonisation et face aux obstacles à l’égalité (dont le code de la famille), le féminisme radical et la démocratie directe au Kurdistan syrien, les femmes en Inde, le capitalisme hétéro-patriarcal et destructeur de l’environnement et l’écoféminisme critique, « Le système de pensée occidental a ceci de particulier qu’il a produit des paires antagonistes et créé des dualités dont les éléments s’affrontent (homme/femme, culturel/naturel, raison/émotion, public/privé, etc.), attribuant une valeur à chacun des éléments de la paire pour dévaloriser l’autre », les oppositions de femmes africaines à l’extractivisme, le cyberféminisme, un homme pro-féministe, « on ne naît pas homme, on le devient »…

Les droits comme résultats des luttes, les résistances historiques des femmes, « En effet, inspiré des sciences naturelles, le déterminisme du patrimoine biologique est une façon de réaffirmer que certain.e.s ne naissent pas libres et égaux.les, que l’accès différencié aux droits est tributaire de leur « nature » différente (sexe, couleur de peau). Par cette posture théorique et politique s’introduit l’idée, non pas de l’inégalité, mais de la « différence » et se reformule la notion aristocratique inégalitaire d’héritage », l’invisibilité de la domination, la réappropriation du corps et le corps des femmes transformé en enjeu géostratégique, « Derrière cette polémique, il y a des femmes de tous bords, leur destin et leur souffrance ; souffrance parce qu’il s’agit de ce qui est le plus intime, le rapport à son propre corps ; souffrance parce que dans ce contexte, il est quasi impossible d’exprimer ses perplexités et ses émotions sans être happée par des débats féroces ; souffrance parce que nous sommes, en fait, toutes sommées de choisir un camp, au détriment des perplexités et des tâtonnements que suppose tout processus d’émancipation », les logiques coloniales ou néocoloniales, le rôle des lesbiennes dans les combats féministes, mouvement autonome et non mixité, des gays et leur oubli de leur position d’hommes dans le débat sur la libre disposition… du corps d’autrui, l’abolition universelle de la maternité de substitution, l’individualisation des droits, « Revendiquer des « droits propres », c’est-à-dire non liés à un statut comme le sont les « droits dérivés », c’est en effet revendiquer des droits universels pour tout.e individu.e », la non neutralité de la dette d’un point de vue du genre, « On assiste ainsi à une véritable substitution des rôles et des responsabilités essentielles de l’État vers le privé et donc singulièrement vers les femmes, les empêchant de participer pleinement à toutes les sphères de la vie. Au nom de la dette publique, une translation a lieu : du concept d’« État social » on passe à celui de « Mère sociale ». Et ce gratuitement, pour réduire les dépenses, rembourser les banquiers et payer la dette : elle n’est pas belle la crise ? », les femmes ont toujours travaillé, les inégalités sociales et professionnelles, syndicalisme et féminisme en Palestine, le rôle des femmes dans la construction démocratique en Tunisie, la parité au Sénégal, l’utilisation du cyberféminisme pour « renverser l’acceptation sociale du harcèlement sexuel », pratique de la dot et violences (dont infanticide) en Inde, les réponses féministes à la violence machistes en Amérique sud, #NiUnaMenos, « ce n’était pas un crime passionnel, c’était un mâle patriarcal », le masculinisme d’Etat et le « droit pour les hommes à affirmer leur virilité », la rhétorique d’Etat sexuée et sexiste en Afrique du Sud, la version turque – traditionnelle et religieuse – du masculinisme, la longue marche des Polonaises pour l’accès à l’Ivg, l’Ivg comme droit à conquérir en Amérique centrale et du sud, la non mixité, « Le cadre non-mixte permet entre autres de participer à lever la chape de plomb des violences sexistes et sexuelles subies par les femmes, et ce n’est pas rien », contre Donald Trump, « Aucun être humain n’est illégal »…

« Un féminisme inclusif et intersectionnel qui nous invite toutes et tous à rejoindre la résistance face au racisme, à l’islamophobie, à l’antisémitisme, à la misogynie et à l’exploitation capitaliste » – Angela Davis.

Dans leur conclusion « Les luttes féministes : un combat permanent », Joëlle Palmieri et Viviana Varin parlent, entre autres, des multiples facettes des luttes des mouvements féministes, du rôle particulier que l’ensemble de ces mouvements jouent « dans la construction de sociétés justes, égalitaires, antimilitaristes, démocratiques et soutenables », du système structurel de rapports de domination de sexe, des multiples inégalités, du concept de genre, « Mobiliser le concept de genre, plutôt que de sexe, nous a alors permis, comme l’explique Jules Falquet, de mettre en lumière l’imbrication des rapports sociaux de sexe, de classe et de race, et de comprendre les dynamiques rétro- grades produites par la mondialisation néolibérale », des logiques financières et militaires et de leur violence intrinsèque, de la reconnaissance et la valorisation du travail des ouvrières et paysannes ou du travail non rémunéré du care, d’analyse intersectionnelle, des formes de mobilisation et de transformation sociale, d’institutionnalisation des violences de genre…

Je souligne le rappel et l’association des femmes sahraouies et palestiniennes « aux prises à des processus de colonisation », les références aux mouvements des femmes indiennes ou aux miliciennes kurdes…

« les combats des féministes, ici et ailleurs, sont plus que jamais vivaces et d’actualité. Facteurs d’innovation dans la lutte sociale, dans la réflexion transgressive, ils portent et renouvellent une fois encore l’arsenal d’outils critiques qui font des féminismes des maillons forts du changement social ! »

Un ensemble très riche à faire connaître.

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Télécharger le numéro en français ici : Féminismes ! Maillons forts du changement social

Pour commander un exemplaire, contacter : Viviana Varin v.varin@ritimo.org

Para descargar la publicación en español: ¡Feminismos! Eslabones fuertes del cambio social

Para recibir un ejemplar, contactar: Viviana Varin v.varin@ritimo.org

Ritimo : www.ritimo.org
Coredem : www.coredem.info

Féminismes ! Maillons forts du changement social

Ritimo – Coredem : Passerelle N° 17 (juin 2017)

Paris, 195 pages, 10 euros

Didier Epsztajn

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