Et maintenant je vais me laver les mains et me rincer la bouche

En ces temps ou la « nation » et son exceptionnalité semblent reprendre du souffle… au nom de la crise, le déni par certain-e-s de l’impérialisme français et de son complexe militaro-industriel, de la barbarie colonisatrice et des territoires toujours colonisés – sans oublier la négation du droit à l’autodétermination des peuples… un petit retour sur le cas particulier d’un ex-poète, ex-surréaliste, devenu nationaliste cocorico et nationaliste stalinien.

Gérard Roche présente le texte de Jean Malaquais. Il revient sur son contexte, les évolutions de Louis Aragon, André Gide… et en référence à Anatole France, « il n’y avait plus lieu de « s’alarmer outre mesure que cet homme comme à faire de la poussière » ».

« Je ne connais pas de mélange plus curieux de hargne, de glande lacrymale et de constipation chronique que cette dame qui se sent toute chose quand sur un manche à balai on hisse les couleurs de « sa » patrie, ce monsieur qui s’étrangle d’émotion quand bat le tambour de « son » régiment ». Jean Malaquais, avec un humour souvent dévastateur, s’en prend à la « fanfreluche officielle », à ces « notre » – « nos », à celles et ceux qui pensent que leur pays à inventé « la plupart des choses dont parlent les encyclopédies, depuis l’amour romantique jusqu’au fil à couper le beurre », aux démagogues de cirque et à leurs gammes oratoires, à Louis Aragon en rappelant son passé et son évolution à rebours, sa liquéfaction « sous la dissolvante emprise des normes bourgeoises », sa passion « celle de la Russie sous Staline ».

Jean Malaquais parle du « bénitier stalinien », de prose et de morale, de rimes et de balles, d’André Gide, des procès de Moscou, des soutiens à la grande boucherie de 1914, de celles et ceux qui propagèrent la soit-disant « démocratie soviétique », des xénophobes à tous crins, des funambules macabres… Les citations choisies sont bien des moments de « poésie de la bassesse »…

« Que le patriote bêlant dont l’oreille et le foie s’épanouissent au cocorico d’Aragon ne se gêne pas ; il le trouvera dans la poubelle au bas de mon escalier, et il peut l’y ramasser. Et maintenant je vais me laver les mains et me rincer la bouche »

Le texte est compété par une petite biographie de Jean Malaquais, apatride par choix, auteur entre autres de Planète sans visa, ainsi que part un dossier Aragon dont des pages à la gloire du « camarade Staline ».

« Toute l’eau de la mer ne suffirait pas à laver une tache de sang intellectuelle » – Lautréamont

Et relire par exemple Benjamin Péret… (Barthélémy Schwartz : Benjamin Péret l’astre noir du surréalisme : je-ne-mange-pas-de-ce-pain-la/)

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Jean Malaquais : Le nommé Louis Aragon ou le patriote professionnel

Editions Syllepse

https://www.syllepse.net/lng_FR_srub_71_iprod_51-le-nomme-louis-aragon-ou-le-patriote-professionnel.html

Paris 1998, 62 pages, 6,50 euros

Didier Epsztajn

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