Les mauvaises fréquentations

(Restaurant Le Jules-Verne – La Tour Eiffel – Champ-de-Mars   5, Avenue Anatole France – Paris 7° — 14 Juillet 2017)

Nous ne vous parlerons pas aujourd’hui, chers amis, des Mauvaises fréquentations, le film de Jean Eustache relatant le dimanche glandeur de deux petites frappes errant dans les rues de Paris et s’essayant à des dragues de circonstances dans de petits dancings miteux.

Ni même de la merveilleuse comédie musicale de Vicente MinnelliUn Américain à Paris, universellement célèbre pour sa scène finale : Gene Kelly dansant dans les rues de Paris, musique du ballet du même titre de George Gershwin.

Non, mais de celles inquiétantes, les fréquentations, qu’Emmanuel, encore adolescent, vient d’entamer avec le clownesque et ravageur Donald, casseur invétéré de climat et fauteur de guerre compulsif.

Quoi pourtant de commun entre eux deux ? Nous cherchons désespérément. Pour l’un, la distinction, l’élégance, le raffinement, l’érudition. Pour l’autre, la vulgarité, l’ignorance crasse et l’agressivité, peut-être même la débilité. Réponse à une journaliste qui l’interrogeait à son retour du G20 de Hambourg : « Un grand G20 ! Il y avait 20 pays ».

Dans cette affaire, comme beaucoup de parents quand il s’agit de leurs enfants, nous serons, pour ce qui concerne Emmanuel, tentés d’attribuer ses comportements débordants, sa hargne antisociale à peine masquée et ses passages l’acte, à la très mauvaise influence de ses fréquentations. Les spécialistes en psychologie de l’adolescent nous donneront-ils raison ?

Fidèle à notre démarche qui consiste, dans quelque domaine que ce soit, à toujours prendre l’avis de l’homme ou la femme de l’art, nous avons interrogé Françoise Volto, la renommée spécialiste de psychiatrie infanto-juvénile. Longtemps présentatrice d’émissions radiophoniques à succès, Françoise Volto s’est reconvertie après de longues et méritoires études dans cette si difficile spécialité qu’est la pédopsychiatrie. Elle est l’auteur d’un ouvrage récent très remarqué, Les Copains, qui lui vaut aujourd’hui notre attention.

Bonjour Françoise Volto ! Votre expertise et vos travaux méritent tout notre intérêt. Ce n’est pas en tant que parent que nous nous adressons à vous, mais en simple citoyen. Et nous n’en sommes pas moins inquiet. Un brillant sujet peut-il démériter ou dériver sous l’influence d’un mauvais garçon ?

Oui, tout à fait ! Car les mauvaises influences sont d’autant plus recherchées qu’elles ont le goût de la transgression, de la désapprobation parentale et de l’interdit.

On sait que les adolescents se construisent grâce au jeu complexe et subtil des identifications et des projections. Les amitiés nouées à cet âge, avec leur mise en commun de codes et de repères affectifs, par exemple les jeux de petits soldats de plomb, ces amitiés peuvent faire partie de rituels initiatiques qu’il convient de ne pas banaliser. J’insiste quant à cet exemple, les jeux de petits soldats de plomb. Il est particulièrement démonstratif.

Les amis constituent les uns pour les autres de véritables ressources, non seulement dans le registre des émotions, mais aussi de celui des cognitions et de la façon d’appréhender le monde.

Françoise Volto, ces liaisons, puisqu’il faut employer le terme, ces liaisons peuvent-elles être dangereuses ?

Oui ! Il ne faut pas en rester en ce domaine, celui des amitiés, à une vision romantique et naïve. Certaines amitiés peuvent être génératrices de graves troubles de la conduite et de l’installation de comportements agressifs, notamment vis-à-vis du monde du Travail, avec une tendance à vouloir casser tous les Codes.

Au pire, on peut aller vers de véritables comportements antisociaux et un engouement pour tout ce qui tourne autour de la guerre. Les cliniciens sont formels : dans un duo d’amis, plus l’un externalise un comportement agressif, plus l’autre a tendance à les reproduire.

Que conseillerez vous en la matière, Françoise Volto ? Existe-t-il des pistes de prévention ?

Nous recommandons pour les adolescents à risque, c’est-à-dire déjà dépistés comme présentant des problèmes de comportement, et c’est bien le cas dans l’affaire qui nous occupe, de limiter les contacts qu’ils peuvent avoir avec les personnalités elles-mêmes repérées comme « à problèmes ». Pour notre part, nous n’aurions pas autorisé cette invitation de Donald à Paris, par le petit Emmanuel.

Jean Casanova

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