Occultations et déformations dans l’histoire écrite au masculin

« Il est plus que temps de dénoncer une histoire qui s’écrirait sans les femmes, et d’affirmer ensuite la possibilité d’une histoire des femmes »

Dans son avant-propos, Geneviève Fraisse ajoute « Le réel de la vie des femmes, les représentations imaginaires de la différence des sexes ont alimenté la construction du sujet femme, de l’actrice de l’histoire, de l’individu féministe »…

Anne-Marie Sohn écrit dans son introduction (http://catalogue-editions.ens-lyon.fr/resources/titles/29021100272570/
extras/Sohn13_PDF_EXTRAIT.pdf
) que « Le temps n’est plus où l’histoire des femmes était une « histoire sans qualité », où les femmes étaient « cachées ». Le temps n’est plus de se demander si « une histoire des femmes est possible » ni de vouloir les femmes enfin « visibles ». ». L’auteure concluait « Le problème qui se pose désormais à la discipline toute entière est de convaincre que sans les femmes – à la fois comme objet d’étude et chercheuses – l’histoire bute sur des impasses conceptuelles et méthodologiques »

A lire un certain nombre d’ouvrages sur l’histoire, il me semble que la leçon n’a pas été retenue. Et je peux élargir le propos. Le choix ou l’incapacité de prendre en compte, ce que nous nommons pour le temps présent, les rapports sociaux de sexe, de classe, de racisation, non seulement entrave les connaissances mais invente une histoire déformée et partialement partielle, qui reste majoritairement celle écrite par les « vainqueurs ».

Je ne vais pas détailler les textes issus du colloque de novembre 1997, qui faisait suite au colloque de Saint-Maximin « Une histoire des femmes est-elle possible ». Je me contente de souligner des éléments d’un court et percutant texte d’Eleni Varikas.

L’auteure aborde, entre autres, le développement des recherches historiques sur les femmes et le genre, la catégorisation « les femmes » et son fantasme d’homogénéité, le titre d’une anthologie de féministes noires étasuniennes « Toutes les femmes sont blanches, tous Noirs sont des hommes, mais certaines d’entre nous étaient courageuses », la nécessité de prendre en compte l’« interdépendance des rapports sociaux et des rapports de domination d’ordres et d’origines différents », les configurations historiques concrètes « du sexisme, du racisme, du colonialisme, du nationalisme, de la xénophobie », les réductions économistes, l’occultation des clivages internes aux populations…

« le fait d’introduire les femmes dans l’histoire, ce n’est pas seulement compléter les vides d’une connaissance historique : c’est interroger et souvent bouleverser les présupposés implicites qui informent nos grilles de lecture, nos schémas explicatifs, nos catégories d’analyse, les définitions même des objets étudiés ».

J’ai aussi été intéressé par les interventions de Efi Avdela, Leora Auslander, Claudine Leduc, Michèle Riot-Sarcey, Nancy L. Green, Geneviève Sellier, Marie-Jo Bonnet, Sylvie Chaperon, Nicole Mosconi, Françoise Thébaud…

Un ensemble un peu disparate, ou chacun-e pourra trouver de multiples sources de réflexion… « Leur insertion dans la compréhension historique relève d’une démarche fondamentale et globale de prise en compte de toutes les dimensions d’une société » (Odile Goerg)

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Sous la direction de Anne-Marie Sohn et Françoise Thélamon : L’Histoire sans les femmes est-elle possible ?

Université de Rouen – Editions Perrin, Paris 1998, 428 pages

Didier Epsztajn

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