Se réapproprier le temps de travail et rendre visible le travail

« Cette cinquième livraison des Utopiques est, pour l’essentiel organisée autour d’un épais dossier sur les répressions, l’état d’urgence… et les désobéissances qui ne peuvent qu’intéresser au plus haut point celles et ceux qui aspirent à bouleverser l’ordre des dominants ».

Je n’aborde que certains articles et certaines analyses. Je laisse de coté les orientations syndicales spécifiques, les choix d’intervention concrète ou de structuration particulière.

Les perquisitions comme les assignations à résidence relèvent-elles de la lutte contre le terrorisme ? Au vu des résultats, il s’agit bien d’autre chose. Les législations d’exception ont d’abord des effets politiques d’entrave des contestation. « L’explosion de violences policières lors des mois de mobilisation n’est pas non plus étrangère à cette législation d’exception »

« Entre droits fondamentaux et sauvegarde de l’ordre public, l’état d’urgence c’est le déséquilibre revendiqué au profit de la sauvegarde de l’ordre public ». Il ne faut cependant pas oublier que l’« ordre public » ne relève pas de la sauvegarde des intérêts et des besoins de tou-te-s les citoyen-ne-s mais ce que les gouvernements considèrent comme le maintien des conditions de fonctionnement des institutions et plus généralement de la marche des affaires.

Jean-Jacques Gandini analyse, entre autres, les origines coloniales de l’état d’urgence, la substitution de la notion de « comportement » à celle d’« activité », la « conception prédictive de la justice » et la négation de la présomption d’innocence, le mot et les sens possibles de « terrorisme » (qui ne s’applique ni aux Etats, ni aux violences exercées sur les femmes par leurs conjoints, ni aux « accidents » mortels du travail, etc.). L’auteur revient sur le débat sur la déchéance de nationalité « une manière de dire que les Français par acquisition ne sont pas vraiment français », sur l’élargissement des pouvoirs de police, les exceptions sur exceptions, le retour de la responsabilité collective, la privation et non plus la restriction de liberté, l’extension du droit de tuer sous couvert de « légitime » défense…

Comme le rappelle Vincent Sizaire, cité par l’auteur, « Les formes de délinquance les plus graves sont en particulier celles qui portent directement à la forme démocratique de la société : la criminalité organisée et la délinquance financière qui ne sont que les deux faces d’une même pièce. C’est notamment sur la superstructure de la grande criminalité économique et financière et sa formidable machine à blanchir que se greffe ces formes de délinquance plus visibles que sont les différents trafics associés à l’économie dite « souterraine » des quartiers populaires mais également les violences qui en résultent. C’est pourquoi la répression effective de la délinquance en col blanc constitue une nécessité vitale pour une « société démocratique ». »

J’ai notamment apprécié l’article de Théo Roumier sur la contestation dans l’armée, l’extension du champ de lutte sociale à la « question militaire », la lutte contre l’extension du camp militaire au Larzac et celle des lycéen-ne-s contre loi Debré. L’auteur revient sur les comités de soldats, l’appel « Cent soldats prennent la parole » (http://www.bdic.fr/expositions/mai68/pdf/appel-100-soldats.pdf), le procès de Draguignan, le mouvement de solidarité et l’engagement de structures syndicales CFDT, les soldats en uniforme aux manifestations du 1er mai, la multiplication des comités de soldats clandestins et leurs revendications, « Sous l’uniforme tu reste un travailleur », l’association Information pour les droits du soldat (IDS) et la revendication d’un syndicat de soldats, les débats dans les organisations syndicales et la création d’une section syndicale de soldats CFDT à Besançon, les procès en Cour de sureté de l’Etat, l’articulation entre antimilitarisme et syndicalisme.

Un syndicalisme de soldats s’est développé aux Pays-Bas. Cette question semble aujourd’hui oubliée. Ne serait-elle pas encore d’actualité même sans service militaire obligatoire ? Le mot d’ordre Sous l’uniforme tu reste un travailleur n’aurait-il donc aujourd’hui plus de pertinence ?

Désobéissance à l’armée, désobéissance civique avec les faucheurs et les faucheuses volontaires de parcelles cultivées avec des organismes génétiquement modifiés (OGM), désobéissances sociales sur le rail   sabotage, voies occupées, trains bloqués, grève de la pince, grève des réservations, désobéissance à l’usine…

Un article traite de la perruque ouvrière, « C’est l’utilisation de matériaux et d’outils par un travailleur, sur le lieu de l’entreprise, pendant le temps de travail, dans le but de fabriquer ou transformer un objet en dehors de la production réglementaire de l’entreprise », une forme de réappropriation du temps au sein des rapports de subordination, une réappropriation aussi des moyens de productions et de savoir-faire. Il y eu aussi des perruques de grèves et de luttes…

Je souligne aussi le dossier sur l’unité syndicale, qui prolonge le précédent numéro, violence-structurelle-du-travail-et-violence-contre-lauto-organisation-des-salarie-e-s/, l’article sur la résistance à la domination dans le secteur du nettoyage, celui sur le collectif syndical contre l’aéroport de NDDL et celui sur le colonialisme et l’intolérable révisionnisme de certain-e-s…

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Sommaire :

  • Assigné-e-s à résistance

  • L’état d’urgence, seconde nature de l’Etat

  • Ce que tout révolutionnaire devrait savoir de l’antiterrorisme

  • L’Ethiopie, miroir de notre temps ?

  • Contester dans l’armée

  • Les faucheurs volontaires

  • Désobéissances ferroviaires

  • Désobéissance à l’usine : la perruque ouvrière

  • Résister à la domination dans le nettoyage

  • Dossier « Unité syndicale »

  • L’intolérable révisionnisme sur le colonialisme

  • A propos de la représentativité syndicales

  • Cahier de formation : Une histoire du mouvement ouvrier

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Les Utopiques : Cahier de réflexions

N° 5 – Juin 2017 – http://www.lesutopiques.org

Union syndicales Solidaires, 192 pages, 5 euros

Didier Epsztajn

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