The Bluest eye

« Pourquoi suis-je si noir et si triste ? », chantait Louis Armstrong. À l’heure du réveil de la fierté noire, on lui a d’ailleurs beaucoup reproché. Et pourtant !

Etats-Unis, 1940. Le canapé est défoncé et déglingué. Il faut néanmoins payer les mensualités. Sinon la banque viendra tout saisir. Ce sofa déchiré, c’est la misère. La misère noire, la misère des Noirs.

Toni Morrison, prix Nobel de littérature, parle de la misère des Noirs d’Amérique comme Erskine Caldwell parlait de celle des petits Blancs dans La Route au tabac et Le Petit arpent du bon Dieu. Le racisme des Blancs, petits et grands, en plus. Pas un détail. Elle nous parle aussi des femmes noires. 

Les héroïnes de ce premier roman sont des fillettes. Des enfants un peu vite poussées vers l’état d’adulte. Élevées à la dure, elles reçoivent des preuves d’amour et des taloches en même temps. Les hommes, les pères, les garçons, les Blancs comme les Noirs, sont brutaux et insistants. Les temps sont difficiles pour les pauvres. Difficiles pour les Noirs. Difficiles pour les femmes. Difficiles pour les fillettes.

Deux sœurs et une compagne de jeu, une gamine un peu plus âgée, un peu plus délurée aussi. Que leur mère a recueillie. Le canapé défoncé est aussi celui de l’entraide, de la solidarité. C’est en sa compagnie que les deux fillettes vont découvrir les transformations du corps adolescent, la peur de mourir aux premières règles, les premiers attouchements, le regard des Blancs…

Toni Morrison : L’oeil le plus bleu

Traduit par Jean Guiloineau

Editions 10/18, Paris 2008, 224 pages, 7,10 euros

Patrick Silberstein

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