La flamme du désir de liberté qui brûle dans le coeur

La dernière phrase de la note introductive de l’auteur me semble une bonne entrée en matière : « Parce que l’histoire, la réalité et le roman fonctionnent avec des moteurs différents »…

Cuba aujourd’hui et hier, Yewen metsoulah (Le fond de l’abime) de N. N. Hannover, « impressionnant et vigoureux témoignage sur les horreurs du massacre des juifs de Pologne entre 1648 et 1653 », la création artistique, Amsterdam et la peinture, des séfarades et des ashkénazes, la religion et les interdits, la pensée en voie de sécularisation et le supposé messie Sabbataï Tsevi, « un espace insondable derrière les yeux »…

Et comme dans grand roman noir, une toile comme un faucon maltais, disparue, réapparue, cachée, mais un faucon au visage « aux classiques traits juifs, également très semblable à la non moins classique représentation iconographique du Jésus des Chrétiens ».

Quelques pas avec ces hérétiques à qui nous devons la liberté…

La Havane hier et aujourd’hui, Daniel Kamisnki, Mario Condé et Tamara, des vieux livres, l’homme nouveau « secrété par la réalité de l’environnement : insensible à la politique, shooté au plaisir ostentatoire de vivre, porteur d’une morale utilitaire », Elias Kaminski et autre Elias, Cracovie au milieu du XVIIeme siècle, le désir de s’échapper de soi, Joseph Kaminski, le Maître Rembrandt, l’esprit du ghetto, le général Fulgencio Batista, les disparités entre deux cimetières, la mafia juive et Meyer Lansky, Pepe Manuel, le bruissement des souvenirs et l’oubli, la volonté de tuer, « s’éloigner du danger et pleurer »…

La peinture et l’interdit religieux, Amsterdam, la Nouvelle Jérusalem, l’interdit et le possible, « toute latitude à l’acte créatif si cette activité ne conduit pas à l’idolâtrie », le labeur pictural, des conversations, le stathouder, capter la vie et justifier un acte que beaucoup auraient qualifié d’hérétique, les yeux, « toute l’humanité de cette transposition résidait dans le défi des yeux », un sien visage plus que le sien, Baruch Spinoza, l’effet de la peur, la joie de l’amour, le libre arbitre…

Ici et ailleurs, « une réponse au mur, invisible, mais plutôt infranchissable », les migrations et « le mépris envers ces intrus récemment arrivés avec deux valises », affronter la vérité, l’éparpillement familial, « s’engager sur le chemin de son paradis ou de son enfer », les diasporas…

Cuba, Yadine et Judith, les emo, une autre histoire et toujours cette histoire, les refus d’une société qui n’offre ni présent ni futur, les « petits-enfants d’une écrasante fatigue historique et les enfants de vingt ans de pauvreté consciencieusement répartie, des êtres dépouillés de la possibilité de croire, tout juste décidés à s’évader vers un coin qui semblerait leur appartenir davantage… », la violence, le retour de la trace du tableau, « dans un pays où ce qui n’est pas interdit, on ne peut pas le faire non plus… », grandir sans rien, les chemins escarpés de la liberté, un cri au fonds d’un puit sec…

Une enquête policière, une investigation historique, une recherche sociologique, le geste créatif, un grand voyage immobile. Regarder dans les yeux, « Les yeux d’un homme qui pleure ».

Des allers et retours dans le temps, « la boucle macabre du voyage en enfer d’une famille et d’un portrait juif sans nom », des questions, « sans l’oppression de ce Dieu et sans sa tyrannie, que signifiait être juif ? », l’ébranlement des recoins les plus sombres de la conscience, le temps, « temps passé, imparfait, mais passé », les puzzles des êtres et des existences, « je suis comme un puzzle qui risque toujours de se fragmenter ».

« Parce que l’histoire, la réalité et le roman fonctionnent avec des moteurs différents »… Pour Elias, Daniel et quelques autres…

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Leonardo Padura : Hérétiques

Traduit de l’espagnol (Cuba) par Elena Zayas

Editions Métailié, Paris 2014, 608 pages, 23 euros

Didier Epsztajn

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