Comment ne pas dire « un homme assassine trois fois » ?

En Belgique, un homme a assassiné ce mardi soir son ex-petite amie (qui l’avait renvoyé depuis quelques jours) et les deux grands parents qui s’interposaient. Aucun titre de presse n’a titré sur ce fait en parlant de « triple assassinat » ou cette « tuerie ».

Pourtant, je découvre ce mercredi soir une autre info claire : « Une femme de 49 ans, suspectée d’avoir tué sa fille adolescente, interpellée… » Le verbe « tuer » est bien utilisé, au sens actif.

Alors, pourquoi les titres deviennent moins clairs quand il s’agit d’un homme ?

« Une jeune fille et ses grands-parents poignardés à mort en Flandre : le suspect est son ex-petit ami », titre Le Soir de ce mercredi. Il y a des gens blessés et morts, et un suspect.

« Flandre : une jeune fille de 17 ans et ses grands-parents décèdent après avoir été poignardés par l’ex petit-ami de l’ado », titre La Libre du même jour. Encore une fois, il y a deux évènements distincts, le coup de poignard et le « décès ». 

« Horreur en Flandre:  Il tue son ex de 17 ans et ses grands-parents… Je préférerais mourir que de te voir avec quelqu’un d’autre »affirme plus clairement la Dernière Heure, mais en donnant déjà la version du tueur.

Car les journaux ont abondamment cité le message prémonitoire écrit par le jeune homme il y a quelques jours sur les « réseaux sociaux », en laissant même une vidéo sur Youtube. (En fait, tous les journaux sont partis de la même dépêche de l’agence Belga, informée par la police ou le parquet. Seul le titrage est différent).

« J’ai tout fait s’effondrer de mes propres mains, je n’ai plus de raison de vivre. (…) J’ai perdu ma copine et ne peux pas vivre sans elle ». « Je t’aime. Tu seras toujours dans mon cœur et je veillerai sur toi. Même si je sais que tu ne le veux pas. Excuse-moi de t’avoir fait mal. C’était la plus grosse erreur de ma vie. La seule chose que je désirais c’était de t’avoir à mes côtés. Je sais que tu ne reviendras pas. Ça fait tellement mal. Je préfèrerais mourir que de te voir avec quelqu’un d’autre la semaine prochaine ».

Deux choses ressortent évidentes de ce message : il a fait du mal à sa copine, soit en l’agressant, soit en la trompant. Et il s’estime en droit de la posséder (et de la protéger, la paterner), à l’exclusion de tout autre. Cela malgré qu’il a clairement été rejeté.

Une troisième chose ressort : ce jeune homme est malheureux. Mais cela n’efface en rien sa conduite, qui lui a valu d’être rejeté. Le message précise (et c’est repris complaisamment dans les journaux  : sa vie est une « épreuve depuis 25 ans ». Car ce jeune homme a 25 ans (et sa copine en a 17).

Ce discours unilatéral accompagne donc immédiatement l’information sur l’assassinat de trois personnes. Il vient l’édulcorer. Ces « circonstances atténuantes » dénaturent les faits. Et les titres des articles n’arrivent plus à énoncer les faits nettement. Pourtant, ils y arrivent quand il s’agir d’une femme et de sa fille.

C’est du grand art, de dénaturer les faits. Un art masculin, à n’en pas douter.

Chester Denis

Publié sur le blog Singulier masculin

https://singuliermasculin.wordpress.com/2017/07/26/comment-ne-pas-dire-un-homme-assassine-trois-fois/

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