Violences

31.08.2017 au centre Hubertine Auclert:  Réunion d’information sur les subventions accordées par la région Ile de France.

Le public: des associations de lutte contre les discriminations, et des associations d’aide aux victimes de violences conjugales ou autres violences sexistes. Toutes ces associations doivent pour continuer leur travail constituer des dossiers conformes à l’appel à projets publié par la région. Parmi les critères d’attribution, il y a la nouveauté.

La nouveauté, oui. En fait l’essentiel du travail de ces associations est d’éponger les dégâts causés par la violence patriarcale, soigner les traumatismes des femmes victimes et de leurs enfants, accompagner ces femmes dans les démarches compliquées qu’elles accomplissent pour se séparer sans sombrer dans la précarité, les aider à se défendre en justice contre leurs agresseurs. Certaines de ces associations sont nées dans les luttes émancipatrices des années 1960, qui ont permis de lever le tabou sur les violences conjugales, l’inceste et les violences sexuelles. Dés leurs débuts, ces associations ont bricolé un système d’aides qui permet aux femmes victimes de se sortir peu à peu de l’emprise des violences.

Rien de nouveau, donc. Les soutiens publics ont toujours été distribués avec parcimonie, là non plus rien de nouveau. Depuis ces années de combat, les circonstances n’ont pas beaucoup changé. La violence masculine est toujours là. On ne peut pas dire que les associations aient échoué. Ni que leurs méthodes soient mauvaises. Elles sont juste trop peu nombreuses. Elles ne peuvent pas faire face à l‘immensité des violences sexistes: une femme sur quatre y est confrontée dans sa vie. Grâce au système d‘aides, certaines femmes ont réussi un nouveau départ dans leur vie, ont sauvé leur peau en partant à temps. D’autres femmes, trop nombreuses, en meurent encore, déjà 86 depuis le début de 2017.

1ére cause de mortalité des femmes entre 16 et 44 ans, la violence conjugale n’est toujours pas considérée comme un fléau social. Il n’existe pas de grande institution d’état, avec une antenne dans chaque département, qui soit dédiée à la lutte contre la violence masculine. Là non plus, en 2017, rien de nouveau.

L’état se décharge sur les associations de toute la lutte contre ce fléau c’est à dire que des micro structures dont l’essentiel de la main d’œuvre est bénévole – et féminine – agit en lieux et place des institutions publiques. Rien de nouveau, donc. Ce sont elles, inépuisable réserve de main d‘oeuvre gratuite, aux doubles ou triples journées de travail, qui gèrent les trop rares foyers d’hébergement pour les femmes victimes. La seule intervention de l‘état consiste à leur accorder des subventions. La condition pour recevoir ces subventions est de remplir chaque année des dossiers de demandes en se conformant aux critères changeants et peu transparents.

Parmi ces critères, en 2017, il y a la nouveauté.

L’état français, sorti depuis 230 ans de la féodalité en brandissant les droits de l’homme, a réalisé tant bien que mal une égalité entre ses citoyens-frères, mais n’a toujours pas rempli ses promesses pour l’autre moitié de sa population, les citoyennes sœurs. Elles restent les grandes exclues de la promesse émancipatrice des droits humains, de l’égalité, de l’accès à la citoyenneté.

Le corpus juridique conçu sous le consulat par des assemblées exclusivement masculines essentiellement composées de bourgeois n’avait pas pour priorité de sanctionner le viol ou les atteintes sexuelles. C’est bien plus la propriété privée, nouvel acquis contre les prérogatives de l’aristocratie terrienne, que ces législateurs ont voulu inscrire dans le droit. Ils vivaient dans un monde où leur intégrité physique et psychique n’était pas menacée, ce ne sont donc pas les valeurs qu’ils ont cherché à protéger juridiquement. Bien plus, ils ont étendu, au moins symboliquement, la notion de propriété privée aux membres de leur famille, leurs épouses et leurs enfants.

En 2017 la vraie nouveauté serait donc de faire de l’état français une république des citoyennes et des citoyens sœurs et frères, dont les droits seraient également respectés, dont l’inégalité devant les menaces de viols serait prise en compte, dont l’intégrité psychique et physique serait plus importante que la propriété privée des biens matériels, auxquels l’atteinte est si bien définie et si bien sanctionnée dans le droit pénal.

Même l’ajout dans le corpus juridique du viol et des agressions sexuelles n’a pas rétabli l’écrasante inégalité face au droit des femmes et des hommes. Le non recours à ces lois – seuls 8% des viols font l’objet d’une plainte – montre combien les femmes peinent à s’en emparer, peinent à se sentir protégées par l’état de droit d’une république construite sans elles.

En toute logique la lutte contre les violences conjugales ne fait pas l’objet d’une politique publique, mais est laissée au domaine de l’amateurisme, des activités optionnelles, des ressources humaines bénévoles, des subventions facultatives. Rien de nouveau, c’est la même logique depuis Napoléon.

Dans ces conditions hautement défavorables, les actrices de la lutte contre les violences sexistes ont développé une énergie formidable pour acquérir des compétences, développer des réseaux, fédérer les initiatives, partager les expertises. La vraie nouveauté serait donc de reconnaître les compétences et les expertises qu’elles ont construites au fil des ans et d’institutionnaliser leur fonctionnement.

Mais maintenant, pour continuer, ce sont elles qui doivent construire un nouveau projet, les financeurs (la région, donc l‘état) veulent qu’elles inventent chaque année quelque chose de nouveau pour lutter contre des violences sexistes qui persistent depuis plusieurs millénaires, contre lesquels l’état soi-disant moderne, lui, n’invente rien de nouveau depuis 200 ans.

Lutter contre les violences conjugales n’est pas un hobby, une option, une action marginale, c’est une nécessité, une condition de survie pour la moitié de la population.

La vraie nouveauté serait de le reconnaître.

Florence-Lina Humbert

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