Votre adolescent profère des insultes. Que faire ?

(Aéroport de Pointe-à-Pitre –  Guadeloupe – Antilles françaises – 13 Septembre 2017)

À peine descendu de l’avion présidentiel, et l’étendue des dégâts étalée sous ses yeux, cela pourrait expliquer cette entorse à la règle d’un langage châtié que vous avez toujours cherché à lui inculquer, il proféra : « Irma, la connasse, la putasse, la pouffiasse ! »

Il n’empêche, dégâts ou non, désolation ou non, nous étions bien là dans le désagréable registre de l’insulte. Et c’est là tout le problème.

Incidente : nous aurions bien aimé que les climatologues et autres météorologues choisissent un autre prénom qu’Irma pour cette désastreuse perturbation atmosphérique tourbillonnaire. Car Irma reste encore pour nous, près de 50 ans après, le symbole de la douceur et de la gentillesse.

Pour en revenir à votre inquiétude première, cette propension à l’insulte de votre adolescent attardé, disons que ces manifestations ont tendance à devenir maintenant coutumières. Et votre inquiétude est tout à fait licite. Car la chose pourrait augurer d’autres comportements agressifs et d’autres déviances antisociales.

Afin de vous aider dans ce difficile moment éducatif de parents d’adolescents, nous avons interrogé le Dr Marcel Toufo, réputé psychiatre infanto-juvénile. Lequel a, très gentiment, accepté de nous répondre.

Dr Toufo, venons-en à cette question de l’adolescence irrespectueuse. Le juron – « merde », par exemple – que s’adresse à lui-même le locuteur dans un moment d’émotion, comment ce juron bascule-t-il dans l’insulte lorsqu’il vise un autre, le « merde » devenant vite un « je te dis merde » ou un « tu es une merde » ?

Vous avez tout à fait raison. C’est bien là que commence le problème. Car l’insulte, à la différence du juron, est un acte de langage portant plus qu’une charge émotionnelle, une charge pulsionnelle visant l’autre dans la volonté de le rabaisser.

L’adolescent se construit volontiers dans ce type de franchissement des limites et des interdits. Mais c’est un jeu à risque, car quand elle est perçue comme blessante, ce qui se voulait une simple vanne, peut très bien être perçue comme une provocation.

Dr Toufo, nous sommes suffisamment instruits de la difficulté à se construire des adolescents, pour ne pas verser immédiatement dans le registre de la condamnation ou de la sanction. Mais il n’empêche.

Effectivement ! Car la violence verbale dit toujours quelque chose. Ceux qui sont considérés, parmi les ados, comme les plus irrespectueux, sont souvent ceux qui demandent le plus de respect, une demande de reconnaissance et de sécurisation quand l’estime de soi vacille.

Il convient donc de regarder avec tolérance certaines pratiques langagières, sans sous-estimer pour autant, que de telles attitudes, à la limite du pathologique, traduisent un mal-être profond. Tout doit donc être question d’écoute et d’empathie.

Tous vos confrères, Dr Toufo, partagent-ils cette approche, nous dirons constructive ? N’y aurait-il pas là quelque laxisme ?

Il y a forcément débat sur ce genre de question. Par exemple, mon confrère le Dr Martinez, beaucoup moins libéral que moi, s’il admet que l’insolence et la grossièreté chez l’adolescent sont une façon de développer le sentiment de sa propre identité néolibérale, il affirme parallèlement que, par la provocation, l’adolescent teste votre résistance, le, en quelque sorte, jusqu’où pourra-t-il aller.

D’où la nécessité éducative, selon lui, d’une réponse forte et appropriée. Les ados ont horreur des positions tièdes, dit-il souvent. Il faut savoir dire avec force : « Maintenant, ça suffit ! »

Surtout, aime-t-il à le répéter, lorsque nous sommes face à des comportements de blousons dorés, ces jeunes gens de bonne famille au comportement délinquant, attitudes qui ne sont rien d’autre que l’expression du mépris de classe.

Merci Dr Toufo ! Et nos plus vives salutations à votre confrère, le Dr Toujust.

Jean Casanova

Publicités

2 réponses à “Votre adolescent profère des insultes. Que faire ?

  1. Ce commentaire est tout à fait exact ! Et oui, même chez les hommes de pensée critique, cultivés et pleins d’humour, cette absence de conscience persiste ET SIGNE (des textes !).
    Cette grande absence persistante et récurrente nous démontre me semble-t-il, s’il faut encore et encore le rappeler que : quel que soit le « camp » dont elles se revendiquent, nous ne pouvons et ne devons globalement pas attendre des personnes de sexe masculin de traquer, repérer, analyser, déconstruire et dénoncer les multiples situations et lieux où se logent les dominations et violences patriarcales.
    Du coup, je trouve très à propos de lire ou relire cette note sur ce même blog. : « Les hommes doivent être exclus du féminisme pour empêcher celui-ci de ne plus être qu’à propos d’eux » Publié le 7 janvier 2017 .

  2. C’est dommage que le texte ne relève que le mépris de classe et pas le mépris de sexe, de race, d’apparence car les insultes portent sur toutes les catégories dominées socialement. Le texte part en plus d’insultes misogynes sans prononcer le mot sexisme ni misogynie, et se contente de réassigné les femmes à la douceur et à la gentillesse.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s