Le pouvoir de l’ambassadeur du bonheur

Plusieurs lectures, entremêlées ou non, sont possibles. Entre les catastrophes, la première guerre mondiale puis la période d’hyperinflation (seule cette dernière est juste évoquée « Puis vinrent les crises économiques ») et le nazisme, un Berlin tendre et secret. Certes il ne s’agit ici que d’un milieu social restreint, mais comme l’écrit Walter Benjamin dans sa préface : « N’est « secret » dans ce Berlin ni le chuchotement du vent, ni la galanterie, déplaisante, seul le sévère et antique génie d’une ville, d’une rue, d’une maison, oui, d’une chambre qui, en tant que cella, contient en elle, dans ce livre, la mesure des événements comme celles des pas de danses ». Le préfacier parle aussi du poète « expert en seuils dans tous les sens du terme », des mots comme aimant attirant « d’autres mots de manière irrésistible », du don du narrateur « d’élargir, avec toutes les perspectives du lointain et du passé, le minuscule territoire de son histoire, de façon si mystérieuse ».
Plusieurs lectures. Une renvoie à son histoire, transposé dans le Jules et Jim de Henri-Pierre Roché et mis en cinéma par François Truffaut avec Jeanne Moreau. Une autre à un roman de société complexe, au tableau d’une époque, un « roman du temps ». Qu’importe, au lecteur et à la lectrice de choisir ou non les chemins praticables dans ce Berlin secret.

Manfred Flügge aborde cela dans sa postface « Le poids des mots ». Il insiste sur la langue de l’auteur et plus précisément « le poids des mots », la ville de Berlin, le roman comme « déclaration d’amour poétique ». Le titre de cette note est adapté d’une phrase du postfacier.

Karola, Wendelin et Clemens. Berlin, les années 20. Les sentiments. « La jalousie est l’ombre de l’amour qui, à midi, se réduit à sa plus simple expression ». Les codes de la masculinité construite. Des croisements incessants de personnages et des chemins du possible ouverts et refermés. Berlin et des lieux de nuit. Le veilleur et l’amour. Les séductions. Des femmes et des hommes, des sentiments et des actes. La fluidité des phrases et ce « poids des mots »…

« Lorsque tu lui auras offert suffisamment de rosées matinales et de crépuscules, de mondes changeants parcourus à pied et de monde limités au cadre de la fenêtre… »

Il n’y eu que le rêve de cela, peut-être un peu plus. Vint d’abord un autre choix… Puis plus tard la catastrophe qui éclaire rétrospectivement les mots de l’auteur.

Un livre à mettre du côté du très beau Promenades dans Berlin, PUG/Débuts d’un siècle 1989

Franz Hessel : Berlin secret

Traduit de l’allemand par Danielle Risterucci-Roudnicky

Editions Albin Michel, Paris 2017, 178 pages, 18 euros

Didier Epsztajn

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