Une réforme agraire intégrale et populaire

Face aux crises actuelles concernant l’alimentation, le climat, la pauvreté, la finance, l’économie et la démocratie, il est plus urgent que jamais d’opérer un changement massif au niveau du système agro-alimentaire en place !

(Harare, 16 octobre 2017) La Via Campesina, à l’occasion de cette journée mondiale de la Souveraineté Alimentaire contre les multinationales, lance officiellement sa nouvelle publication « Les Luttes de La Via Campesina pour la Réforme Agraire et la Défense de la Vie, la Terre et des Territoires ». Dans une optique de renforcement de la convergence des luttes, la présente publication entend démontrer qu’une réforme agraire intégrale entre les mains des populations et inscrite dans la souveraineté alimentaire constitue le fondement nécessaire à un tel changement.

Les luttes, les stratégies de lutte et les concepts ont beaucoup évolué au sein du mouvement La Via Campesina. Cette évolution est le résultat du contexte actuel, d’une part, mais aussi des processus collectifs et d’une construction partant de la base et des territoires riches d’une grande diversité historique, culturelle, politique et économique. En ce sens, la réforme agraire intégrale et populaire apparaît clairement comme un processus pour la construction de la souveraineté alimentaire et la dignité des peuples.

En s’appuyant sur ce cadre conceptuel dans lequel la réforme agraire est envisagée en tant que défense et récupération du territoire pour la souveraineté alimentaire et comme processus des peuples, la présente publication est structurée comme suit:

Les chapitres 2 et 3 présentent, tout d’abord, l’analyse de La Via Campesina sur le contexte global actuel et les modalités par lesquelles le capital s’approprie les territoires. Quels sont les évolutions qui ont conduit à ce degré, inédit, d’accaparement de territoires, de concentration foncière et d’expulsion des populations de leurs territoires ? Quels sont les acteurs qui se cachent derrière le mot « capital » ? Quel est le cadre politique qui favorise ces processus au niveau mondial ? Quelles sont les conséquences pour le système alimentaire et agricole ? Et enfin, comment tout cela se reflète-il au niveau des territoires ?

Tel est le contexte dans lequel s’est développé le concept de réforme agraire intégrale populaire porté par La Via Campesina, contexte expliqué au chapitre 4. Comment le concept a-t-il évolué à partir d’une perspective axée sur la répartition des terres vers un projet territorial ? Quels ont été les étapes les plus importantes ? En s’interrogeant sur les moyens permettant d’arriver, dans le monde actuel, à un changement de paradigme vers la souveraineté alimentaire et une réforme agraire, le chapitre 5 présente les stratégies menées par les organisations et La Via Campesina, notamment les actions directes, la praxis à l’échelle locale, la communication et la recherche, et le plaidoyer au niveau national et international.

Si l’analyse se situe davantage à l’échelle des processus mondiaux, les entretiens réalisés auprès de dirigeant-e-s d’organisations membres de La Via Campesina, issu-e-s de différents continents et régions, révèlent la nature pluridimensionnelle des mécanismes touchant très concrètement les territoires. De plus, ils montrent comment les différentes manières d’appréhender le monde, si variées du point de vue historique, culturel, politique et économique (diversité que reflète aussi la terminologie), ont enrichi et élargi la construction des projets portés par La Via Campesina. La présente publication étant une synthèse de l’ensemble de ces questions à partir du point de vue des organisations membres de La Via Campesina, il n’a pas été possible d’examiner chacun des thèmes dans le détail. Néanmoins, une liste bibliographique est proposée à la fin de chaque chapitre et peut servir de point de départ à l’étude approfondie des questions abordées.

Télécharger la publication ici

Je ne souligne que certains éléments traités dans cette riche brochure d’analyse des luttes paysannes et de défense radicale de réforme agraire.

Les auteur-e-s abordent de multiples facettes de la production agricole dans le monde, la soumission aux intérêts du capital, le développement de l’extractivisme, les crises « alimentaires, climatiques, environnementales, économiques et démocratiques ». Il y a ici une volonté manifeste de prendre en compte l’ensemble des phénomènes et leur imbrication, le refus des explications naturalistes. « La présente analyse décrit, entre autres, la marchandisation grandissante des terres et de l’eau qui favorise l’accaparement ; les politiques qui encouragent la privatisation des mers et des eaux intérieures ; la privatisation des semences, par le biais des brevets et des droits accordés aux obtenteurs, et les politiques relatives à l’agriculture et à l’élevage qui favorisent la production à grande échelle. Les traités de libre-échange et de protection des investissements viennent cimenter ces politiques. »

La réforme agraire est souvent réduite à un « OBJET » (des contenus) en oubliant une dimension essentielle : le QUI peut réaliser cette réforme ? Au cœur de la transformation et des possibles, les collectifs de paysans et de paysannes…

Les auteur-e-s parlent de réforme agraire intégrale ou véritable, de mouvement populaire dans les zones rurales et urbaines, des actions directes, de « la praxis en faveur des changements », de souveraineté alimentaire,

Table des matières :

  1. Introduction et résumé exécutif.

  2. Lecture du contexte actuel : la mainmise du système agroalimentaire s’accélère

  3. Les politiques qui favorisent la mainmise du système agroalimentaire ?

  4. Un processus collectif : étapes historiques et développement du programme de la Vía Campesina pour une réforme agraire intégrale et populaire

  5. Les stratégies : résistance, action et praxis dans les territoires, plaidoyer et communication.

  6. Conclusions : vers la convergence des luttes pour une réforme agraire intégrale et populaire en faveur de la souveraineté alimentaire !

Les propositions me semblent bien résumées dans le chapitre conclusif : Vers la convergence des luttes pour une réforme agraire intégrale et populaire en faveur de la souveraineté alimentaire !

« L’échange d’expériences, le dialogue des savoirs, l’analyse collective et les études en la matière ont permis de mettre en lumière l’ampleur véritable du renforcement du capital dans les zones rurales et urbaines en tant qu’élément constitutif du modèle de la croissance continue. Les conséquences résultant de la mainmise grandissante sur le système agricole et alimentaire réalisée par une alliance d’acteurs révèlent l’existence d’une contradiction profonde entre les intérêts du capital et la possibilité de jouir d’une alimentation saine et nutritive, de renouveler l’Humanité, les droits humains et de prendre soin de la Terre mère. Loin d’être isolées, ces expériences sont l’effet immédiat des cadres politiques et structurels mondiaux, décrits dans la présente publication.

Comment pouvons-nous obtenir le changement que nous souhaitons dans un monde marqué par de si grandes asymétries de pouvoir ? En pensant, en défendant et en forgeant une alliance solide entre les populations, les organisations, les mouvements et les personnes, dans les campagnes et les villes, alliance susceptible de parvenir au rapport de force nécessaire ! Nous construisons des territoires populaires où les aliments sont produits de façon saine et en harmonie avec la nature grâce à l’agroécologie et aux pratiques et connaissances populaires et ancestrales, ce qui nous permet de nourrir le monde ! Des territoires où la terre, l’eau, les semences, les connaissances sont considérées comme les biens de l’Humanité remplissant une fonction d’alimentation pour les sociétés et de protection de la nature. Des territoires dotés d’une économie sociale et solidaire plaçant la vie digne de toutes et tous devant les intérêts de quelques-uns. Des territoires où les relations sociales sont libres de toute forme d’oppression patriarcale, raciste et de classe, où se mène la lutte contre la pauvreté, la misère et la migration forcée, et où la démocratisation des décisions politiques est une réalité.

La lutte pour une alimentation saine et nutritive est la lutte de toutes et de tous, dans les zones rurales et la société, contre le système hégémonique qui donne le contrôle sur l’alimentation des peuples aux sociétés transnationales !

La lutte pour un système agricole et alimentaire entre les mains des peuples n’est-elle pas, en définitive, une lutte contre le modèle qui génère des inégalités toujours plus extrêmes, à l’intérieur des sociétés et entre les pays ? Contre le modèle qui crée du travail précaire, qui balaie les droits du travail au nom de la « concurrence globale » ? Contre le modèle qui rend le logement dans les villes plus cher, qui pousse les personnes défavorisées en périphérie des villes ? Contre le modèle qui encourage des modes de transport polluant pour l’air et destructeurs pour le climat ? Contre le modèle qui favorise une consommation inlassable et crée des sociétés du gaspillage dans les pays du Nord, elles-mêmes moteur principal de l’avancée de l’extraction des matières première dans les pays du Sud ? Contre le modèle qui accentue la privatisation des systèmes sociaux en les livrant aux mains des banques et des fonds d’assurance, lesquels ont provoqué cette concentration exorbitante de capital, à l’origine des accaparements ? Contre le modèle qui, en poussant la privatisation, happe les espaces publiques et les services de base, comme l’eau potable, la gestion des déchets, l’éducation ou la santé ?

À nos yeux, s’ils varient d’un territoire à l’autre, dans les villes ou dans les campagnes, les mécanismes à l’œuvre relèvent du même paradigme qui s’est répandu aux quatre coins du globe et qui vise à soumettre la vie dans ses moindres aspects aux règles du marché au profit d’une minorité. En ce sens, la bannière de la réforme agraire intégrale et populaire inscrite dans la souveraineté alimentaire est non seulement une lutte portée par les organisations paysannes mais égale- ment une lutte pour tous les peuples !

Forgeons une convergence réunissant nos luttes que nous menons dans les campagnes et dans les villes pour construire les sociétés du Buen Vivir dans l’intérêt de tous les peuples et en harmonie avec la nature ! » 

Une fois de plus, à travers cette brochure, les lecteurs et les lectrices pourront apprécier la qualité – et la clarté de leur exposition   des travaux de La Via Campesina. Une contribution indispensable aux élaborations et aux luttes émancipatrices.

.

Les luttes de La Via Campesina

Pour la réforme agraire, la défense de la vie, de la terre et des territoires

Juin 2017, 54 pages.

https://viacampesina.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2017/10/Publication-of-Agrarian-Reform-FR.compressed.pdf

Didier Epsztajn

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s