Rendre visibles la traite et le trafic d’êtres humains

Deux remarques préalables. Parler d’« immigration illégale » ou de « migrant-e-s illégales/illégaux » me semble faux. L’illégalité est construite par les Etats et leurs refus du droit à la libre circulation et d’installation des personnes. Ce sont ces Etats qui fabriquent l’activité des passeurs. Car ni les murs et ni l’absence de papiers administratifs n’arrêteront pas les personnes qui souhaitent migrer et/ou s’installer sur des territoires qui leur semblent plus sûrs ou plus enviables que leur anciens lieux de vie. Sur ce sujet, des propositions de solutions globales et concrètes sont proposées, par exemple dans un texte de Melita H. Sunjic du HCR.

Il convient aussi de prendre en compte l’asymétrie des rapports sociaux de sexe, la domination systémique des hommes sur les femmes, le fait que des hommes – des prostitueurs – se sentent autorisés à acheter l’accès au corps d’autres êtres humains, des femmes en majorité, avec l’aide de proxénètes divers et variés, et, dans certains pays en toute légalité.

Le rapport Myria est centré sur la traite et le trafic des êtres humains, le rôle des réseaux sociaux et d’Internet, le lutte en Belgique contre les formes modernes d’« asservissement » d’êtres humains et en particulier de femmes.

« La traite et le trafic d’êtres humains sont des réalités souvent invisibles. Invisibles parce que les victimes sont exploitées dans le silence et l’omerta de milieux criminels. Invisibles parce que les victimes elles-mêmes, par peur, protègent trop souvent encore leurs bourreaux. Invisibles encore parce que, comme toute criminalité, la traite et le trafic se sont adaptés aux nouvelles technologies de l’information ».

Les auteur-e-s propose un focus sur la traite et le trafic on line : « Internet et les réseaux sociaux, en effet, sont un lieu de rencontre, d’organisation et d’entraide de réseaux de traite et de trafic d’êtres humains. C’est par les réseaux sociaux que les exploiteurs de prostitution, par exemple, recrutent leurs victimes et assurent le marketing de leur « offre ». ». Elles et ils soulignent le rôle du secteur hôtelier dans les pratiques de traite.

Dans une première partie sont présentés les actions de Myria.

Le second chapitre est consacré aux rôles des réseaux sociaux et d’Internet dans la traite et le trafic d’êtres humains, la notion de « darknet », les filières et les techniques de recrutement, « Le recrutement à des fins d’exploitation sexuelle ne se fait pas forcément par le biais de sites explicites, mais plutôt via des sites qui recrutent pour de petits jobs, par petites annonces », les agences de mannequinat malveillants, les loverboys, les forums de sex dating…

L’étude des publications sur Internet est plus que révélatrice, y compris en terme de dénonciation des faits de traite et d’exploitation, « Les migrants sont de plus en plus nombreux à publier sur les réseaux sociaux des situations d’abus de la part des passeurs afin d’avertir leurs compatriotes », « On a déjà trouvé sur les réseaux sociaux des témoignages de viols de femme en cours de route »…

Les méthodes d’investigation policière ou judiciaire sont présentées, leur plus faible présence dans les dossiers d’exploitation économique soulignée, les pratiques policières et judiciaires analysées – dont l’évolution entre ces deux instances, « Le glissement des compétences du juge d’instruction, juge indépendant et impartial, vers le ministère public, partie au procès pénal, et ce, sans véritable contrôle judiciaire, ainsi que les risques accrus d’atteinte au droit au respect de la vie privée et au droit à un procès équitable constituent les critiques les plus virulentes à l’égard de la nouvelle loi »…

Les auteur-e-s présentent les évolutions du cadre juridique en Europe, expliquent les notions de « traite des êtres humains », de « trafic d’être humains » – un tribunal a estimé que « La frontière entre la traite des êtres humains et le trafic d’êtres humains est donc très mince, et le trafic d’êtres humains peut se muer en traite des êtres humains dès lors que la liberté d’action des victimes est mise en péril » – et présentent un certain nombre de dossiers d’exploitation sexuelle, d’exploitation économique, de trafic d’êtres humains, de réseaux de passeurs…

« Or, la Cour estime à juste titre que la restriction à la liberté de mouvement n’est pas une condition sine qua non pour qualifier une situation de travail forcé ou même de traite des êtres humains. Une situation de traite peut en effet exister en dépit de la liberté de mouvement de la victime ».

Elles et ils abordent aussi la situation de « travailleurs domestiques dans les pays du Golfe », la condamnation de l’Etat grec (« travailleurs migrants bangladais travaillant dans la cueillette de fruits »), les salons de massage (je reste surpris que la multiplication de « salons de massage » à Paris ne suscite aucune action publique ou juridique), les réseaux de prostitution derrière les « sites de rencontres coquines », les techniques de loverboy, des hôtels servant « à l’exploitation sexuelle et au trafic de stupéfiants », l’exploitation économique entre autres dans le secteur de la construction (mais aussi dans l’horticulture, la boulangerie, l’imprimerie, le traitement des déchets, le travail domestique, etc.), les bandes internationales de passeurs, le trafic d’organes…

L’ouvrage se termine par des « Recommandations générales en matières de traite et de trafic d’êtres humains », dont des mesures de préventions, des centres d’accueils de personnes victimes de la traite ou du trafic d’êtres humains…

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Myria : Rapport annuel 2017 : Traite et trafic des êtres humains

http://www.myria.be/files/RATEH-2017-AS.pdf

Bruxelles 2017, 164 pages

http://www.myria.be/fr

Didier Epsztajn

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