Elle est comme le vent, on ne peut pas retenir le vent dans un flacon

Comme l’indique Adolfo Pérez Esquirel dans sa préface, « une femme indienne, pauvre parmi les pauvres, a ouvert les chemins de l’espérance en montrant qu’un autre monde était possible ». Le préfacier, parle, entre autres, de l’association Tupac Amaru, de « Milagro condamnée avant même d’être jugée », de haine viscérale, de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), du gouvernement Macri et du gouverneur Morales, de l’autrice du livre, « Alicia tisse peu à peu le poncho de la vie de cette Indienne qui dans son enfance a dû s’armer de courage pour affronter la violence et la pauvreté, et qui à force de volonté s’est forgé son caractère et a compris que le chemin à suivre était l’unité et la dignité du peuple ».

Un gouverneur qui affirme « Je ne la libérerai pas ». Deux versions des actes et des faits, une fissure dans la réalité, une entaille profonde…

Alicia Dujovne Ortiz parle de son parcours, de l’immigration, des affinités électives, du métissage, de cette « Tupac Amaru au féminin qu’on est aujourd’hui en train d’écarteler, sans chevaux », des survivant-e-s du règne inca, de servitude, de dissimulation de culture, de cérémonies ancestrales, « Milagro est allée plus loin : non contente de se revendiquer – ou se réinventer – en tant que femme indienne, elle s’est appuyée sur une population de marginaux, des jeunes chômeurs abandonnés à leur sort par le libéralisme sauvage des années 1990 et, surtout, par la crise de 2001 ». Une femme agissante debout comme une provocation permanente. Une autre femme, une autrice, ses soixante-dix-huit ans, son sac à dos, à l’aventure vers une rencontre…

Plusieurs visites à Milagro Sala, le bruit des grilles, la peur, Noro, les « femmes à égalité », le travail d’assistance à la Tupac Amaru, le Four en Terre cuite, le Verre de Lait, la force des femmes, « une truelle, c’est pas plus lourd à soulever qu’un bébé », la construction de maisons et« des centres de santé, des places, des parcs, des terrains de sport, des piscines », les faits contre les discours sur la paresse…

Parcours et discours en Argentine, la haine, les violences contre les femmes, « Ils nous ont toujours frappées mais depuis qu’on gagne notre argent et qu’on fait leur fait concurrence c’est encore pire », les quartiers, les enfants et la drogue, les avis partagés, l’autoritarisme, la condition de prisonnière, aujourd’hui et hier, la terre et les peuples vaincus, l’invisibilité des Indien-ne-s, les marginaux, les « Peuples Originaires », le devoir de parler, la Tupac, « La Tupac comptait 5 000 travailleurs directs, 20 000 travailleurs indirects et 60 000 adhérents au total », les Guaranis, les allusions chromatiques masquées, la négritude, les territoires maudits de la canne à sucre, les besoins et les marchandises, les Kollas, la répression, une conception verticaliste du pouvoir et une personnalité autoritaire, il est plus que temps, « « mais quand est-ce que les conditions seront réunies, quand ? »…

L’imagination de celle ou celui qui a vécu dans la misère, les graines de tournesol, la peur, la prison, les sans emploi, l’autonomie perdue, l’homophobie, « tout le monde à le droit de se choisir un copain ou une copine selon ses références », les tabassages et les viols policiers, construite et se construire, les meurtres de femmes, les viols, les fantômes disparus dans le lointain sans laisser de traces, les génocidaires du silence, l’infinie addition d’hypothétiques détails, « Me fui como quien se desangra »…

« elle est en prison pour nous avoir appris à rester dignes et à continuer à nous battre pour les autres »

« Qu’attendez-vous madame et messieurs les juges ? Qu’elle se tue, qu’on la tue ? Ferez-vous honte à l’Histoire avec une majuscule qui aujourd’hui vous observe ? »

« ni una menos »

Alicia Dujovne Ortiz : Milagro Sala

L’étincelle d’un peuple

Editions Des femmes – Antoinette Fouque, Paris 2017, 270 pages, 12 euros

Didier Epsztajn

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