Extractivisme, mines, les nouveaux dégâts des politiques européennes

Dans son éditorial, « Glück Auf, camarades », Raf Custers analyse la reprise de l’industrie minière, après la fermeture de la majorité des mines en Europe de l’Ouest. Il souligne l’absence de consultation des citoyen·ne·s, la volonté de court-circuiter la délibération démocratique, le rôle de la Commission européenne et sa volonté de « supprimer tout obstacle aux investisseurs, « tout fardeau » (en anglais dans le texte) », les procédures visant à accélérer les investissements, la dépolitisation des options technocratiques, les rapports aux anciens (ou actuels) territoires coloniaux, la propagande « assidue » (« sans mines nous périrons »), l’exemple des mines d’or en Grèce.

« L’Union européenne redevient extractiviste et redécouvre les mines ». Raf Custers analyse l’« Initiative Matières Premières (IMP) », la politique communautaire des matières premières, les actions pour s’assurer « des conditions d’accès aux ressources des pays tiers », l’optimisation des actions réglementaires pour l’extraction en Europe même, (un article est consacré à la régénération des mines européennes) la notion de « matières premières critiques (MPC) », les accords de libre-échange et les clauses de « libre accès accès et gestion durable des matières premières », le refus du droit des pays de « restreindre l’accès aux matières premières pour des raisons environnementales », les pressions patronales et la place du secteur privé dans les décisions publiques, les modifications « géopolitiques » des matières premières (entre autres, avec l’« émergence » de la Chine et de l’Inde), les concentrations industrielles ou les cartels comme réalité du capitalisme…

J’ai notamment été intéressé par l’article de Maria Kadoglou sur le « Colonialisme extractiviste en Europe : le cas de la Grèce », les menaces sur l’environnement et les moyens de subsistance des populations et leurs luttes, les politiques d’austérité imposées par la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international), les programmes de privatisation des ressources minérales, la levée des obstacles – « des entraves » dans le vocabulaire patronal – à l’exploitation minière « jusque dans les zones protégées », les changements législatifs, la brutalité de la répression envers celles et ceux – non consulté·e·s – qui n’acceptent pas les projets d’extraction, la confusion entre « durabilité » de l’approvisionnement et « soutenabilité » de l’exploitation, les réalités des industries polluantes, les coûts cachés par des processus d’externalisation, ce qui est « jugé incompatible avec le principe de libéralisation du marché », la priorité donnée aux intérêts des entreprises, le fonctionnement de l’économie globalisée… et l’exemple documenté d’Eldorado Gold.

Romain Gelin aborde la relance minière en France, les variations législatives, les procédures de consultation, la non-déclaration des techniques et des intrants, la fiscalité minière, les protections des investisseurs, l’« antienne de l’emploi et de la réindustrialisation », la gestion des permis et des demandes, les implantations dans les « territoires d’outremer » – en fait dans les colonies dont la Kanaky -, les arguments autour d’une certaine notion d’indépendance qui ne s’appliquerait pas autres pays, le difficile accès aux informations techniques, les mobilisations…

Ces politiques de concurrence exacerbée pour l’accès et le contrôle des matières premières, les reprises de l’extractivisme minier en Europe de l’ouest et ses conséquences sociales et environnementales, le droit des entreprises privées contre celui de citoyen·e·s, montrent, une fois de plus, qu’il ne saurait y avoir de solutions émancipatrices au fonctionnement du système capitalisme qui ne portent une dimension de coopération internationale.

Sans coordination et réponses au niveau global, au nom de l’emploi – plus fantasmé que réel, par ailleurs – des un·e·s et des autres, les salarié·e·s sont opposé·e·s les·un·e·s aux autres ; au nom d’un mythique « intérêt national », les populations les un·e·s aux autres ; et les salarié·e·s aux citoyen·e·s. Les luttes contre le réchauffement climatique, contre les dégâts de l’extractivisme ne peuvent être séparées de celles pour le contrôle des populations sur leur présent et leur avenir, là où elles vivent, les unes en relation à construire avec les autres.

Une revue et un numéro à faire connaître.

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Sommaire

Edito : Raf Custers : Glück Auf camarades

Raf Custers : L’Initiative Matières Premières

Raf Custers : Régénération des mines européennes

Maria Kadoglou : Colonialisme extractiviste en Europe : le cas de la Grèce

Romain Gelin : La France à la relance minière

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GRESEA, échos : Relance minière en Europe

N°92 octobre/novembre/décembre 2017

Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative (GRESEA)

http://www.gresea.be/spip.php?article1744

Bruxelles 2017, 30 pages

Didier Epsztajn

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