Le coin du polar (décembre 2017) -2

Rome en guerre.

Steven Saylor est Texan. Une bizarre filiation – des études d’Histoire – l’a conduit vers l’Antiquité romaine après avoir fait divers métiers qui l’ont éloigné un temps de cette discipline. Il a déjà publié 15 volumes de cette saga. Les éditions 10/18 nous proposent le huitième, « Sous l’aile des furies », se passant en l’an 88 avant notre ère au moment où l’empire romain est menacé de tout côté, notamment par Mithridate. Les aventures de Gordianus et de son ancien tuteur Antipater.

Un message codé d’appel au secours de Antipater sert de point de départ à la mise en scène de ces affrontements. Alexandrie, ville intellectuelle de la Région, sert de port d’attache. Le roman alterne la description des deux camps via les deux protagonistes principaux. Antipater parle, par l’intermédiaire de son journal intime, du camp de Mithridate et Gordianus sert de fil conducteur du côté des armées romaines. Le doute plane sur la survie de Antipater. Le plan de Gordianus, dans sa simplicité, se heurte à des obstacles puissants et des forces féroces. Une sorte de western antique pour réviser son histoire. Il est conseillé de lire toute la série pour comprendre les références. Elle en vaut la peine.

Le premier polar grec.

Paul Nirvanas est l’auteur de « Psychiko », considéré comme le premier polar grec, publié en 1928. Nikos Molochanthis, jeune rentier, s’ennuie. Pour donner un peu de piment à sa vie, il décide de revendiquer l’assassinat d’une femme retrouvée morte dans un quartier d’Athènes, un assassinat étrange. Il se met en cheville avec un « ami », Stephanos dont la sœur est amoureuse de lui. L’histoire ira jusqu’à la peine de mort pour ce jeune homme qui ne voulait rien d’autre que la célébrité. L’intrigue sera reprise, dans la réalité, de tous ceux qui veulent avoir leur nom dans les journaux.

Boston noir.

Boston, a été marquée, dans les années 1950, par l’étrangleur de Boston. Cet artisan tuait les femmes dans leur appartement. Présenté comme schizophrène, il a fini sa vie en hôpital psychiatrique. Tony Curtis, dans le film qui porte ce titre, en a donné une composition saisissante.

Cette atmosphère se retrouve dans « Les morsures du froid », premier roman de Thomas O’Malley et Douglas Graham Purdy, qui décrit Boston comme la ville corrompue qu’elle était en cet hiver 1951. Deux protagonistes, Dante Cooper un héroïnomane qui essaie de lutter contre ses démons pour retrouver l’assassin de la sœur de sa femme défunte, retrouvée morte dans une plaque de verglas à Dorchester, un des quartiers de la ville. Une enquête qui participe de sa rédemption. Il transporte un sentiment de culpabilité, celui d’être responsable de la mort de sa femme et de sa trahison avec la sœur justement. Il fait appel à son copain, Cal O’Brien, ancien flic et responsable d’une firme chargée de la sécurité, des vigiles en quelque sorte. Ce temps de 1951 est celui de la récession. Les entreprises ferment et Cal a de moins en moins de clients. Il souffre d’une ancienne blessure à la jambe et boit autant que Dante se drogue. Lui aussi a besoin de se prouver qu’il sert à quelque chose. Un sentiment qui justifie toutes les méthodes d’un justicier autoproclamé.

Les deux auteurs savent mener leur monde. On marche, on courre même à suivre ces deux énergumènes qui ne font pas dans le détail. La ville, ses quartiers, sa police sont aussi des protagonistes de cette intrigue qui nous plonge dans les coulisses de cette ville américaine considérée trop souvent comme collet monté. Ne ratez pas ces détectives d’un type nouveau.

Meurtres en famille.

« Enfants de la Meute » est un titre qui interroge. Jérémy Bouquin a dû le chercher… sur la carte. « La Meute » est un village sis dans le Jura. Garry y a été élevé avec son frère par un grand-père. Il revient avec Yannis, un gamin de huit ans, fils de son meilleur ami, un roi de la Pègre, qui vient d’être assassiné. Il raconte sa vie au village jusqu’à l’arrivée de son frère aîné qu’il faut découvrir. Les histoires de famille se terminent souvent mal comme les celles de couple. L’auteur mêle les deux pour donner libre cours à sa violence ou à celle d’un monde qui ne connaît que la barbarie pour régler ses problèmes.

Un peu trop « gore » d’autant que les personnages ne sont pas assez « creusés ». Trop stéréotypés, ils manquent de vie. Pourtant, le lecteur a du mal à quitter le livre même s’il se doute de la fin.

Déprime.

Le commissaire Winter, Erik de son prénom, va mal. Il est séparé de sa famille. Après deux ans d’arrêt, il a repris du service. Commissaire il est, commissaire il reste. On se souvient qu’il a failli mourir au fond d’une piscine et il a été sauvé in extremis. Il lui reste des acouphènes et une profonde déprime qu’il soigne, comme tout le monde, à coups de whiskys. Il a besoin d’un psy lui dit Angela, sa compagne, de l’Espagne où elle est restée avec les filles qui fréquentent l’école espagnole et ne veulent pas revenir à Göteborg où il fait froid et noir pendant une grande partie de l’année.

Une nouvelle enquête, avec son ami Bertil, lui aussi aux prises avec des problèmes de famille, l’attire. Des meurtres sont commis aux alentours de « Marconi Park », le titre de ce roman de Ake Edwardson, meurtres de vengeance d’une victime de pédophiles. Jamais le mot n’est prononcé, comme si l’écrire était une insulte à la vie.

L’intrigue ici n’est presque pas un fil conducteur. Il s’agit surtout de Erik Winter. Peut-il se sortir de sa déprime liée à sa quasi-mort ? Peut-on vivre après cette expérience ? L’auteur a-t-il envie de poursuivre les aventures du commissaire ? Veut-il – lui ou le commissaire ou les deux – continuer à vivre en Suède ? Stockholm reste, sous la plume de Edwardson, une ville pleine de bruits, de fureurs, de mystères lumineux et Göteborg sait se montrer accueillante en ces journées de printemps. Les attraits de l’Espagne sont-ils supérieurs ? La question, les questions, pour le moment, restent ouvertes. La série des enquêtes du commissaire Winter pourraient s’arrêter là Elle a, avec cet opus, atteint ses limites ultimes. Il reste que l’auteur sait faire passer toute la dépression du monde dans celle de Winter pour combattre, peut-être la sienne en donnant du corps et de la chair à ces personnages alors qu’il abandonne un peu trop facilement les enquêtés à leur triste sort. Il sue de ce roman une écriture qui en est l’atout essentiel.

Steven Saylor : Sous l’aile des furies, traduit par Hélène Prouteau, Grands détectives/ 10/18

Paul Nirvanas : Psychiko, traduit par Loïc Marcou, 10/18

Thomas O’Malley et Douglas Graham Purdy : Les morsures du froid, traduit par Isabelle Maillet, 10/18

Jérémy Bouquin : Enfants de la Meute, Rouergue Noir

Ake Edwardson : Marconi Park. Une enquête du commissaire Wintertraduit par Rémi Cassaigne, 10/18.

Nicolas Béniès

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