Les cris qui jaillissaient du fond de nos cœurs se mêlaient à ceux des hiboux

Il a un monde entre les visions romantiques colportées (dont une partie des légendes autour de la figure du Che, voir par exemple, Samuel Farber : Che Guevara. Ombres et lumières d’un révolutionnaire, qui-decide-de-qui-est-dans-la-revolution/) et les réalités des guerres civiles, des guérilleras.

Dans son avant-propos « La couleur du sang jamais ne s’oubliera », Maurice Lemoine revient sur la victoire du Front sandiniste de libération nationale en 1979, les évolutions politiques régionales, l’histoire du Salvador, le Farabundo Marti de libération nationale (FMLN), les politiques des USA et leurs justifications, « Les intérêts stratégiques des Etats-Unis au Salvador ont plus d’importance que la violation des droits de l’homme dans ce pays centraméricain », la sale guerre (escadrons de la mort, exécutions extrajudiciaires, tortures, viols…)

Reste que l’auteur, marqué par un certain campisme qui se veut anti-impérialiste, est peu critique vis à vis des pratiques et des évolutions de certaines composantes politiques. Certaines sont aujourd’hui bien difficile à qualifier de progressistes, comme Daniel Ortega au Nicaragua, ou des courants issus de la lutte armée. Il en est de même de certaines pratiques substitutionistes « élection de responsable pour le contrôle de la population » et plus généralement dans les rapports entre groupes armés ou partis politiques et auto-organisation.

« Pour manger de la tortilla, il faut moudre du maïs ; pour obtenir quelque chose, il faut lutter ».

Il me semble important de lire ces témoignages pour plusieurs raisons. Ne pas oublier ces plus de 75.000 mort·es salvadorien·nes. Quelque soit ce qu’on peut penser de la stratégie employée, c’est la soit-disant démocratie de l’oligarchie et ses forces armées qui ont mis le pays à feu et à sang le pays. Pour les paysan·es, les jeunes « la guerre n’a pas été juste, mais elle était nécessaire ». En tout cas le droit à l’auto-défense – y compris dans ses dimensions armées   est indéniable. Les racines de la violence sont socio-politiques – impérialisme, rapports sociaux, concentration des terres, corruption, dictature, etc. Les possédants sont prêts à (presque) tout pour se garantir d’éventuels choix démocratiques, de la remise en cause de l’exorbitant droit de propriété confiscatoire des droits des citoyen·es.

Le livre est divisés en plusieurs parties et richement illustrées de photos prises par Maurice Lemoine. Les témoignages sont deux sortes : d’anciens commandos des forces armées étatiques et des guérilleras et guérilleros.

Des commandos et des infiltrés, « Les membres du groupe des opérations spéciales s’habillaient comme les guérilleros, ils devaient être confondus avec l’ennemi », des insurgés égorgés et tués sans jugement, des thérapies psychologiques de guerre pour transformer des hommes en assassins, l’utilisation de mines (souvent israéliennes), des vampires et des cannibales, les officiers et les amusements de la souffrance ou de l’humiliation, les chasses à l’homme, des instructeurs étrangers venant de divers pays (Canada, Venezuela, Italie) et majoritairement des USA, des tortures dans les casernes, des jésuites massacrés, la prostitution, des « disparus », des oreilles coupées, des décapitations, des brûlés vivants, des filles et des femmes violées, la rancune et la rancoeur…

Témoignages de guérilleras et guérilleros. Les quotidiens de l’enfance et la lutte, la religion, la répression, « la quantité de gens assassinés par les militaires au nom de la démocratie était impressionnante », lutter pour survivre, les transmissions d’information, la fabrique d’explosifs, l’enfer des filles, les bombes incendiaires au napalm, les soins, « Les Forces armées ne respectaient pas les traités, les conventions, les protocoles ni les accords internationaux en ce qui concerne les hôpitaux, les blessés les malades », les positions et les replis, le machisme dans la guérilla et les femmes réduites à leur corps « les attributs naturels hors normes », la nourriture, les bombes, une rose défolié et les jeux masculinistes, les relations « amoureuses », les attaques, la mort d’une commandante, les membres du parti communiste, Nicaragua-Salvador, la réinsertion des ancien·nes combattant·es à la vie civile, les troubles post-traumatiques, l’intérêt collectif remplacé par l’intérêt individuel…

« La guerre n’était pas juste, mais elle était nécessaire » et « A ce jour, je n’ai toujours pas connu un Salvador en paix »

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Oscar Martinez Penate : Le soldat et la guérillera

Une histoire de la guerre civile au Salvador

Traduit de l’espagnol (Salvador) par Raphaël Monnard

Editions Syllepse

https://www.syllepse.net/lng_FR_srub_22_iprod_708-le-soldat-et-la-guerillera.html

Paris 2018, 228 pages, 15 euros

Didier Epsztajn

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