« En ce septième anniversaire du déclenchement de la révolution syrienne… »

Intervention de Farouk Mardam Bey (Souria Houria) à la fin de la manifestation de solidarité avec le peuple syrien du dimanche 18 mars à Paris.

En ce septième anniversaire du déclenchement de la révolution syrienne, nos pensées vont d’abord à nos concitoyens dans la Ghouta orientale, assiégés, affamés et bombardés sauvagement par l’aviation d’un régime sans foi ni loi, et par celle de son infâme protecteur russe. Nous pensons en même temps à nos concitoyens kurdes de ‘Ifrîn et ses environs, victimes de l’agression turque et, comme tous les Syriens, du jeu cynique des puissants. Nous pensons à nos morts, aux centaines de milliers de blessés-handicapés à vie, aux dizaines et dizaines de milliers de prisonniers qui subissent d’horribles tortures physiques et morales, aux plus de dix millions de réfugiés et de déplacés, à tous ceux qui manquent d’un toit ou de quoi se nourrir. Chacun d’eux nous appelle à ne pas baisser les bras, à nous mobiliser pour la Syrie, la Syrie martyrisée depuis des décennies par le régime le plus affreux de la planète.

Nous ne le dirons jamais assez : Peu de peuples dans le monde avaient autant de raisons de se révolter que le peuple syrien. Car il ne s’agissait pas d’abattre une dictature comme il y en a tant d’autres mais d’une tyrannie clanique, mafieuse et sanguinaire, qui a privatisé l’État, qui a transformé la Syrie en un royaume de la peur, qui a soulevé les communautés ethniques et confessionnelles les unes contre les autres, qui a fait main basse sur l’économie nationale, qui a commis des crimes odieux contre les peuples frères du Liban, de Palestine et d’Irak. Pas un de nous qui ne se souvient du massacre de Hama, des exactions perpétrées par les services de renseignement et les milices confessionnelles, des innombrables prisonniers politiques de toutes obédiences, détenus arbitrairement dix ans, quinze ans, vingt ans ou plus sans jugement.

Peu de peuples dans le monde, aussi, ont consenti, sept ans durant, autant de sacrifices que le peuple syrien pour se libérer, vivre dans la dignité, être une communauté de citoyens et plus jamais les sujets d’un sultan quel qu’il soit. Et ce peuple l’a fait dans des conditions régionales et internationales particulièrement défavorables : il défiait en se soulevant le rêve impérial insensé des ayatollahs iraniens, le militarisme et l’ivresse de puissance de la Russie de Poutine, sans oublier l’hostilité permanente et déclarée d’Israël comme des Etats-Unis envers tout mouvement populaire authentique dans le monde arabe. Les manœuvres et les conflits mesquins entre les pays, arabes ou autres, prétendument « amis du peuple syriens » ont lourdement pesé par la suite sur le soulèvement, de même que l’intrusion de djihadistes, majoritairement étrangers et manipulés par l’étranger, dont les agissements monstrueux étaient accueillis par la clique au pouvoir comme un don du ciel.

Tous les Syriens épris de liberté et de justice ont le sentiment d’être abandonnés par ce qu’on appelle encore, contre toute évidence, « la communauté internationale ». En enterrant chaque jour leurs morts, ils s’aperçoivent douloureusement de l’indifférence de l’opinion publique mondiale, de moins en moins pressée de se mobiliser pour des causes lointaines, surtout quand on lui agite à longueur de journée le spectre de l’islam. Mais le plus cruel est de voir autour de nous des personnes qui prétendent être des militants de la démocratie politique et sociale, des partisans du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, se saisir des prétextes les plus fallacieux pour renvoyer dos à dos le bourreau et sa victime, quand ils ne se laissent pas prendre par la propagande du régime jusqu’à excuser ses crimes, ou même les approuver. Peut-il être progressiste, un régime qui bombarde son peuple et s’acharne notamment sur les classes les plus démunies de son pays ? Peut-il être un modèle de modernité et de laïcité quand il tient sa cohésion d’un esprit de corps communautaire ? Peut-il être féru de l’indépendance nationale quand il livre son pays à la Russie et aux milices confessionnelles iraniennes et pro-iraniennes ?

Depuis l’irruption de Daech et ses horreurs délibérément spectaculaires, on a assisté en Occident à un retour progressif en grâce de Bachar al-Assad en tant qu’allié contre les djihadistes. Les dirigeants européens feignent d’oublier que le despotisme et le djihadisme sont des ennemis complémentaires qui prospèrent ensemble, cherchant chacun à se justifier par l’existence de l’autre. Ils n’ont en fait tous les deux qu’un seul et même ennemi : la démocratie. Ici même, en France, le président de la République et son ministre des Affaires étrangères disent la chose et son contraire, traitent Assad d’ennemi de son peuple et le jugent encore fréquentable, tracent un jour des lignes rouges qu’ils gomment le lendemain, et font semblant de ne pas s’apercevoir que la Syrie est un pays occupé. Et pendant ce temps-là la tuerie se poursuit. Rien qu’en 2018, alors que la Russie trompait le monde avec la fiction des « zones de désescalade », des milliers de personnes ont péri aux quatre coins du pays sous les bombes de son aviation et de celle de Bachar al-Assad, et celui-ci ne cache pas sa volonté de déporter la population et de la remplacer par une autre qui soit à son goût. Et rien n’est fait, absolument rien, contre ces monstres.

Aujourd’hui, plus que jamais, les Syriens ont besoin qu’un large mouvement de solidarité, avec des mots d’ordre clairs, s’organise partout dans le monde en leur faveur, combinant aide humanitaire à la population sinistrée et soutien politique à toutes les forces qui militent pour une solution politique juste et durable. Et la seule solution qui l’est vraiment, juste et durable, c’est-à-dire la seule qui ouvrirait la voie à la paix civile, est celle qui commence par mettre hors d’état de nuire la clique qui a conduit le pays, par son obstination criminelle, à la situation tragique dans laquelle il se trouve.

Le sang syrien a trop coulé.

Il tombera tôt ou tard sur la tête de ceux qui l’ont fait couler.

Il tombera aussi sur ceux qui les ont laissé faire.

Non à l’impunité des criminels.

Nous n’oublierons jamais, ne pardonnerons jamais.

Et que vive la Syrie libre et démocratique !

Farouk Mardam Bey

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