Lima Lima, aka Lucie Legrand, devenir artiste

Partons d’une assertion : « On ne nait pas artiste, on le devient ». Je ne crois pas à l’« Art enfantin » ; pas davantage à l’ « Art brut ». Sans entrer dans une byzantine définition de l’art, je dirais qu’est artiste celui qui se donne à lui-même ce statut social et dont l’œuvre est reconnue par une partie de ce même corps social comme de l’art. L’artiste se définit par sa production ; encore faut-il que la production ait aux yeux d’un public, une valeur.

Parler aujourd’hui de Lima Lima, une street artist, c’est raconter un itinéraire, un parcours, sinueux certes, qui de la décoration peinte parvient à l’expression artistique.

Lima Lima a appris la peinture, plus précisément, la peinture en trompe l’œil. Des entreprises de décoration intérieure et extérieure ont fait florès dans les années 80 en peignant sur des murs aveugles des trompe l’œil. En 1979, Fabio Rieti, a peint sur un énorme cube de béton le Piéton des halles. Le cube était l’usine de climatisation de toute la ville souterraine Des Halles-Beaubourg. Si cette fresque n’a pas été le premier trompe l’œil parisien, elle a suscité un vif intérêt, ressuscité et développé une décoration des murs, de moult murs, dans l’ensemble de nos villes. Des sociétés de gestion des HLM, des syndicats de copropriétaires, ont alors sollicité des entreprises spécialisées pour décorer des murs en pignon. Il s’agissait le plus souvent de reprendre sur un côté de l’immeuble les motifs de façade : les fenêtres, les balcons, l’avancée d’un toit… Bref, le trompe l’œil a été une mode. Une mode qui comme toutes les modes a fait long feu !

Sur le modèle du 13ème arrondissement de Paris1, les maires servent de truchement entre les sociétés gérant les immeubles sociaux et des street artists pour peindre ces mêmes murs qui, il y a trois décennies, auraient pu être peints de trompe l’œil. La Ville devient de cette manière un musée à ciel ouvert, un atout touristique qui, profitant de la vague du street art, attirent de plus en plus de monde.

Lima Lima a peint des trompe l’œil pendant des années avant de se « lancer » récemment dans le street art. Elle a choisi pour s’exprimer la fresque ; il est vrai que c’est la forme la plus proche de son ancien métier. Ses premières fresques sont des démonstrations de ses compétences techniques. « La jeune fille à la perle » est une copie du fameux tableau de Vermeer. C’est un défi pour la toute jeune fille qu’elle était. Le tableau est une icône inscrite dans les imaginaires de nos contemporains. La copie a de la valeur à la condition qu’elle soit fidèle. La fresque l’est. De plus, ses dimensions sont impressionnantes ; elle mesurait plus de 6 mètres de haut sur plus de 5 mètres de large. L’exécution était remarquable de finesse. Sur chaque côté, encadrant la fresque, une décoration peinte dans les ors et les mordorés mettait en valeur le sujet. Les autres fresques (embroidery, caps attack, net work…) conjuguent également sujet principal et éléments décoratifs. 

L’exemple d’« embroidery » est significatif de cette première période. Lors d’un voyage en Palestine, Lucie peint et un street artist palestinien lui fait découvrir un magazine de broderie. Des pages représentaient des motifs de broderie qu’il était aisé de décalquer et de reproduire sur des tissus. Ces savantes géométries amenèrent Lucie à fabriquer des pochoirs. Des radiographies firent l’affaire. Découpées patiemment au cutter, elles ont été de précieux et solides pochoirs. De retour en France, ces points de broderie peints de plusieurs couleurs à la bombe furent utilisés pour « décorer » un portrait de femme.

En quelques années, Lima Lima a, dans des œuvres de street art, réinvesti toutes ses compétences professionnelles de peintre de trompe l’œil. Les fresques sont toutes des défis et de brillantes démonstrations de son talent. La reproduction d’un Vermeer, d’un clair-obscur (le procédé déjà utilisé dans la peintre de la Grèce antique a été de nouveau utilisé à la Renaissance en particulier par Le Caravage), d’un portrait peint dans un camaïeu de bleu, sont d’authentiques prouesses techniques. De plus, il faut savoir que Lucie quittait ses brosses et pinceaux pour la bombe aérosol dont le maniement demande une grande expérience.

Voilà quelques semaines, Lucie a mis en ligne quelques dessins. La précision du trait, son expressivité, sa force sont étonnantes et révèlent un talent déjà maîtrisé par Lucie mais qui ne trouvait pas dans ses grandes fresques les voies et moyens de s’illustrer. Le dessin, le trait, le guillochage des ombres, rendent mieux compte des émotions qui se « lisent » sur les visages. Ces qualités ont été mobilisées à la fin de la semaine dernière pour peindre un portrait au Lavo//matik2. Le portrait tient du dessin et de la peinture. Il est remarquable par son caractère inachevé et son audace graphique. Des branches, des feuilles traversent encore le visage. Elles ont une fonction décorative n’apportant rien au portrait proprement dit. Parions que l’œuvre marque une étape vers un style éminemment personnel, alliant dans une subtile alchimie dessin et peinture. 

Lima Lima3était une professionnelle de la peinture. En quelques années, moins de 5 ans, elle est en passe de devenir une artiste capable d’exprimer ses émotions par des portraits à la beauté hypnotique. Son originalité tient au miel qu’il a su faire de ses savoirs techniques et de son expérience « dans la rue ». Gageons que son talent, tout beau, tout neuf, sera reconnu. Lucie, Lucie comme la lumière, va vite et illumine de beauté nos sombres jours. Je ne laisserai personne dire qu’elle a de la chance ; du travail, encore du travail, la volonté de bien faire, de faire beau.

Et en plus, elle est jeune, charmante et parle avec fièvre de son art. Une haute marche a été franchie ; il y en aura d’autres qu’elle franchira… avec du travail, encore du travail.

 

Peintre en décors//Streetartist//Illustratrice

www.lucielegrand.com

06 88 77 84 60

 

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Richard Tassart


Le lavo//matik est une galerie librairie spécialisée dans les Arts urbains dans le 13ème arrondissement de Paris, 20 boulevard du Général Jean Simon.

Lucie Legrand//Lima Lima

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