Au chevet du patrimoine

C’est officiel ! Le Chef de l’État vient de confier au sympathique Stéphane Bern, l’animateur de Secrets d’Histoiresla délicate et difficile mission d’aider à la sauvegarde de notre Patrimoine en péril.

La lettre de mission présidentielle rendue publique ces derniers jours comporte deux axes principaux : identifier les plus beaux monuments à rénover de notre patrimoine, et à cette fin, surtout, trouver de nouveaux moyens de financement. Devrons-nous aller jusqu’à l’instauration d’un loto ? La question doit être sérieusement posée.

« Je ferai tout ceci bénévolement » a déclaré Stéphane, ami intime d’Emmanuel et de Brigitte, rencontrés tous deux l’été dernier aux bains de mer du Touquet.

Préalablement à toute proposition et afin de démontrer tout le cœur et le sérieux qu’il compte consacrer désormais à cette grande tâche, Stéphane Berncelui que beaucoup d’entre vous considèrent encore – ils changeront probablement d’avis – comme un grand dadais frivole et demi mondain, Stéphane Bern a décidé de convier quelques-uns d’entre nous pour sa première journée de tournée des chefs-d’œuvre en péril.

Non ! Nous n’avons pas commencé cette tournée – elle n’était pas celle des grands-ducs – par le Crazy Horse et ses spectacles d’effeuilleuses. Ni par le 40, rue de Sèvres, siège de la Maison Balenciaga et de la Fondation Kering, où est exposée aujourd’hui une sélection d’œuvres d’art de la Collection Pinault.

Ni non plus, et nous le précisons à l’attention de ceux d’entre vous, parents ou grands-parents, accompagnés de leurs enfants ou petits-enfants, non plus par la visite, impasse de la Renardière, à Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, du Plus Petit Cirque du Monde, et du spectacle de sa compagnie Colokolo.

Non ! À notre très grande surprise, nous voilà arrivés à Châtenay-Malabry, non pas devant sa magnifique église du XIIIe siècle, mais dans le grand hall de l’agence de la CPAM-SS, la Caisse Primaire d’Assurance Maladie, 41, rue de la Justice, où Stéphane a donné rendez-vous à notre petite troupe au grand complet.

La visite peut commencer. La grande fresque de Jean Lurçat, Les Trois Soleilsqui tapisse le mur du grand hall, nous explique Stéphane, les Trois Soleils représentent les trois fondamentaux de ce chef-d’œuvre de notre patrimoine qu’est la Sécurité Sociale : SolidaritéUniversalité et Cotisation.

LaSolidaritédéclare Stéphane le micro à la main, est le sentiment de responsabilité et de dépendance réciproque au sein d’une collectivité humaine. Collectivité où chacun s’oblige moralement et matériellement vis-à-vis des autres.

Les problèmes rencontrés par plusieurs de ses membres sont les problèmes de tous. En vertu de la Solidarité se construit l’Institution selon laquelle, chacun, maladie ou vieillesse, doit bénéficier de la poursuite de son salaire. Bien entendu, dans des formes et des proportions à déterminer.

On ne doit pas, insiste Stéphane, confondre Solidarité et altruisme, ce dernier, par son caractère facultatif, ressortissant plutôt de la charité.

Pour l’Universalitépoursuit Stéphane, désignant le second Soleil de la tapisserie, elle est le caractère de ce qui s’étend à tout et à tous. Nul ne peut et ne doit, quelle que soit sa situation et son revenu, être privé de la prestation, la forme concrète de la Solidarité.

Quant à la Cotisationnotre dernier Soleil, explique enfin Stéphane, sachez-le, elle est une fraction socialisée et différée du Salaire. Collectée sur le lieu de travail de façon régulière par une caisse, l’URSSAF, elle permet de financer la couverture pour chacun, lorsque le besoin en est, et de subvenir à la maladie ou à la vieillesse.

Attention, dans le discours dominant, politique et patronal, la Cotisation est malheureusement le plus souvent appelée « charges », ce qui, insiste Stéphane, est une manipulation idéologique du langage. Parler de « charges »indique qu’elles « pèsent »et que, naturellement, il faut donc les « alléger ». C’est aussi dire que la Protection Sociale est un fardeau. Et de plus, un obstacle à l’embauche. Vous connaissez bien ce discours, a ironisé Stéphane.

Enfin, et j’y insiste, reprend Stéphane, si c’est bien sous cette double forme qu’elle est présentée, cotisation patronale et cotisation salariée, en parler ainsi n’est absolument pas pertinent. La Cotisation n’est rien d’autre qu’une partie du Salaire. Je le redis, une partie socialisée et différée. Il n’y a pas de cotisation patronale à proprement parler. Il y a tout simplement un salaire : en partie direct et individualisé, vous le percevez mensuellement, et en partie différé et socialisé, vous percevez en cas de besoin.

Vous comprendrez ainsi aisément, a poursuivi Stéphane, pourquoi le monde patronal et ses représentants politiques, qu’ils soient de droite ou de gauche, militent et agissent pour la réduction de la Cotisation. Réduire la Cotisation, c’est réduire le Salaire. Réduire la Cotisation et la remplacer par l’impôt pour financer la protection sociale est un artifice dangereux et manipulateur. C’est le rôle de la néfaste CSG (Contribution Sociale Généralisée) qui, vous le remarquerez, ne porte pas le nom de Cotisation.

Quant à l’idée un peu loufoque d’un loto permanent pour remplacer la Cotisation et contribuer à la rénovation de cette magnifique institution, la Sécurité Sociale, je ne la retiens pas non plus.

Info en plus. François Ier instaura la Loterie Nationale en 1539 et Louis XV avait mobilisé cette institution de prélèvement populaire pour faire édifier l’Église Sainte-Geneviève à Paris. Celle-ci, prévue à l’origine pour abriter la châsse de Sainte-Geneviève, fut transformée sous la Révolution Française en Panthéon, monument à la vocation d’honorer les grands personnages de l’Histoire de France. Emmanuel y entrera-t-il ? Il est encore trop tôt pour l’envisager. Mais la question est loin d’être saugrenue, nous a confié secrètement Stéphane.

Sous les applaudissements de notre petit groupe, Stéphane concluait : « Tout doit être fait pour sauver cette magnifique pièce de notre Patrimoine, la Sécurité Sociale et ses Trois Soleils, Solidarité, Universalité et Cotisation. Cotisation, et non pas loto ou CSG. J’expliquerai tout ceci au Président. Il m’écoutera, soyez-en certains, car la chose lui tient grandement à cœur ».

La fin de l’après-midi approchant, nous quittions Châtenay-Malabry pour regagner Paris. Il fallait dire au revoir, au revoir et non adieu à Stéphane. C’est ce que nous fîmes tous avec émotion et dans les plus chaleureuses effusions.

L’effusion désigne la vive et sincère manifestation d’un sentiment d’attachement.

Jean Casanova

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Une réponse à “Au chevet du patrimoine

  1. Curieuse votre chronique…j’avoue n’avoir jamais associé cette figure de nos soirées médiatiques à un esprit militant social! Peur qu’il ne soit déçu, cet homme, en pensant que notre « petit Napoléon » va l’entendre et suivre ses conseils ! Soutien sincère devant une déception annoncée !

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