Jean-Pierre Cosse : Précieuse contribution de Guillaume Ancel a la connaissance de la vérité sur l’Opération turquoise

Le lieutenant-colonel Guillaume Ancel, ancien capitaine dans l’armée française, intervenant le 22 juin 1994, dans l’opération Turquoise, n’est pas seulement un brillant orateur qui a su engager le débat sur le génocide contre les Tutsi du Rwanda. Il a, aussi et surtout, écrit Rwanda, la fin du silence (Les Belles Lettres, 2018) où il dévoile les mensonges de l’histoire officielle de Turquoise.

Du côté des « défenseurs de l’empire », les livres de Jacques Hogard, de Didier Tauzin, de Jean-Claude Lafourcade, reprenant souvent la propagande rwandaise des extrémistes hutu, ont échoué à prouver que l’armée française et les Rwandais étaient victimes d’un complot organisé par le FPR et les Anglo-Saxons. Guillaume Ancel déclare s’exprimer en tant que citoyen français, « dire ce que j’ai vu et ce que j’ai fait, raconter les choses comme elles se sont passées, précise-t-il, sans aucune arrière-pensée ». Après le général Jean Varret (voir article de David Servenay dans Le Monde du16.03.2018), il est le premier officier à chercher scrupuleusement et courageusement la vérité sur ce génocide.

Dans mon livre Alain Juppé et le Rwanda, j’avais souligné que l’objectif de François Mitterrand et d’Alain Juppé, afin de contrôler la région des Grands-Lacs, était de conserver une base d’intervention au Rwanda. Aussi, avec l’opération Turquoise, ils comptaient arrêter l’avancée du FPR pour lui imposer des négociations. C’est là que le témoignage d’Ancel est intéressant. J’ai pu, en effet, constater que ses révélations correspondent exactement au récit du commandant de l’Onu, le général Dallaire (interlocuteur privilégié des chefs de l’expédition), aux propos des historiens (Gérard Prunier, Alison Des Forges), aux analyses des politologues (Jean-François Bayart, Gabriel Périès), enfin, aux observations des journalistes et des chercheurs (Jacques Morel, Laure de Vulpian, Patrick de Saint-Exupéry, David Servenay, Colette Braeckman). Voici plusieurs exemples :

  • L’absence de préparation à la connaissance du terrain Mêmes témoignages du général Lafourcade, du lieutenant-colonel Hogard, de la revue militaire Raid.

  • La volonté d’intervenir sur Kigali, discrètement manifestée, au cours du conseil restreint, par François Mitterrand et Alain Juppé (voir p. 303, Alain Juppé et le Rwanda), est exposée dans les instructions de la troupe. C’est confirmé, le 26 juin, que cette action avait été envisagée, mais que le général Lafourcade, commandant l’intervention, a dû y renoncer. De plus, le 1erjuillet, en tant que guide avancé, assurant le guidage au sol des frappes aériennes, Guillaume Ancel avait reçu l’ordre de stopper la progression des soldats tutsi. L’opération allait commencer en bordure de la forêt de Nyungwe quand, brusquement, un officier fait arrêter, aussitôt, le mouvement. L’auteur précisera qu’un pilote de l’armée de l’air a confirmé la mission et son annulation en vol par le P.C. Jupiter, situé sous l’Elysée. La décision ultime ne pouvait se prendre qu’entre le président et le Premier ministre. François Mitterrand, rappelons-le, aurait voulu intervenir à Kigali pour empêcher la déroute de l’armée rwandaise. Edouard Balladur rejeta cette stratégie, redoutant qu’un engagement contre les ennemis des génocidaires mît la France au ban des nations.

  • Guillaume Ancel confirme aussi l’observation du témoin et acteur principal de Turquoise, le général Dallaire (voir, p. 583, de son livre, J’ai serré la main du diable, éd. Libre Expression) :

les Français n’ont pas désarmé les forces armées rwandaises et les milices. Il constata même que « les militaires français ont livré des armes à ce qui restait de l’armée génocidaire ».

Cet officier français, comme l’adjudant-chef Prungnaud, à Bisesero, a montré que si les soldats français avaient reçu instruction et moyens adéquats, ils auraient donné dignité et vérité à l’opération « Turquoise », qui demeurera dans l’Histoire comme « le sommet de la manipulation humanitaire « (Colette Braeckman). Le mérite de Guillaume Ancel est d’avoir fait avancer le travail de vérité.

Jean-Pierre Cosse, auteur d’Alain Juppé et le Rwanda, et de Génocide des Tutsi, l’Imposture (L’Harmattan, 2014 et 2017)

Lire :

https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2018/01/10/jean-pierre-cosse-limposture-dalain-juppe-lors-du-genocide-des-tutsi-du-rwanda-1993-1994/

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