Réponse à Monsieur Louis Aliot sur la dangerosité des mineurs Arabes et Noirs africains présents à Perpignan et en situation irrégulière.

Dans un récent entretien, obtenu par Made in Perpignan, Monsieur Aliot, maire, signale comme source essentielle et actuelle de désordres les migrants mineurs en situation irrégulière d’origines maghrébine, c’est-à-dire des Arabes, et sub-saharienne, c’est-à-dire des Noirs africains, évidemment majoritairement musulmans. L’édile frontiste a saisi le danger : pour sa ville bien sûr mais encore pour le département si coûteusement engagé dans l’action vers les mineurs, dit-il. La venue du Président Macron à la frontière du Perthus où il préconisa un renforcement de la lutte contre « la concentration et l’intrication de réseaux »autour de cet espace frontalier conforte l’analyse de Monsieur Aliot, qui, lui parlant trois minutes, suggère que ce souci de l’invasion était partagé.

Pour avoir projeté avec Jean Castex, alors en fin de magistrature pradéenne, et Michel Wieviorka, conseiller sciences humaines du Président, l’organisation, en médiathèque, de conférences après la sortie en mai dernier aux éditions Trabucaire, d’un livre co-écrit par 16 chercheurs du pourtour nord méditerranéen sous ma direction, je sais quels sont ces « réseaux » : ils n’incluent certainement pas les mineurs errants, fussent-ils Arabes, Noirs africains et musulmans.

– Réseaux de la « mondialisation par le bas » transportant et vendant à petits prix (-65%) surtout de l’électronique du Sud Est asiatique (Indonésie, Hong Kong, Taïwan, Japon, Corée du Sud) passée en « free tax » par les Émirats en dehors des grandes villes, directement dans les « ghettos urbains ». Les capitales de ces 200 000 circulants, Afghans, Géorgiens, Ukrainiens, Balkaniques, Marocains…·sont des villes moyennes, dont Perpignan, riches en milieux cosmopolites. Leurs partenaires sédentaires se comptent autour d’un million de personnes, et leur chiffre d’affaires est proche de six milliards d’euros par an. « Poor to poor », « entre pauvres pour les pauvres » dit-on dans la recherche internationale (carte 1).

Carte 1. Le « territoire circulatoire « euro-méditerranéen de la mondialisation entre pauvres » depuis 2004. Reventes de produits « made in SEA, passed by Hong Kong and Dubaï ». Les réseaux criminels intègreront, dès 2006,
ce territoire circulatoire voir carte 2.

– Réseaux des trafics de femmes et de drogues opiacées pour les « puticlubs » du Levant espagnol. En juillet 2005 la Generalitat de Catalunya organisa à Barcelone le 13ème Congrès des Polices Démocratiques et me confia l’allocution d’ouverture : j’eus alors l’occasion de connaître nombre de commissaires territoriaux, sortes de Préfets de police liés à l’Audiencia madrilène et « surveillants » des ‘puticlubs’ licites. Je commençai en 2006, avec sept d’entre eux, une enquête jusqu’en 2013, auprès de 120¿clubs prostitutionnels de Grande Catalogne (d’Alicante à Lleida et La Jonquera). Plus de 10 000 femmes d’origines balkaniques travaillaient de quatre à six ans en club prostitutionnel avant de résider dans la péninsule ou de migrer vers les nations européennes permissives, ou encore de retourner dans leurs régions d’origine, entretenant un flux constant de « remplaçantes ». De 2007 à 2018, ce flux est estimé à environ 47 000 femmes. Parmi elles nous comptons des informatrices précieuses sur les réseaux criminels : elles acceptèrent ma présence dans une ONG albanaise qui en rassemble plusieurs centaines et me permet des liens Skype pour actualiser mes enquêtes … La Jonquera est une sorte de centralité et agrège aux réseaux criminels russo-ukrainiens et italiens, les logistiques de camionneurs internationaux (plus de 3000 stoppent chaque jour à la Jonquera), surtout « travailleurs détachés » des Balkans.

Trois « espaces de mœurs transfrontaliers » (carte 2) permettent de comprendre les présences des formations criminelles :

-1- mer Noire, sous emprise de la mafia russo-ukrainienne du Dniepr, intégration des femmes balkaniques dans le territoire circulatoire vers l’Espagne, accompagnées de Géorgiens.

-2- mer Adriatique, sous contrôle de la mafia des Pouilles et d’Albanie, Sacra Corona Unita, et de celle de Calabre, ‘nangrehta. Des hommes de main Géorgiens et Albanais encadrent les femmes et les drogues opiacées.

-3- Enfin frontière catalane franco-espagnole, conquise par les trois mafias précitées : espace de mœurs transfrontalier de Perpignan à Sitges, centralité homosexuelle, et Andorre, centralité financière, avec La Jonquera, centralité prostitutionnelle féminine. La Camorra napolitaine et ses réseaux marseillais, traditionnels fournisseurs de femmes et de drogues, sont expulsés.

Carte 2. Les 3 « espaces de mœurs transfrontaliers » et la « route en pointillés » de ghetto urbain à ghetto urbain …

L’omerta politique, liée au clientélisme de Catalogne Nord, ou Pyrénées Orientales, sur ces données de la recherche publique, masque l’omerta criminelle des nouvelles formations mafieuses. Le prix fort de cette occultation est payé par les adolescent-e-s perpignanais-e-s les plus fragiles qui intègrent les filières prostitutionnelles espagnoles.

– en effet des enquêtes annuelles menées avec des étudiants anthropologues et sociologues barcelonais et toulousains (stage méthodologique de 1ère année de thèse, soit bac +6) de 2013 à 2019 dans les lieux de prostitution clandestine des mineurs, garçons et filles, et jeunes majeurs, nous a permis de compter à Perpignan :

– de 156 jeunes en 2014 à 183 en 2019, dont 75 puis 94 issus du département et 83 placés ou ex-placés sous responsabilité de l’ASE. Parmi ces derniers et dernières, 53 ont intégré par La Jonquera les filières prostitutionnelles espagnoles en 2018. Enfin 18 garçons (pas de filles) Maghrébins en situation irrégulière s’ajoutent aux 94 jeunes issus du département.

Voilà des enquêtes approuvées en 2014 par le CNRS et le Préfet des P.O. Les recherches ici mentionnées ont été soutenues par l’OFDT (Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies), l’IHESJ (Institut des Hautes Études en Sécurité et Justice), le Plan Urbain (PUCA), la DREES-MIRE (Ministère des Affaires Sociales), le labex SMS (laboratoire d’excellence Structuration des Mondes Sociaux, Université Fédérale de Toulouse). Le CERTOP (Centre d’Études et de Recherches Travail, Organisation et Politique, CNRS et Toulouse 2 et 3) accueille la poursuite de ces travaux. Enfin nous devons dire combien nous sommes redevable, pour la compréhension des fonctions économiques et sociales de ce département des travaux de David Giband, de Nicolas Lebourg, d’Henry Solans, de Nicolas Marty, de Raymond Sala, de Joan Becat, de Louis Assier-Andrieu, de Martine Arino et de son maître le Pr Marty, de Dominique Sistach, de l’humaniste ancien Maire Jean-Paul Alduy et ses réflexions sur l’archipel populaire perpignanais, et d’autres encore dont on trouvera référence dans mes 24 livres consacrés, de 1987 à aujourd’hui, aux analyses précédentes.

Les confinements consécutifs à la pandémie du coronavirus ont encore accru l’efficacité logistique de ces formations criminelles : les ports secondaires des Balkans, d’Italie, de France et d’Espagne ont accueilli plus de containers, les camionneurs sous TIR à la Jonquera ont chargé et déchargé plus de femmes…

Nul doute que Monsieur le Maire de Perpignan hiérarchisera les mineurs Arabes et Noirs africains musulmans, à leur place de petit arbre cachant l’immense forêt des réseaux et trafics criminels particulièrement présents et intriqués dans le si proche espace transfrontalier, comme le disait le Président Macron. Nul doute qu’il ré-évaluera ses avis sur l’efficience de ses nouveaux proches du Conseil Départemental et de son ASE …

Alain Tarrius, Professeur émérite de l’Université Toulouse 2 Jean Jaurès, membre du laboratoire CNRS-CERTOP et du Réseau Migrinter. (… résident à Prades 66500).


Article paru précédemment sur Made in Perpignan, sous le titre : Les réseaux et mafias de la frontière catalane franco-espagnole

https://madeinperpignan.com/les-reseaux-et-mafias-de-la-frontiere-catalane-franco-espagnole/

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

Une réflexion sur « Réponse à Monsieur Louis Aliot sur la dangerosité des mineurs Arabes et Noirs africains présents à Perpignan et en situation irrégulière. »

  1. Communiqué du RAAR
    Rassemblement national : la faute grave de Serge et Beate Klarsfeld

    En choisissant de se faire décorer par Louis Aliot, maire RN de Perpignan et candidat à la présidence de ce parti, mais aussi ancien directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen, Serge et Beate Klarsfeld tournent le dos à leur combat contre l’extrême-droite et sèment la confusion.
    Serge Klarsfeld aggrave encore la portée de son geste en apportant son soutien à Aliot dans la compétition interne au RN face à Jordan Bardella.
    Son prestige immense et mérité favorise ainsi le discours de « normalisation » de Louis Aliot et donc de Marine Le Pen, dont le maire de Perpignan se réclame constamment et dont il promeut la candidature pour la présidentielle de 2027.
    Or la cheffe du RN vient encore de démontrer à propos de la tragique affaire Lola, qu’elle n’a absolumen t pas changé d’orientation. L’agitation raciste reste son principal axe de propagande, comme Serge et Beate Klarsfeld eux-mêmes l’analysaient encore récemment
    En effet, lors de l’élection présidentielle d’avril 2022 Serge et Beate Klarsfeld signaient une déclaration s’opposant frontalement à Marine Le Pen
    Celle-ci proclamait fort justement «Non à Le Pen, fille du racisme et de l’antisémitisme» et rappelait la continuité de son parti
    La déclaration concluait : «Si elle l’emportait, elle appliquerait un programme d’exclusion, sans rapport avec les attentes sociales légitimes que nos concitoyens expriment et qu’elle prétend comprendre. Ne nous laissons pas tromper : elle n’a pas changé !»
    Serge Klarsfeld s’était également engagé dans le combat contre Eric Zemmour, à travers de nombreuses tribunes et déclarations liant la défense de Pétain à des mesures extrêmes contre les populations issues de l’immigration.
    Afin de justifier son brusque tournant, Klarsfeld cherche à démontrer que Marine Le Pen, cheffe incontestée du RN, a elle aussi évolué positivement. Ainsi déclare-t-il dans un entretien avec Libération : Marine Le Pen a pris position l’an dernier et cette année encore sur le Vél d’Hiv. J’ai dit publiquement que c’était “un pas en avant”
    Or Marine Le Pen a au contraire déclaré lors de la campagne présidentielle de 2017 « Je pense que la France n’est pas responsable du Vél’ d’Hiv » ajoutant :
    « … La France a été malmenée dans les esprits depuis des années. En réalité, on a appris à nos enfants qu’ils avaient toutes les raisons de la critiquer. Je veux qu’ils soient à nouveau fiers d’être Français.
    A condition que la France rompe avec le sentiment que nos dirigeants ont mis en place une politique qui vise à avantager les autres plutôt que les nôtres »
    Ainsi c’est le souvenir du nazisme et de la collaboration qui expliquerait la difficulté à faire passer l’orientation de la « préférence nationale ». Pour elle, comme pour tous les dirigeants fascistes, antisémitisme, négationnisme et racisme anti-immigrés sont intimement liés.
    Aliot lui-même défend fermement la « préférence nationale » qui constitue le noyau dur de l’idéologie xénophobe du RN. Quant au Grand remplacement » il n’en rejette pas le principe mais considère dans ses déclarations à l’Opinion qu’il donne une mauvaise image de l’extrême-droite car il «inquiète plus qu’il ne rassure et entraîne inexorablement à la défaite, voire à la violence aveugle».
    On ne peut donc que condamner le blanc-seing délivré par Serge et Beate Klarsfeld à Aliot dont ils disent « il n’y a pas grand-chose à y redire du point de vue républicain. C’est courageux de sa part.»
    Nous n’oublions pas que Aliot a été directeur de cabinet de Jean Marie Le Pen de janvier 1999 à septembre 2000 donc après le « détail des chambres à gaz » de 1987 et également coordinateur de la campagne présidentielle de ce dernier en 2002. D’ailleurs en août 2015, en tant que mem bre du comité exécutif du parti, il se prononça contre l’exclusion de Jean-Marie Le Pen du Front national. Il indiquait alors qu’il se « voyait mal » écarter celui avec qui il était « entré en politique »
    Très récemment, le 22 septembre 2022, Aliot a fait voter par le Conseil municipal la dénomination d’une esplanade de Perpignan au nom du député Front National des Pyrénées-Orientales et ancien cadre de l’OAS, organisation terroriste responsable de milliers de morts par ses attentats en métropole et dans les territoires algériens.
    Les raisons du tournant de Serge et Beate Klarsfeld, lequel constitue un coup de poignard porté à la lutte contre l’antisémitisme et le racisme, semblent relever d’un sentiment de panique à la pensée d’une victoire future du RN lors de la prochaine élection présidentielle et face à la présence dès maintenant de 89 députés de ce parti. Ils estiment dès lors nécessaire d’intervenir au sein même du RN et d’apporter un soutien explicite au protagoniste qui leur semble le moins extrémiste.
    Le RAAR appelle à poursuivre le combat contre le RN et ses idées, dans la continuité du combat qu’ont mené Serge et Beate Klarsfeld, pour le jugement des responsables de la Shoah et des autres génocides, contre l’impunité des antisémites et autres racistes quels qu’ils soient, contre l’extrême-droite sous toutes ses versions, y compris celles les plus attachées à dissimuler tactiquement leur véritable nature.
    Il n’a pas de pactisation possible avec une quelconque aile ou fraction du RN.
    Ceux qui prétendent dé fendre des positions « républicaines » ne peuvent le prouver qu’en quittant ce parti, qui porte la continuité des fascistes et anciens SS qui l’ont fondé il y a 50 ans, ainsi que celle de la torture en Algérie et celle de l’antisémitisme acharné symbolisé par les chambres à gaz, « point de détail » de la 2e guerre mondiale.
    C’est pourquoi nous rejetons la tentation gravissime de Serge et Beate Klarsfeld et les appelons à revenir au combat contre l’extrême-droite raciste et antisémite, toujours aussi malfaisante.
    —–
    Beate et Serge Klarsfeld en pleine dérive.
    Mais que diable sont-ils allés faire sur ce terrain miné aux relents brunâtres. N’ont-ils pas assez amassé de médailles et de récompenses pour aller chercher celle de la ville de Perpignan ? Pourquoi vouloir interférer dans le choix des adhérents du R-Haine, d’où ne cessent de déborder l’antisémitisme, pour l’élection de leur nouveau président ? Un président qui ne sera, de toute façon, qu’une potiche aux ordres de la seule cheffe qui vaille dans cette formation purement verticale où le culte du chef (et de la famille) est indépassable.
    Pourquoi couvrir de respectabilité le maire R-Haine de Perpignan, un xénophobe convaincu ? Celui qui brosse dans le sens du poil les nostalgiques les plus ultras de l’Algérie française ?
    Louis Aliot, qui s’affirme gaulliste et déclare avoir de nombreux amis juifs (une garantie en béton !), a décidé de rebaptiser une place de « sa » ville au nom de Pierre Sergent, un parmi les pires factieux de l’OAS qui ont tenté par tous les moyens de régler son compte au grand Charles. Un des historiques ayant participé à la création du F-Haine aux côtés d’une cohorte de pétainistes, de collabos, d’anciens de la LVF et d’un Waffen-SS, tous antisémites fanatiques.
    Certes, les époux Klarsfeld n’ont jamais été des progressistes. Ils ont toujours été du côté du manche, en France comme en Israël, mais de là à aller se vautrer dans la prétendue dédiabolisation du F-Haine/R-Haine et de s’en faire les hérauts…
    La chasse aux Musulmans, qui préoccupe matin, midi et soir toutes les engeances de l’extrême droite – R-Haine compris – et d’une grande partie de la droite qui continue cependant de s’affirmer républicaine, a remplacé la chasse aux Juifs durant l’entre-deux guerres. Pourtant, sur ce « grand remplacement » de la haine et du racisme, on n’a jamais entendu un seul mot de la part de ce couple intransigeant.
    Peut-être faut-il voir dans ce véritable naufrage – au sens où l’entendait le grand Charles, quand il évoquait la vieillesse de Pétain – la permanence d’un fantasme redoutable et catastrophique du « moindre mal ». Cette tragique illusion de « limiter la casse » dans l’ordre et la discipline, déjà pratiquée lorsque des notables de la communauté juive acceptèrent de collaborer avec les nazis, du temps de l’UGIF1. Une communauté forcément irréprochable. On en connaît les résultats : si près de 80 % des Juifs en France échappèrent au pire, plus des trois-quarts des victimes des déportations raciales sans retour, entre 1942 et 1944, furent des Juifs immigrés.
    Philippe Rajsfus, le 17 octobre 2022
    https://ujfp.org/beate-et-serge-klarsfeld-en-pleine-derive/

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