Éric Zemmour, la haine de soi au service de l’extrême droite (plus autres textes)

  • Jean-Loup Amselle : Éric Zemmour, la haine de soi au service de l’extrême droite
  • Abdelaliz Durand : Lettre à Eric Zemmour
  • Abdelaliz Durand : 2ème lettre à Eric Zemmour
  • Nous devons combattre la propagande antisémite de Zemmour
  • Campagne d’Eric Zemmour : un masculiniste revendiqué prétendant à l’Elysée ?
  • Martine Storti : Éric Zemmour ou l’antiféminisme obsessionnel
  • Contre Éric Zemmour en France comme en Arménie
  • Abdelaliz Durand : 3ème lettre à Eric Zemmour
  • Jacques Fath : Une montée fasciste… réalité politique en France
  • Hugues Le Paige : Qui vit par les médias, périra par les médias…
  • Meeting d’Éric Zemmour : des violences inacceptables qui menacent le droit d’informer
  • Matthieu Pincemaille : L’utilisation du mot « traître » chez E. Zemmour : révélateur d’imaginaire politique
  • Abdelaliz Durand : 4ème lettre à Eric Zemmour


La période actuelle est fréquemment comparée aux années 1930 et à la situation qui prévalait dans l’entre deux guerres, période qui a vu fleurir l’extrême droite. Pourtant une différence essentielle oppose ces deux séquences temporelles. En effet les idées d’extrême droite des années 1930 étaient défendues exclusivement par des membres du groupe dominant, les discriminés, non seulement, ne participant en aucune manière à la diffusion d’une idéologie raciste mais étant au contraire les premières victimes de ces campagnes nauséabondes. Un seul exemple illustre bien les différences avec la période actuelle : le sobriquet infâme de Léon Karfunkelstein dont Léon Blum avait été affublé par l’extrême droite et destiné à lui dénier sa qualité de citoyen français en le renvoyant à une extranéité imaginaire.

À l’inverse, ce qui frappe actuellement c’est l’adhésion de certains discriminés à une idéologie d’extrême droite d’inspiration raciste. Certes la vieille droite antisémite continue de sévir avec des personnages comme Renaud Camus, mais au sein de cette mouvance interviennent également des acteurs que l’on ne se serait pas attendus à y trouver.

Il est surprenant à cet égard que ceux qui ont critiqué les idées d’Éric Zemmour aient omis de rapprocher son profil de celui de Dieudonné. Pourtant, tous deux sont issus de groupes discriminés, tous deux sont proches de l’extrême droite et en particulier de Jean-Marie Le Pen, voire de Marion Maréchal pour Éric Zemmour, tous deux sont à des titres divers antisémites ou proches des thèses antisémites.

Dieudonné est ce que l’on pourrait appeler le représentant, pour paraphraser August Bebel, d’un anti-impérialisme des imbéciles qui a transféré sa critique justifiée de la France coloniale en un antisémitisme reposant sur le principe du « deux poids-deux mesures ». Dans une veine désormais classique, il s’est étonné du crédit accordé à la commémoration de la Shoah comparée à l’oubli manifesté par la France à l’égard de ses crimes coloniaux.

Éric Zemmour bien qu’étant le fils d’une famille de juifs immigrés originaires d’Algérie, se définit comme un « Français d’origine berbère », voire un «  Français de branche » (sic) tout en occultant son appartenance au judaïsme. Cette occultation aurait dû surprendre les analystes de sa pensée, et même inquiéter les organisations juives mais il n’en a rien été. Au contraire, Jean-Marie Le Pen loue sa qualité de juif qui selon lui est une façon d’échapper aux idées qu’il défend lui-même sans être taxé de fasciste ou de nazi.

De « Berbère juif », pour reprendre le titre de l’ouvrage de Julien Cohen-Lacassagne (1), Éric Zemmour dont la famille a été naturalisée par le décret Crémieux (1870), est donc devenu un Français d’origine berbère ou un Français de branche. Mais quelle que soit l’identité qu’il s’attribue, on a le sentiment que cette identité est fragile, peut-être parce qu’elle a été retirée aux juifs français d’Algérie par le régime de Pétain, régime que paradoxalement il porte aux nues en lui accordant le rôle de sauveteur des juifs français.

Un raté de l’assimilation
Ce sentiment de fragilité par rapport à son appartenance à la nationalité française a sans doute conduit Éric Zemmour a surinvestir l’identité française en lui faisant gommer l’origine immigrée de sa famille et la proximité culturelle sinon religieuse qui pouvait exister entre celle-ci et les Algériens musulmans. Ayant quitté l’Algérie, sa famille a donné naissance en France à un rejeton qui a été amené à vivre dans un pays où vivent désormais de nombreux Français musulmans d’origine maghrébine. Il semble vivre cette situation comme la répétition d’une histoire : celle d’un encerclement qui l’empêche de vivre pleinement sa participation à l’identité française. D’où son adhésion à la thèse du « grand remplacement », c’est-à-dire précisément celle d’une perte d’identité.

« Plus français que moi tu meurs », telle est la devise implicite que jette Zemmour à la face des autres Français coupables selon lui de laisser dissoudre leur identité dans une culture étrangère, celle de l’islam. En réalité, le parcours idéologique d’Éric Zemmour est celui d’une quête tragique manifestant l’impossibilité pour lui de se sentir pleinement Français, d’adhérer pleinement à une « essence française » sans s’opposer à l’islam. Ce n’est qu’en refoulant totalement son origine, en pratiquant la « haine de soi » et en se distinguant radicalement de ceux qui ont la même origine que lui, et dont il est le plus proche, qu’il peut avoir l’illusion d’une adhésion intemporelle à l’ethnicité française. Il y a quelque chose de pathétique chez Zemmour, en tant qu’il est paradoxalement un raté de l’assimilation, tout comme il est également en quelque sorte un raté de la promotion sociale puisqu’il échoué deux fois au concours de l’ENA.

Ses diverses provocations contre l’islam, contre les femmes ou en faveur de la colonisation et du régime de Vichy ne sont d’une certaine manière que des formes de revanche sur son impossibilité à être ce qu’il aurait sans doute voulu être : un membre de la « noblesse d’Etat » pour reprendre l’expression de P. Bourdieu. Zemmour est en quelque sorte un « parvenu » de l’identité, qui a refoulé tous ses échecs et les a transformés et magnifiés en en offrant une figure grimaçante, celle d’un fascisme à la française. Il y a certainement, chez Zemmour, comme chez tous ce genre de personnages, un aspect pathologique qui rappelle à certains égards d’autres figures des époques passées. Mais notre époque a ceci de particulier que les idées d’extrême-droite ne sont plus défendues uniquement par ceux qui s’estiment être les détenteurs légitimes du capital culturel mais aussi par ceux que la machine étatique n’a pas véritablement réussi à assimiler. En ce sens, le cas Zemmour manifeste bien les faiblesses du modèle français de l’assimilation.

(1) Julien Cohen-Lacassagne, Berbères juifs. L’émergence du monothéisme en Afrique du nord, La Fabrique, 2020.

Jean-Loup Amselle

https://www.politis.fr/articles/2021/10/eric-zemmour-la-haine-de-soi-au-service-de-lextreme-droite-43645/


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Lettre à Eric Zemmour

M. Zemmour, vous êtes d’origine juive berbère et personne ne saurait vous le reprocher, car on ne choisit pas ses origines. « Malheureusement », pourriez-vous dire, car il aurait été plus simple pour vous de vous appeler Dupont ou Martin. Mais pourquoi alors, vous qui ne voulez pas que les parents appellent leur fils Mohamed, ne pas avoir francisé votre nom et vous être appelé M. Olivier ? C’est joli, Olivier, non ?

A moins que vous ne trouviez que c’est un mot trop chargé de symboles de paix.

En tout cas, ce ne serait pas trahir votre nom puisque « zemmour » signifie « olivier » en tamazight, la langue de vos aïeux.

M. Zemmour, vous êtes un réactionnaire assumé, au sens propre du terme, c’est-à-dire que vous aimeriez que la France revienne à ce qu’elle était vers la moitié du 19ème siècle où les femmes restaient au foyer et soumises à leurs pères ou leurs maris, où il n’y avait pas encore d’Arabes et de Noirs pour commettre crimes et délits, où la grandeur impériale rayonnait sur une bonne partie du monde, où notre armée était respectée et faisait fléchir les peuples indigènes, comme en Algérie, la terre de vos ancêtres.

M. Zemmour, vous êtes un névrotique qui a refoulé au plus profond de lui-même qu’il est un lointain enfant de cette immigration que vous vomissez à longueur de temps dans vos obsessionnelles diatribes télévisuelles. Vos dithyrambiques envolées pour la Nation française ne viseraient-elles pas à camoufler la maghrebité qui est en vous ?

M. Zemmour, vous n’êtes guère original, car vous restez dans la bonne vieille tradition d’une certaine droite française, fidèle aux valeurs d’ordre et d’autorité, en ayant le culte du chef, de Napoléon Bonaparte à de Gaulle. Car vous vous dites aussi gaulliste ou gaullien et votre républicanisme cache mal votre goût pour une monarchie éclairée par les Lumières d’un Voltaire s’accommodant avec les largesses d’un roi de Prusse.

Ah ! M. Zemmour, quel grand laïc vous êtes ! On ne saurait vous prendre en défaut sur ce plan-là. Sauf que vous avez mal lu la loi de 1905 (rassurez-vous, vous n’êtes pas le seul) et que vous n’avez retenu des débats de l’époque que la conception du « petit père » Combes et pas celle, finalement victorieuse, d’Aristide Briand et de Jaurès. Quel dommage ! Cela vous éviterait peut-être d’être en contradiction avec vous-même sur votre conception de la condition féminine en général et de votre vision de la place des femmes musulmanes.

M. Zemmour, vous ne vous exprimez guère sur les questions sociales et économiques. Peut-être considérez-vous que ce sont des questions bassement terre à terre et que votre hauteur de vue sur le monde ne doit pas vous laisser aller jusqu’à donner votre avis sur le montant du SMIC, la durée du temps de travail ou l’âge de départ à la retraite. Si l’on comprend bien votre logiciel intérieur, vous devez être plutôt pour la suppression des syndicats, la pleine liberté d’entreprendre, la suppression du salaire minimum, le moins de règlementations entravant la marche des affaires…. Autrement dit, le renard libre dans un poulailler libre et que les meilleures des poules échappent au prédateur.

Oui, M. Zemmour, que voilà une saine philosophie ! Si les meilleurs gagnent, nous serons, selon vous, enfin débarrassés de toutes ces familles parasites qui vivent sur nos impôts, de tous ces délinquants qui détruisent nos belles cités de banlieue, de tous ces jeunes qui ne méritent que des coups de pieds au cul.

Mais, alors, M. Zemmour, qui va alors repasser votre belle chemise blanche et cirer vos belles chaussures vernies ? Ah, c’est vrai, j’oubliais… vous avez certainement une épouse pour le faire… à moins que ce soit une bonne d’origine maghrébine !

Abdelaliz Durand

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2ème lettre à Eric Zemmour

M. Zemmour, qu’il était doux le temps de la France de Vichy des années 40. C’est dommage que vous ne l’ayez pas connu… Vous auriez peut-être pu aller jouer avec vos petits camarades dans la cour du camp de rassemblement de la belle banlieue de Drancy, partir voyager en train gratuitement, grâce au bon Maréchal Pétain, et faire un camp de jeunesse dans la verte Bavière. Ce brave maréchal qui aimait tant les juifs français qu’il leur a attribué un statut spécial, pour bien les distinguer des autres Français.

Mais vous auriez peut-être préféré vivre, comme vos ancêtres, en Algérie avant 1870 et goûter la joie de devenir Français grâce au décret Crémieux alors que les Arabes et Berbères musulmans n’en bénéficiaient pas. Quelle fierté cela a dû être pour vos grands parents de s’élever à cette dignité alors que rien ne les distinguait, ethniquement et linguistiquement, des Kabyles, des Chaouias et autres Chenouas. La raison de cette distinction ne vous a-t-elle jamais effleuré l’esprit ? Pourquoi le colonisateur français que vous défendez avec tant d’acharnement a-t-il créé cette division au sein d’un même peuple ? Et n’allez pas nous dire que c’était par amour pour le judaïsme, en ces temps où fleurissait l’antisémitisme. D’ailleurs, il y a fort à parier que vous n’avez que faire de cette religion.

M. Zemmour, vous n’êtes pas gêné pour dire que votre identité française remonte à Louis XIV et même à Jeanne d’Arc. Et pourquoi pas remonter jusqu’aux Gaulois ? Pourquoi vous dont les aïeux sont devenus Français seulement à partir de 1870, ne dites-vous rien de ces romanichels (voleurs de poules, selon vous) venus on ne sait d’où, et qui sont Français depuis bien plus longtemps ?

Ah ! M. Zemmour, vous avez de bien étranges propos qui collent mal avec ce que vous êtes.

On raconte (mais ce sont probablement de mauvaises langues) qu’un jour, en vous regardant dans une glace, vous avez subitement réalisé que vous aviez une gueule de métèque et que vous avez voulu vous précipiter sous un train. Ne serait-ce pas là, la raison profonde de votre nationalisme et de votre anti-islamisme ? Un refus rageur de ne pas reconnaître que, malgré l’assimilation dont vous vous revendiquez et que vous prônez, vous ne pourrez jamais vous débarrasser de ce qui vous colle à la peau : une rage de ne pas pouvoir ressembler à un gros Bourguignon rougeot et catholique.

Non, M. Zemmour, désolé, mais vous resterez toujours, aux yeux même de l’extrême droite, un « juif berbère ». Vous avez beau lui donner des gages, vous restez coincé dans votre contradiction interne.

Alors, vous êtes condamné à la distinction : distinction des autres Berbères d’Algérie par la colonisation, distinction des autres Français par le régime vichyste, distinction par l’antisémitisme avec lequel vous entretenez de bien étranges relations par vos convictions maurrassiennes : Dreyfus aurait été condamné plus parce qu’il était « Allemand » que parce qu’il était juif, avez-vous soutenu.

M. Zemmour, vous devriez aller vous reposer pendant quelques semaines, voire quelques mois, pour vous éviter le burn-out. Ne courrez plus de meetings en plateaux de télé, allez donc méditer, par exemple dans un monastère ou dans une yechiva, pour mieux comprendre votre judaïcité, votre berbérité, votre francité et peut-être votre christianité. Tout cela fait désordre et trouble une France que vous prétendez vouloir défendre.

Votre serviteur qui s’y connait en croisement de cultures.

Abdelaziz Durand

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Nous devons combattre la propagande antisémite de Zemmour

Le patronyme de Zemmour ne nous intéresse pas, contrairement à Jean-Marie le Pen, qui lance, goguenard : « La seule différence entre Éric et moi, c’est qu’il est juif, Il est difficile de le qualifier de nazi ou de fasciste. Cela lui donne une plus grande liberté. » Zemmour est un fasciste. Depuis des années, il répand les idées de l’extrême droite, qui porte en elle le racisme et l’antisémitisme comme les nuages la pluie. 

Dès 2014, dans Le suicide français, il tente de réhabiliter Vichy et Pétain, qui auraient contribué à « sauver » des Juifs français. Cette illustration de sa « préférence nationale » fut la ligne de défense de Pétain à son procès. Les historiens ont démonté ce mensonge. Mais, au-delà, demeure l’obscénité de ce débat, qui occulte l’horreur génocidaire. Car on ne peut discuter tranquillement de la « légitimité » d’envoyer à la mort des enfants et leurs parents, quelles que soient leurs origines.

Depuis, Zemmour a continué de recycler et d’amplifier les attaques antisémites de l’extrême droite : suspicion quant à l’innocence du capitaine Dreyfus, défense de l’attitude de Papon pendant l’Occupation et dénonciation de son procès ; critique de la loi Pleven de 1972, qui pénalise racisme et antisémitisme et de la loi Gayssot contre le négationnisme de la Shoah ; rejet du discours du Vel d’Hiv de Jacques Chirac, reconnaissant en 1995 la responsabilité de l’État français dans la déportation des Juifs.

Dans son livre Destin Français (titre emprunté à l’opuscule de Doriot paru en 1943, « Le destin français »), Zemmour écrit à propos du mot « Shoah », inspiré du film de Lanzmann : « Un mot hébreu à la place d’un vocable français, pour mieux enraciner le caractère à la fois unique et juif du génocide qui devint un élément central – parfois obsessionnel – de la psyché juive, faisant des Juifs français une caste d’intouchables, et du génocide la nouvelle religion obligatoire d’un pays déchristianisé ». 

Il poursuit en stigmatisant une « communauté juive » fonctionnant comme un « lobby » « sous l’égide de la finance américaine, soudée derrière un État étranger, faisant bloc pour défendre ses intérêts, et suffisamment puissante pour faire céder l’État ». Ces mots sont ceux de l’antisémitisme, quels que soient ses locuteurs.

Dans son dernier livre, Zemmour n’hésite pas à s’en prendre aux victimes de Mohammed Merah, les familles Monsonego et Sandler :

« La famille de Mohamed Merah a demandé à l’enterrer sur la terre de ses ancêtres en Algérie, on a su aussi que les enfants juifs assassinés devant l’école confessionnelle à Toulouse seraient eux enterrés en Israël. Les anthropologues nous ont enseigné qu’on était du pays où on est enterré. Assassins ou innocents, bourreaux ou victimes, ennemis ou amis, ils voulaient bien vivre en France, faire de la garbure en France ou autre chose, mais pour ce qui est de laisser leurs os, ils ne choisissaient surtout pas la France, étrangers avant tout, et voulant le rester par-delà la mort ». Au fond, dit Zemmour, le massacre de Toulouse implique des populations qui, « assassins ou innocents », ne sont pas de chez nous et cette affaire ne concerne pas les « vrais Français ». 

L’alliance entre la haine et la « loi du marché » des médias a promu des Dieudonné, Soral, Ramadan, et Zemmour. Unis dans la haine de l’Autre. On se souvient que Zemmour soutint la « liberté d’expression » de Dieudonné contre « la gauche et ses élites politiques qui ont fait de la Shoah la religion suprême de la République »… De même qu’il envoya des mots doux à Ramadan : « J’aime nos débats francs et virils comme des matchs de foot. Amitiés. Embrassade ». Il jeta le doute sur les accusations de viol à son encontre, considérant l’argument de « l’emprise » comme une « trouvaille des féministes pour criminaliser l’homme, bourreau éternel ».

La stigmatisation permanente et violente des musulmans, des réfugiés, des mineurs étrangers isolés, des « jeunes des banlieues », la misogynie, l’homophobie, n’ont guère refroidi ceux, nombreux à droite, qui ne lui reprochent au fond que l’outrance de sa parole. 

Le « Grand Remplacement », théorisé par Renaud Camus et qui fut pour l’assassin de Christchurch un permis de tuer, constitue un thème largement partagé par la droite identitaire. 

Si certains reprennent aujourd’hui le credo de « l’identité nationale »et du « refus de la repentance » pour l’esclavage et la colonisation, peut-on oublier que cet argument fut de tout temps celui de l’extrême droite ? Qu’il se déploya d’abord contre la mémoire de la Shoah, accusée de faire de l’ombre au roman national ? 

La propagande de Zemmour justifie le combat du Réseau d’actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes (RAAR), dont l’engagement est d’affronter l’antisémitisme d’où qu’il vienne, en l’inscrivant dans la lutte contre tous les racismes.

Nous appelons à une mobilisation contre la propagande raciste et antisémite de Zemmour et du Rassemblement national. Nul ne peut esquiver ce combat fondamental.

Signataires : 

Albert Herszkowicz
Brigitte Stora
Robert Hirsch
Philippe Corcuff
Memphis Krickeberg
Jacques Lewkowicz
Claudie Freydefont
Daniel Aptekier-Gieliebter
Jonas Pardo
Sarah Finkel
Philippe Campos
Léa Cohen
Philippe Chamek
Nicolas Dessaux
Danielle Taranto, membres du Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes (RAAR)

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/031121/nous-devons-combattre-la-propagande-antisemite-de-zemmour

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Campagne d’Eric Zemmour :
un masculiniste revendiqué prétendant à l’Elysée ?

La déclaration de candidature d’Eric Zemmour à la présidence de la République, qui semble désormais imminente et dont Osez le féminisme ! prend acte, laisse présager d’une campagne très marquée par les idées d’extrême-droite racistes et masculinistes. 

Coutumier de propos incitant à la haine raciale qui lui ont d’ailleurs valu plusieurs condamnations, le chroniqueur d’extrême-droite est également un masculiniste revendiqué, la haine des femmes constituant l’une des bases de son idéologie mortifère

Lui-même accusé de pas moins de 8 cas d’agressions sexuelles, il ne cesse de marteler sa vision rétrograde, sexiste et criminelle des rapports entre hommes et femmes.

Si le féminisme vise l’égalité femmes-hommes, le masculinisme est une défense virulente du patriarcat et de la haine des femmes. Eric Zemmour promeut une vision toxique de la masculinité, avec une apologie systématique du « mâle dominant » qu’il n’hésite pas à opposer « aux impuissants, aux homosexuels ». Un tel degré de mépris serait presque risible s’il n’était pas si dangereux, et par ailleurs largement soutenu voire encouragé par certains médias… Eric Zemmour est celui qui a assisté goguenard au passage à tabac des militantes de La Barbe lors d’un meeting de Valeurs Actuelles, lors duquel une féministe a été frappée au sang par des vigiles zélés. 

Eric Zemmour a aussi signé le Manifeste « Touche pas à ma pute » en 2013, revendiquant le droit des hommes à acheter des femmes. Il reprend le vieil archétype misogyne qui classe les femmes en deux catégories : « la mère ou la putain ». Il défend sans relâche une conception patriarcale de la famille, avec des femmes et des hommes cloisonnés dans des rôles prédéfinis en fonction de leur sexe, les femmes étant systématiquement reléguées en position d’infériorité, considérées comme des subalternes, assignées tantôt à la reproduction et tantôt à l’objectification sexuelle. Il affirme que le pouvoir est intrinsèquement masculin, et que les femmes sont « inaptes au pouvoir ». 

Eric Zemmour participe aussi pleinement à l’enracinement de la culture du viol dans la société, allant jusqu’à écrire noir sur blanc dans l’un de ses pamphlets que l’homme est un prédateur sexuel et à affirmer sur un plateau télé que les femmes équivalent à du gibier. 

A l’heure où, en France, un homme commet un féminicide tous les 3 jours, viole une femme ou une mineure toutes les 5 minutes, à l’heure où plus de 200 000 hommes sont responsables chaque année de violences conjugales, violences également répercutées sur les enfants des couples, l’association Osez le féminisme ! exprime ses vives préoccupations quant à la candidature à la plus haute fonction d’un homme dont la misogynie extrême n’est plus à démontrer. Nous manifestons par ailleurs toute notre solidarité aux femmes qui ont courageusement témoigné avoir subi des violences sexuelles de la part d’Eric Zemmour.

Notre association fera entendre les voix des femmes dans la campagne présidentielle et luttera sans relâche contre les idées rétrogrades de l’extrême-droite.

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Éric Zemmour ou l’antiféminisme obsessionnel

Dans le réquisitoire permanent que Zemmour dresse depuis plusieurs années, toujours avec les mêmes arguments, répétés de livre en livre, et qui se donne comme une analyse de ce qu’il appelle « la mort de la France » – mort qui relève en même temps d’un suicide et d’un assassinat –, la question des femmes tient une place aussi centrale que celle de l’immigration. L’antiféminisme de Zemmour ne relève pas seulement de la misogynie ou du sexisme, il est une composante fondamentale de ce qu’il préconise pour que la France redevienne ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, selon lui : une nation catholique, sans immigrés et patriarcale. L’identité française se confond avec le patriarcat et la France n’est elle-même que patriarcale.

Misogyne d’abord

La misogynie et le sexisme d’Éric Zemmour qui irriguent non seulement le livre qui leur est dédié, Le Premier Sexe, publié en 2006, mais aussi les suivants, ont été abondamment soulignés, avec force citations à l’appui, et je ne n’y reviens pas ici. Je veux juste rappeler que Zemmour est différentialiste, partisan d’une différence radicale entre les femmes et les hommes, entre le féminin et le masculin, l’un quasi entièrement négatif à ses yeux, l’autre positif.

Du côté du masculin, le génie, le courage, la création, le sexe sans amour, la virilité identifiée à la puissance, la verticalité, le dur, la prédation énoncée comme une qualité. D’où sa défense de Tariq Ramadan qui aurait été « piégé » et de Dominique Strauss-Kahn dont l’arrestation représente « une castration de tous les hommes français » [1]. Les femmes vues par Zemmour aiment cette virilité-là, à preuve la manière dont « beaucoup d’entre elles » ont succombé à celle « conquérante des soldats allemands » [2]. Ou encore leur consentement à être « une proie » pour « celui qui à travers elle améliorera l’espèce » [3]. À part ce goût bienvenu pour la virilité, on ne trouve, du côté du féminin, que de la mollesse, du sentimentalisme, de la pusillanimité, une incapacité à créer et j’en passe…

Un grand malheur est hélas arrivé à la différence des sexes telle que la conçoit Zemmour : mai 68. Et, dans sa foulée, les mouvements féministes qui n’ont eu que des conséquences détestables : l’écrasement du patriarcat, la disparition des pères (« père de la nation » et « père de famille »), la mise au ban des jeux de l’amour et de la séduction, la féminisation des hommes sommés de devenir des femmes et des mères comme les autres.

L’État, quant à lui, au lieu d’être un garant de la force de la France, a été remplacé par un « État maternel », donc qui « infantilise » et « culpabilise » [4], à l’instar des mères qui ne savent faire que ça, tandis que la France a été féminisée, et même femellisée, devenant ainsi une France qui « se couche » [5], autant dire une « pute », vendue au néolibéralisme, à la mondialisation, à l’Europe, à l’Amérique, aux féministes, aux gays, à la théorie du genre, aux antiracistes, aux écologistes, aux bobos, à la « racaille » des banlieues, aux Arabes, aux noirs, aux musulmans…

Et pourtant, s’il ne détestait pas tant ces derniers, Zemmour comprendrait que sa résistance à l’émancipation des femmes n’a rien à envier à celle des islamistes. Mais pour un chantre de la virilité en perdition qui prône un antiféminisme nationaliste et identitaire, ce rapprochement serait quelque peu gênant !

Une rengaine

À juste titre a été rappelée, à propos des diatribes antiféministes du peut-être candidat, leur similitude avec celles des courants dits masculinistes ou de l’ancien président des États-Unis Donald Trump. J’ajoute qu’à bien des égards, elles s’apparentent aussi à celles énoncées à la fin du XIXe siècle, lorsque se conjuguaient quasiment dans un même élan xénophobie, antisémitisme et défense des identités de sexe, soit la dénonciation de prétendues menaces contre l’identité française. La femme qui fait du vélo, qui porte un pantalon, qui fume, pouvait-on lire à l’époque, ne fait qu’« abandonner sa nature, ce qui ne peut que provoquer la fin de la civilisation » [6], tandis qu’un certain Alfred de Ferry, prédisait, dans Un roman en 1915,« un renversement de toutes les valeurs dont la femme émancipée est la plus ridicule mais aussi la plus menaçante des manifestations ». Ce roman publié en 1889 et qui annonçait que le monde en 1915 serait « plus laid » surtout à cause de l’émancipation des femmes et de la dissolution de la différence des sexes qu’elle implique, n’avait pas prévu qu’en effet, en 1915, le monde serait pire mais pour une autre raison !

Je reconnais bien volontiers que Zemmour en rajoute une louche plus actuelle, le consumérisme. En effet dans l’alliance qu’il juge mortifère « du libéralisme économique et du libéralisme sociétal », les féministes avec leurs alliés gays sont coresponsables du développement de la société de consommation et de la financiarisation de l’économie. Les pères d’avant contenaient les pulsions consommatrices tandis que les femmes, elles, sont des agents du consumérisme et donc du grand marché libéral ! Ainsi les femmes qui font souvent et depuis très longtemps le marché et les courses font aussi, qui l’eut cru, le Grand marché !

Contre le féminisme universaliste

Ainsi pour Zemmour la fin du patriarcat, la fin de l’identité française, la fin de la France sont des synonymes. La France n’est elle-même qu’impériale et patriarcale. L’empire perdu, d’abord l’empire au sens napoléonien du terme, puis l’empire colonial, restait quand même le patriarcat. Mais l’après mai 68 s’est attelé à sa disparition, les féministes gagnant leur combat, avec le renfort des homosexuels.

L’antiféminisme relève de la défense de la France, il en est une composante essentielle.

Et il ne faut pas s’y tromper. Zemmour ne s’en prend pas au féminisme que certain(e)s qualifient de « néoféminisme » [7], pour se démarquer de l’intersectionnalité, de l’idéologie décoloniale, du wokisme, ou autres « radicalités ». Ce que vilipende Zemmour, c’est le féminisme universaliste, le féminisme de Simone de Beauvoir, le féminisme des filles du MLF des années 1970 dont les féministes d’aujourd’hui sont les héritières.

Que celles et ceux qui invoquent en boucle l’exhortation de Charles Péguy – « Il faut voir ce que l’on voit et dire ce que l’on voit  » –, soient attentifs à ce point que je viens de souligner. Car il est étonnant que des politiques, des journalistes, des essayistes, des intellectuel(le)s qui se plaisent à présenter la France comme une « patrie féminine », qui ont rabattu l’égalité entre les femmes et les hommes et plus largement le féminisme sur l’identité française, faisant ainsi fi des combats que des femmes et quelques hommes ont menés pendant des décennies, ne voient pas à quel point l’antiféminisme de Zemmour est « structurel », « systémique » pour reprendre des adjectifs à la mode.

Il faut être aveugle à cette composante essentielle du puzzle zemmourien pour se déclarer partisan du féminisme universaliste et juger en même temps que Zemmour « porte l’angoisse existentielle de nombreux Français » ou estimer qu’il a raison d’affirmer que « la France est en danger de mort » [8].

D’ailleurs, bizarrement, ladite France qui était morte à la fin du Suicide français a semble-t-il ressuscité quelques années plus tard puisque désormais il s’agit de « la sauver [9]». Mais, comme nous le savons, « il n’est pas de sauveur suprême » !

Martine Storti

https://www.leddv.fr/analyse/eric-zemmour-ou-lantifeminisme-obsessionnel-20211119

[1] La France n’a pas dit son dernier mot, E. Zemmour, Rubempré, 2021, p. 148 et 139
[2] Le Suicide français, E. Zemmour, Albin Michel, 2104
[3] La France n’a pas dit son dernier mot, op.cit., p.184
[4] Le Suicide français, op.cit, p.343
[5] Ibid., p.522
[6] Citations extraites du très intéressant travail de Marc Angenot, notamment 1889. Un état du discours social, 1989, mis en ligne en 2013 sur medias19.org
[7] Terme que je ne reprends pas à mon compte car relevant d’une construction idéologique globalisante.
[8] Alain Finkielkraut, Europe1/C News, 25 octobre 2021.
[9] La France n’a pas dit son dernier mot, op.cit., p.342

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Contre Éric Zemmour en France comme en Arménie

Nous, Arménien.ne.s de France engagé.e.s contre le racisme et pour la solidarité des peuples en lutte, élevons nos voix pour dénoncer les récupérations ordurières qu’Éric Zemmour fait de nos souffrances. 

Éric Zemmour est un personnage éminemment dangereux pour notre vie politique et sociale, qui réhabilite les figures fascistes françaises, assume son racisme, son sexisme et sa lecture révisionniste de la Shoah, de l’Occupation allemande ou de la colonisation française. Il n’y aurait rien à ajouter pour s’opposer à lui si ses motivations ne nous concernaient pas directement. Mais depuis quelques années, Éric Zemmour a décidé de se mêler de nos affaires et s’y attache particulièrement depuis la dernière guerre enclenchée par l’Azerbaïdjan contre l’Artsakh (Haut- Karabakh) et l’Arménie en 2020 [1] [2].

Ainsi réagit-il régulièrement, sur les plateaux télévisés ou sur les réseaux sociaux, à l’actualité de cette guerre et de ses conséquences. En cette période électorale, son pseudo-soutien [3] [4] [5] à la communauté arménienne de France et aux Arménien.ne.s d’Arménie est destiné à faire parler de lui auprès des populations françaises et/ou franco-arméniennes. Pire, cela pourrait même aller jusqu’à légitimer son activité politique en dehors des frontières françaises : pour la seconde fois, nous apprenons par une source sérieuse [6] qu’Éric Zemmour prépare un voyage de nature politique en Arménie du 11 au 15 décembre prochain. 

Éric Zemmour aurait donc déjà une feuille de route en Arménie, pour les affaires étrangères ? Quel intérêt ce petit pays, qui a perdu ses ressources au gré des conquêtes impériales et qui peine à exister encore, présente-t-il pour lui ? Aucun. Ce n’est pas le pays qui l’intéresse, mais la caution « arménienne » qu’il va tirer de ce voyage, alors que personne ne le connaît là-bas et que le pays est dans une période d’après-guerre désastreuse.

Le pays se vide, mais il y a une grande communauté arménienne en France (plus de 600 000 habitant.es), principalement issue de l’histoire douloureuse du génocide de 1915. L’histoire nous est tristement familière : Zemmour vient faire son marché sur le sang des Arménien.ne.s, après bien d’autres – comme le fasciste Marc de Cacqueray qui s’était rendu armé en Artsakh durant la dernière guerre [7] ou le militant identitaire Jean-Eudes Gannat, qui racole l’argent arménien avec sa structure « Solidarité Arménie » [8], sans oublier la réécriture culturaliste de Michel Onfray [9]. Une méthode très simple mais qui produit beaucoup de confusions : s’afficher comme « l’ennemi des ennemis » – et donc « l’ami » – des groupes opprimés et isolés, comme les Arméniens d’Artsakh en automne 2020. Suivant cette logique, Zemmour serait l’ami des Arménien.ne.s, puisque leurs oppresseurs Erdoğan et Aliyev seraient les symboles d’un Islam conquérant en terre chrétienne d’Europe. En une phrase, la cause arménienne et l’auto-défense de l’Artsakh sont transformées en un champ de bataille franco-français où l’extrême-droite peut projeter ses fantasmes de « grand remplacement » et de « guerre civilisationnelle » entre Orient et Occident, Islam et Chrétienté.

Un raciste reste un raciste, et lorsqu’il dénigre certain.e.s immigré.e.s pour en encenser d’autres, c’est toujours au nom du racisme. En 2018, Eric Zemmour s’était réjoui que Shahnough Vahignag Aznavourian, se soit résolu (lui, et non ses parents, par pragmatisme et non par conviction) à se rebaptiser Charles Aznavour, afin de pouvoir exister dans un showbiz xénophobe [10]. Traduction, en langue zemmourienne : « Arménien.ne.s, je vous aime, car vous savez renier ce que vous êtes. »

Ce n’est assurément pas l’Arménie, ni ses habitant.e.s, ni les Arménien.ne.s de France qui intéressent Zemmour, mais ce qu’il peut faire de l’« Arménien », une fois qu’il est à terre. Zemmour feint de défendre les Arménien.ne.s contre l’Azerbaïdjan sur CNEWS mais envisagerait-il, président, de nommer Ministre de la Justice son avocat et ami Olivier Pardo ? Rappelons que ce monsieur est aussi l’avocat de l’Azerbaïdjan à diverses grandes occasions – telles que le procès pour « diffamation » sur la nature de son régime contre la journaliste Élise Lucet [11], ou l’action contre les chartes d’amitié entre les collectivités françaises et la République d’Artsakh [12], et qu’il est aussi l’avocat du plus actif des militants négationnistes à la solde d’Ankara, reconnu comme tel par la Justice française : Maxime Gauin [13].

Nous connaissons notre histoire, et nous ne céderons pas à cette tentative de rapt idéologique. En défendant nos églises contre le rouleau-compresseur exterminateur de l’impérialisme turc et de ses alliés, c’est notre existence et notre culture que nous défendons, et pas celle des suprémacistes et impérialistes occidentaux. Nous refusons que notre histoire soit instrumentalisée, au nom de notre propre dignité, mais aussi par refus des fins violemment discriminantes auxquelles sert cette « OPA ». Sous quelque forme que ce soit, toute tentative de rapprochement entre notre cause et celles de l’extrême droite, explicite ou non, relève de l’injure. Elle ne venge pas les victimes arméniennes de 1915 ou de 2020, mais les tue une seconde fois.

En France comme en Arménie, Zemmour dégage !  

Signataires : 
Renaud Cornand, sociologue
Philippe Huneman, directeur de recherche en philosophie au CNRS
Razmig Keucheyan, sociologue
Marie Sonnette-Manouguian, enseignante
Sylvie Manouguian, responsable associative et culturelle
Pierre Tevanian, philosophe
Ani Tsovinar Vanetsyan, (membre du collectif d’auteur.e.s Djaragayt – socialiste, autonome, internationaliste)

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/241121/contre-e-ric-zemmour-en-france-comme-en-arme-nie

[1] Eric Zemmour sur Twitter : « Eric #Zemmour sur @CNEWS : « Les Européens devraient soutenir l’Arménie selon une logique civilisationnelle. Mais ils refusent cette logique car ils ne veulent pas être considérés comme un club chrétien » #FAI » / Twitter
[2] Eric Zemmour sur Twitter : « Eric #Zemmour sur @CNEWS : « Je suis de tout cœur avec les Arméniens qui sont agressés. Seule la France fait entendre sa voix et c’est tout à l’honneur d’@EmmanuelMacron » #FAI » / Twitter 
[3] Eric Zemmour  » TOUT LE MONDE LAISSE CREVER LES ARMENIENS DANS LEUR COIN !  » – YouTube 2’44 : « Je suis pour la défense de la civilisation chrétienne par ce que c’est notre civilisation. » 
[4] L’ Arménie est tombée au champ d’honneur de la realpolitik – YouTube  0’05 : « C’est la realpolitik ! Les grands s’affrontent (…) et les petits meurent. »
[5] E.Zemmour : Les beaux discours sur l’amitié franco-arménienne ne suffisent (…) – Nouvelles d’Arménie en Ligne (armenews.com)
[6] «Selon nos informations, le polémiste doit également se rendre en Arménie du 11 au 15 décembre prochain. Sauf nouvelle annulation. » A Londres, Eric Zemmour déprogrammé à la dernière minute par la Royal Institution (nouvelobs.com) ;
[7] Extrême droite : le patron des Zouaves Paris part combattre au Haut-Karabakh – Libération (liberation.fr)
[8] Au Haut-Karabakh, les identitaires français jouent à la guerre des civilisations : Caucase de France (caucasefrance.com)
[9] Stop aux manipulations ! – Les mots sont importants (lmsi.net)
[10] E. Zemmour : « Nom : Aznavour. Prénom : Charles » (Le Figaro Magazine, 5 oct. 18) – Comité Laïcité République (laicite-republique.org)
[11] Le pays porte plainte contre l’émission Cash Investigation (ouest-france.fr)
[12] Bourg-lès-Valence – La mairie de Bourg menacée par l’Azerbaïdjan (peuple-libre.fr) et Avocat Pardo: La France doit adopter une position équilibrée entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie : Caucase de France (caucasefrance.com)
[13] Le blog du Collectif VAN : QPC : Maxime Gauin contre Laurent Leylekian et Ara Toranian 

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Abdelaliz Durand : 3ème lettre à Eric Zemmour

M. Zemmour,

Dans la préparation des élections présidentielles, il y a généralement un guignol qui s’agite et fait croire qu’il peut gagner. Vous avez adopté les atours du guignol médiatique de 2022.

Mais vous n’avez pas l’envergure de celui qui a fait trembler le monde politique en 1980 : Coluche !

Lui, au moins, il était drôle et il avait du cœur. Alors que vous, vous êtes d’une tristesse à en mourir et vous n’avez que la haine au cœur.

La comparaison avec Coluche ne s’arrête pas là : comme vous, il n’avait pas grand-chose à dire sur la conduite des affaires du pays, mais alors qu’il était sur une pente ascendante dans les sondages, à 16%, en décembre 80, il décide raisonnablement de jeter l’éponge.

Vous êtes à peu près au même étiage dans les sondages et à la même époque, mais contrairement à Coluche, alors que vous êtes sur la pente descendante, vous déclarez votre candidature. Est-ce bien raisonnable ?

Qui va pouvoir vous faire entendre raison ? Certainement pas Bolloré avec sa chaîne C News qui vous utilise pour faire des records d’audience (c’est bon pour les rentrées de la pub) ; certainement pas la bande de jeunes margoulins qui croient avoir trouvé un nouveau messie, certainement pas votre jeune compagne qui voit loin, bien au-delà de votre vivant… Et à part çà, le vide dans votre entourage ; pas un soutien politique de poids, pas un artiste ou un intellectuel renommé (là aussi, contrairement à Coluche…).

Alors qui ? Les financiers ? Il se trouvera bien un dirigeant hongrois, un hiérarque russe ou un milliardaire trumpiste pour donner le coup de pouce nécessaire. Les maires et leurs nécessaires 500 signatures ? Bolloré saura bien convaincre quelques petits maires ruraux avec des promesses de financement de piscines ou de stades de foot. Quant aux instituts de sondages et aux grands médias, ils sont bien trop heureux de pouvoir faite le buzz avec vos vulgaires provocations pour faire trop baisser votre cote dans les sondages. Et les macronistes sont ravis de la zizanie que vous créez avec Marine Le Pen.

Non décidément, M. Zemmour, vous n’êtes vraiment pas l’homme de la situation. Dans votre déclaration de candidature, votre mise en scène à la De Gaulle était d’un pitoyable… On ne savait pas s’il fallait en rire ou en pleurer. Même la musique d’accompagnement était mal choisie : la 7ème symphonie de Beethoven a été composée pour exalter le patriotisme des soldats autrichiens contre l’armée napoléonienne !

Après votre piètre prestation à TF1, vous vous en prenez au journaliste qui n’aurait pas posé les « bonnes » questions : c’est vrai, il ne vous reste que çà, polémiquer, toujours polémiquer et de plus en plus fort pour vous faire entendre et faire oublier la vacuité de votre personnage politique.

Car contrairement aux apparences, vous n’êtes pas un homme politique, vous n’êtes qu’un petit amateur qui n’a même pas la carrure d’un grand guignol. Vos références historiques ne dépassent guère celles d’une classe de CM2, mais çà ne fait pas sourire les enfants des écoles auxquels vous promettez un avenir marqué par le déclin inexorable de la France.

Il reste que votre fascination pour la chrétienté et votre détestation des immigrés sont étranges venant d’un descendant d’immigrés berbères juifs algériens.

Abdelaziz Durand

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Une montée fasciste… réalité politique en France

Je n’ai pas coutume de traiter des enjeux de politique intérieure. Mes attentions et mes compétences sont ailleurs. Mais j’ai eu la curiosité de regarder et surtout écouter avec attention, sur vidéo, le discours d’Eric Zemmour, dimanche 5 décembre 2021, à Villepinte. Son premier discours de candidat à l’élection présidentielle. Je veux ici formuler quelques réflexions après cet événement.

En quelque 50 années d’activités politiques diverses (surtout internationales) je crois avoir compris ce qu’est un discours d’extrême droite. Rien qu’en France la famille Le Pen nous a, en effet, diversement alimenté en la matière. Les forces de gauche ont pris l’habitude (si j’ose dire) de traiter la question politique et électorale du Front, puis du Rassemblement National afin que cette organisation, en dépit d’un contexte lui étant souvent favorable, puisse ne pas réaliser ses ambitions. Au prix d’impasses électorales, de compromis et de conséquences disons… problématiques.

Aujourd’hui la candidature de Zemmour à la présidentielle change la donne. Elle nous met devant une grave question. Non pas du fait du personnage en lui-même. En raison de ce qu’il cristallise autour de lui. En raison de ce qui le porte, et de ce qui le pousse dans une société française en crise profonde. Une société dans laquelle ne cessent de monter des thèses idéologiques ultra-réactionnaires. Avec des bienveillances et des complicités politiques très diverses.

Le discours de Zemmour à Villepinte est un discours de rhétorique, de contenus et dessein fasciste. En quelque 50 années d’activités politiques diverses je peux dire que n’ai jamais entendu une exhortation de cette nature, avec ce niveau de soutiens et de médiatisation complaisante et politicienne. Il ne s’agit pas seulement un discours d’extrême droite. On est loin, aussi, du populisme ou de l’expression dite anti-système… Nous sommes sortis de ces cadres-là. Je pense qu’il s’agit d’un projet encore plus menaçant. Un projet de liquidation des valeurs et des institutions telles qu’elles sont issues de la longue histoire de la France depuis la Révolution. Un dessein qui s’exprime avec une grande habileté et une sinistre démagogie. Il nourrit la haine et le racisme. Il vaut la peine d’y regarder d’un peu plus près.

Zemmour utilise trois paramètres : il joue sur les valeurs. Il instrumentalise l’histoire. Il prétend détenir un projet. Il affecte ne pas être fasciste, car nous utilisons, dit-il, « notre liberté à mettre des mots sur la réalité ». Une façon d’évacuer la question… Mais quels sont ses mots ?

Les valeurs de Zemmour sont celles d’un passé instrumentalisé qui nourrit et justifie les reculs de société les plus rétrogrades. Une France d’hier supposée « d’excellence », une sorte d’Éden perdu et indéfini, sert aujourd’hui de référence. Sans explications. C’est l’usage du nationalisme comme discours aux vertus magnétiques, qui fait quasiment rentrer des sympathisants en exaltation frénétique. Le mérite, l’effort, le respect, l’héritage… Zemmour associe le souvenir de sa mère avec l’amour de la France… Il est suffisamment malin pour ne pas scander « travail – famille – patrie »… mais tout ce qu’il dit nous y conduit.

L’histoire. C’est un aspect majeur de son discours. C’est d’abord l’histoire récente, celle de la deuxième partie du 20ème siècle. Il se réfère plusieurs fois à un passé de 30 à 40 ans. Il s’arrête à Pompidou, probablement pour éviter de citer De Gaulle qu’il a déjà essayé, si pauvrement, de mimer. Mais pourquoi s’attache-t-il aux 30 ou 40 dernières années ? L’enjeu, pour lui est de montrer qu’il est différent de toutes les autres personnalités présentes dans la mémoire des générations auxquelles il veut s’adresser. Il n’aurait donc rien à voir avec ceux qui ont précédemment dirigé la France. C’est « un temps révolu », dit-il. Il prétend alors être capable de ne pas « trahir » les électeurs, de refuser une « alternance de plus », de mettre à bas le système, afin de conduire une « reconquête », c’est à dire une « grande bataille pour la France ». Il accuse les précédents dirigeants d’avoir considéré le peuple « à jamais disparu »… mais, il le souligne : « à chaque fois nous sommes revenus »… Ce thème du « retour » est glaçant. Zemmour se permet, en quelque sorte, le langage d’une « révolution nationale ». Sans le spécifier, il reprend ainsi l’identification idéologique officielle du régime de Vichy sous l’occupation nazie. L’habileté des formules et du style ne parvient pas à cacher la vérité des références historiques et des intentions.

Ensuite, Zemmour s’empare de l’histoire de longue durée. Les formules sont multiples et variées. Chaque fois on comprend qu’il cherche à se donner de « l’épaisseur ». Comme s’il fallait nourrir la crédibilité du discours en s’inscrivant dans une histoire de longue durée qui serait en elle-même la garantie de la solidité et du sens des orientations politiques avancées. Avec une allusion à la Révolution et à Danton, il décline ce qu’il faut selon lui sauver : notre patrie, notre civilisation, notre culture, notre littérature, notre école, nos paysages… et notre peuple. C’est un « combat plus grand que nous » affirme-t-il. C’est une « reconquête » qu’il place au niveau historique. Il utilise à plaisir cette formule attribuée à Napoléon : « Impossible n’est pas français ». Il souligne que « notre existence en tant que peuple français n’est pas négociable. Notre survie en tant que nation française n’est pas soumise aux bons vouloirs des traités ou des juges européens ». Il se sert de l’histoire, il l’instrumentalise comme légitimation. Après avoir vilipendé les « idéologies hors sol » et le « néant » de Macron, celui qui « n’est personne »… Il ajoute alors : « nous remplacerons le vide par l’identité, le dérisoire par l’histoire ». La salle vibre à l’écoute de ses formules bien balancées. Des spectateurs nombreux et souvent endimanchés opinent fiévreusement du bonnet.

Enfin, Zemmour annonce un projet. Il en dira quelques mots. Ce qui frappe de prime abord c’est la misère des contenus. Sur le plan économique et social, ce qu’il prévoit s’inscrit dans une approche néolibérale. Avec quelques propositions comme la baisse des charges pour les (petits ) entrepreneurs, le rapprochement du salaire brut et du salaire net, la réindustrialisation, un « grand Ministère de l’industrie », la simplification administrative, la nécessité de privilégier les entreprises françaises dans les marchés publics… Rien que l’on ne connaisse déjà. En vérité, on se demande dans quelle cohérence politique et financière crédible il pourrait choisir un tel mode de gestion, tellement il fait bon marché (pas un mot) des contradictions béantes devant lesquelles il va se heurter. Il faudrait bien autre chose pour affronter et surmonter de façon créative les contraintes européennes, américaines et celles de la mondialisation. Il ne veut pas (re)connaître ce monde d’aujourd’hui et ses défis majeurs. Mais l’idéologie est rarement un obstacle aux affaires. Surtout dans un contexte de crise sociale et politique qui lui permettra de rencontrer les intérêts d’au moins une partie du patronat. Ces questions seront certainement un point déficient de ce qu’il appelle un « projet » qu’il dit vouloir décliner dans la suite de la campagne.

Il faut cependant remarquer une thématique transversale. Celle de la puissance.

Il dit vouloir que la France redevienne une grande puissance industrielle. Il dit aussi que la France doit sortir du déclassement et préserver son indépendance. Il aligne les engagements : sortir du commandement militaire de l’OTAN. Ne pas être les vassaux des USA, de l’OTAN, de l’UE. Parler à tout le monde, mais se méfier de toute géopolitique car celle-ci « n’est pas un long fleuve tranquille ». Il faut donc « renouer avec notre puissance pour les décennies suivantes », et que la France « retrouve son rang ». Tout cela, d’une façon ou d’une autre, a déjà été dit, proposé, explicité par la droite, le PS et par d’autres. On est ici dans le bocal doctrinal, le tronc commun partagé (même si c’est dans des formulations diverses) des discours stratégiques français et européen après le mandat Trump, après la crise des sous-marins avec Biden, avec les effets de la pandémie, avec les contradictions au sein de l’OTAN, avec les nouveaux et vrais risques de guerre, avec l’enjeu indopacifique et la confrontation sino-américaine… Lorsque la portée des questions soulevées devraient l’obliger de sortir, si peu que ce soit, de sa démagogie, Zemmour devient alors un candidat de médiocre expression. Mais les formulations qu’il a ainsi égrenées dans son discours ont rencontré l’assentiment de spectateurs chauffés à blanc par le nationalisme, et en mal de réponses crédibles face à la situation internationale. Zemmour essaye de présenter la puissance comme la réponse adaptée aux insécurités de notre temps. Mais l’affirmation de la puissance – comme le moment historique actuel nous le montre – n’a jamais été que le paramètre principal et le facteur d’aggravation des vulnérabilités et des insécurités internationales.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce discours et ce qu’il annonce. En particulier sur l’agressivité instantanée et la violence de type identitaire avec laquelle des militants anti-racistes ont été traités lors de ce meeting. Mais ce qui précède est suffisant pour pouvoir en tirer quelques conclusions politiques.

La candidature Zemmour est un fait. Il obtiendra sans doute ses 500 parrainages. Les sondages lui ont donné de hauts scores dont certains à 17%, un court moment devant Marine Le Pen. Évidemment, rien est donné d’avance. Mais une leçon doit être tirée de cette situation très préoccupante. Le journaliste Jean-Michel Apathie dit sans ambage : à Villepinte, « j’ai vu un monstre ». J’ai vu, moi aussi, cette figure-là se dessiner dans le paysage politique français. Ma mère, maintenant centenaire, m’en a souvent parlé, alors qu’entre 18 et 24 ans elle a connu l’occupation nazie à Paris.

Gageons que Zemmour ne sera très probablement pas élu Président de la République. C’est en tous les cas ce que je crois, et ce que l’on peut espérer… Mais on voit donc qu’un courant fasciste se développe dans notre pays. Une montée fasciste est maintenant une réalité en France. Et ce courant va se structurer. Cela dans un contexte où, globalement, l’extrême droite, le courant fasciste, et une droite (y compris celle de Macron), largement radicalisée ou « ciottisée », représentent ensemble entre les deux tiers et les trois quarts de l’électorat…

Cette montée fasciste dans un tel champ politique doit sonner comme une alarme. C’est cela qui change la donne politique dans notre pays. Pour les formations se réclamant de la gauche – une gauche aujourd’hui sans dynamique – l’enjeu est donc désormais différent. Peut-on laisser sans réponse la réalité de cette montée fasciste ? L’exigence est donc à la construction d’un front large et ouvert qui rassemble et qui se donne du souffle. Un front large progressiste et anti-fasciste. Non pas avec le but unique et ultime de gagner la présidentielle. Mais d’abord pour provoquer un sursaut. D’abord, avec une forte ambition pour l’avenir. Il faut commencer maintenant en saisissant le moment électoral déterminant de la présidentielle pour rechercher l’unité et les logiciels communs indispensables. Construire un futur différent pour la France, cela peut et doit commencer maintenant. Avec l’ensemble des organisations politiques et sociales pouvant y trouver une nouvelle énergie collective. Et c’est cela, précisément, qui peut aussi redonner de l’ambition pour la présidentielle. Pourquoi les partis de la gauche continueraient-ils obstinément à refuser d’ouvrir une telle perspective ?

Plus…

Jacques Fath. 8 décembre 2021

https://jacquesfath.international/2021/12/08/une-montee-fasciste-realite-politique-en-france/

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Qui vit par les médias, périra par les médias…

Un candidat à la présidence pourra méditer la paraphrase de l’Évangile de Matthieu [1]. Car en quelques heures, ce mardi 30 novembre, Zemmour a découvert l’effet boomerang du mauvais usage des médias, lui qui jusqu’ici existait essentiellement par eux. D’abord un clip sorti du tombeau où le candidat fascisant exalte la France du passé tout en s’annexant – sans leur consentement – moult œuvres, créateurs et auteurs. Les uns n’ont pu que se retourner dans leur cercueil, les autres s’apprêtent à lui faire des procès en plus de ceux qui concernent la violation des droits d’auteur. Même Barbara, elle qui chantait « Un homme/Une rose à la main/A ouvert le chemin/Vers un autre demain » s’est trouvée enrôlée de force dans la Milice zemmourienne. Ensuite, le même jour, un examen de passage tout aussi manqué sur TF1 où le candidat se lamente du traitement journalistique dont il serait la victime. Avis partagé par l’ancêtre inoxydable des multi cartes (de presse), Alain Duhamel qui vient ainsi au secours de l’auteur du « Suicide français » [2].

Évidemment, Z., l’invité permanent des chaînes d’info continue a l’habitude d’être entouré de comparses idéologiques et d’animateurs qui l’assurent de leur bienveillant soutien. Sur les médias « bolloréens », mais pas que… Et soit dit en passant qu’un journaliste de TF1 soit taxé d’impertinence et d’agressivité doit être noté dans les annales médiatiques. Cela n’arrivera plus de si tôt… sauf face aux candidat. e. s de gauche.

Quels que soient l’avenir et les avatars de cette candidature, elle continue de miner le champ politique, et, en cela, son titulaire peut en savourer les effets collatéraux. Le dernier en date est évidemment la victoire d’Éric Ciotti (25,59%) qui arrive en tête des prétendants LR à la présidence. Même courte cette victoire en dit long sur l’état idéologique de cette famille politique qui a abdiqué toute autonomie de pensée et a décidé de trouver son salut dans l’alignement à l’extrême-droite. La course éperdue à la radicalisation en matière de sécurité et à propos de l’immigration ou de l’Islam était pathétiquement partagée au cours des débats qui, en la matière, rassemblaient plutôt qu’ils distinguaient les cinq candidats républicains. Les favoris ont été battus. Le vague souvenir d’un Xavier Bertrand, représentant jadis de la droite sociale a suffi pour le disqualifier même si ses tergiversations stratégiques (aller-retour chez LR) ont aussi pesé lourd dans sa défaite. Barnier avait beau renier tout ce qu’il avait adoré, les électeurs LR ont préféré « l’original à la copie » avec un Ciotti que rien ne sépare de Zemmour dont il a d’ailleurs reçu les félicitations chaleureuses. Pécresse a bénéficié du rejet des favoris… et de l’inlassable travail de recrutement de son directeur de campagne, le très à droite Patrick Stefanini (qui avait jadis occupé la même fonction chez Fillon). L’ancien préfet a, en effet, doublé le nombre d’adhérents-électeurs (de 15 000 à 30 000 en deux mois) dans la Fédération LR d’Ile de France, le fief de Pécresse. Charles Pasqua, en son temps, n’aurait pas fait mieux. Finalement, et comme prévu, ce samedi Valérie Pécresse a été désignée comme candidate LR. Elle totalise près de 61%  des voix alors qu’elle bénéficiait du soutien des 3 autres candidats évincés au 1er tour. Dans ces conditions les 39% de Ciotti sont un résultat inespéré pour le candidat proche, à s’en confondre, de l’extrême droite. Et surtout ayant imposé les termes du débat, Ciotti peut considérer qu’il a gagné la bataille des idées au sein d’un parti extrêmement radicalisé.

Le moment de l’extrême-droite se prolonge donc dramatiquement dans cette campagne où la gauche et sa multitude de candidats sont inaudibles, invisibles, introuvables…

Hugues Le Paige

[1] « qui vit par l’épée périra par l’épée » ( Matthieu,26-52)
[2] Il faut lire à ce sujet l’article paru dans Le Monde du 2 décembre : « L’étrange bienveillance d’une partie des élites envers Zemmour ». Et parmi les « bienveillants » : Michel Onfray , Marcel Gauchet et Jacques Julliard

https://leblognotesdehugueslepaige.be/qui-vit-par-les-medias-perira-par-les-medias/

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Meeting d’Éric Zemmour :
des violences inacceptables qui menacent le droit d’informer

Coups, menaces de mort, remarques antisémites, insultes, vol de matériel… Dimanche 5 décembre, plus de 400 journalistes étaient accrédités pour couvrir le premier meeting d’Eric Zemmour, désormais candidat à l’élection présidentielle. Lors de ce rassemblement à Villepinte (Seine-Saint-Denis), plusieurs de nos confrères journalistes ont été menacés ou agressés, les empêchant d’exercer correctement leur travail.

L’équipe de « Quotidien » a par exemple dû quitter la salle pendant plusieurs minutes pour être protégée physiquement des participants, tandis que celle de Mediapart a été contrainte de quitter l’événement après avoir été agressée. L’objectif d’un photographe a par ailleurs été volé.

Nous, sociétés de journalistes et de rédacteurs, condamnons vivement ces agissements et déplorons qu’ils n’aient pas fait l’objet d’une condamnation forte et immédiate de la part du candidat concerné, mais aussi plus largement de l’ensemble de la classe politique et médiatique.

Faut-il le rappeler ? Il n’est pas normal de craindre pour sa sécurité alors qu’on se rend, dans le cadre de son activité professionnelle, à une réunion politique. Certaines de nos directions réfléchissent aujourd’hui à la mise en place d’un dispositif de sécurité accompagnant les journalistes accrédités aux meetings d’Eric Zemmour – une mesure jusque-là réservée au travail dans certaines manifestations ou en zone de guerre.

Ces faits nous interpellent d’autant plus qu’ils interviennent alors que plusieurs journalistes couvrant l’extrême droite ont été menacés ou empêchés d’exercer leur travail ces dernières semaines – ce qui avait donné lieu à une première alerte collective de la profession, mi-novembre.

Le respect de l’information et de ceux qui la font est un gage essentiel en démocratie, qui plus est à quelques mois d’une échéance politique cruciale. Nous interpellons de nouveau l’ensemble de la classe politique afin qu’elle prenne conscience de la gravité de la situation.

Les sociétés des journalistes, sociétés des rédacteurs et du personnel de :

franceinfo.fr, Paris-Match, Radio France, Journal du Dimanche, France 2, Les Echos, La Tribune, L’Humanité, BFMTV, France 3 rédaction nationale, L’Express, franceinfoTV, AFP, Télérama, APM, TV5 Monde, Challenges, Sud Ouest, Marianne, Arrêt sur images, Libération, Premières Lignes, Courrier International, L’Obs, JT de M6, Mediapart, Le Point, CNews.

https://blogs.mediapart.fr/la-sdj-de-mediapart/blog/091221/meeting-deric-zemmour-des-violences-inacceptables-qui-menacent-le-droit-d-informer

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L’utilisation du mot « traître » chez E. Zemmour :
révélateur d’imaginaire politique

Au cours de récentes interventions télévisées, Eric Zemmour a eu recours à de nombreuses reprises à l’utilisation du terme « traître » pour qualifier ses adversaires [ou ennemis, comme nous le verrons] politiques de tous bords [1]. Force est de constater qu’il est le seul du champ politique à user de ce terme. On pourrait voir à travers cet usage une stratégie politique visant à créer de la conflictualité et du storytellingautour de la personne d’Eric Zemmour qui serait alors l’homme providentiel qui arracherait la France aux loups qui la dévorent, mais lorsque l’on connait les positions développées par le polémiste depuis plusieurs années on peut légitimement douter d’une utilisation purement instrumentale. Il nous faut, à notre avis, davantage voir cette rhétorique de la traîtrise comme le témoignage d’un imaginaire politique propre à l’extrême droite.

La Vraie France contre l’Anti-France

L’usage du mot « traître » témoigne d’une dichotomie qu’il établit entre le « camp national », c’est-à-dire les tenants de la France éternelle, celle préexistant à l’émergence de l’institution étatique à l’époque moderne, et qui se retrouverait aujourd’hui incarnée par le « pays réel », et l’« Anti-France », pour reprendre les mots de Charles Maurras.

Dans cette « Anti-France » sont assignés tous ceux qui réfutent, en idées ou en faits, sa vision essentialiste de ce qu’est le peuple français. C’est alors naturellement qu’on y retrouvera la Gauche, et plus largement toute pensée héritée des Lumières, ou en tout cas perçue comme telle [2], ou de Mai 68 (« les 40 ans qui ont défait la France [3] ») qui sera accusée, de par son idéologie, d’être responsable de la dénaturation de la France, mais aussi de l’avoir consciemment et intentionnellement recherchée en s’associant à l’ennemi intérieur, comme il est de coutume de le nommer dans la vieille rhétorique complotiste d’extrême droite, hier les juifs avec le judéo-bolchevisme, aujourd’hui les musulmans avec l’islamo-gauchisme. Il est d’ailleurs à noter que, contrairement à Marine Le Pen qui se prétend ni de droite ni de gauche, E. Zemmour soutient qu’il ne recherche que le rassemblement de la Droite.

L’intérêt d’E. Zemmour ne réside donc pas dans la nation, dans son acception révolutionnaire au sens de corps politique constitué désirant pour lui-même, mais dans la réalisation de l’unité du pays en retrouvant ce qu’il estime être la substance fondamentale du peuple français en établissant une ligne de démarcation entre ceux qui la partagent et ceux qui l’altèrent, la corrompent.

Non seulement ce refus de toute pensée universaliste et de l’héritage révolutionnaire répondrait aisément à la question de savoir si E. Zemmour défend les « authentiques valeurs de la République [4] », mais il permet clairement de le situer à l’extrême droite. Le philosophe Alain Denault définit l’extrémisme, non comme un positionnement politique situé sur les bords d’un continuum gauche/droite, mais par le dogmatisme et l’intransigeance d’un individu et d’une pensée. En établissant une division intangible du monde en deux à partir de postulats essentialistes, entre ceux qui aimeraient la France véritable et les « traîtres » qui minent son unité, la pensée d’E. Zemmour correspond parfaitement à cette définition.

L’unité comme prérequis à l’existence de l’Etat

Cette dichotomie se trouve en réalité dans l’opposition que le juriste allemand Carl Schmitt tenait pour être l’essence de la politique, celle entre ami et ennemi. Et ce n’est guère étonnant tant ils partagent la même conception du monde. Si l’unité du pays est recherchée ce n’est pas tant pour des questions d’identité, mais aussi parce que c’est là que réside la force de l’Etat. Pour E. Zemmour, comme pour C. Schmitt, la politique interne s’identifie à ce que les théoriciens des relations internationales nomment la basse politique (Low politics), par opposition à la Grande politique (High politics), celle des Etats, et des conflits entre états. Et de fait, Zemmour n’accorde que peu d’importance aux questions de politique intérieure qui n’attraient pas à la question de l’immigration ou de la sécurité. Ou plutôt, il ramène toutes les questions de politique intérieure à la question de l’immigration et de l’identité. Car, pour eux, c’est de l’unité que dépend la continuité de l’Etat [français] dans le concert des nations.

C’est dans cette optique de la Grande politique, assez datée finalement car elle prend ses origines dans l’Europe monarchique présidée par une vision absolutiste de la puissance étatique, que revêt l’importance de l’unité nationale, dans son acception d’extrême droite. Elle explique alors la nécessité de mettre fin à tout dissensus et, de facto, au pluralisme, nécessairement facteur d’instabilité. Carl Schmitt précisait bien qu’au sein de ses frontières l’Etat ne fait pas de politique, il fait de la police.

Lorsque l’on connait les évolutions politiques de C. Schmitt au cours des années 30, et l’enjeu pour ces hommes qu’emporte cette unité fantasmée de la nation, ou plutôt du peuple sur lequel s’appuie l’Etat, on peut alors légitimement craindre le sort réservé à ceux que Zemmour identifie aujourd’hui comme « traîtres ». Une fois au pouvoir, il en faudrait peu pour que ses adversaires politiques d’aujourd’hui deviennent demain les ennemis de l’Etat.

Matthieu Pincemaille

https://blogs.mediapart.fr/matthieu-pincemaille/blog/161221/l-utilisation-du-mot-traitre-chez-e-zemmour-revelateur-d-imaginaire-politique

[1] « Ces gens-là sont tous, tous, je dis bien tous, des traîtres au général De Gaulle » ; « Cette trahison essentiellement du chiraquisme, la trahison du gaullisme, la trahison de la droite qu’a été le chiraquisme », E. Zemmour, à propos des hommes et femmes politiques de gauche et de droite se recueillant sur la tombe du général De Gaulle ; BFM, BFM politique, 7 novembre 2021.
[2] « Depuis 40 ans qu’il a écrit l’Idéologie française il est un traître, il est la figure absolue du traître […] Son internationalisme est toujours anti-français », E. Zemmour, à propos de Bernard Henri Levy, Cnews, l’heure des pros, 14 octobre 2021.
[3] E. Zemmour, Le suicide français, Albin Michel, 2014.
[4] « Aujourd’hui la gauche ce sont les traîtres à la République […] je suis plus proche des vrais républicains qu’eux et c’est moi qui défends les authentiques valeurs républicaines. En vérité, la République c’est moi », E. Zemmour, Pleurtuit, 29 octobre 2021.

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M. Zemmour,

On me dit que je suis trop sévère avec vous. C’est vrai, j’ai été injuste.

J’ai écrit que vous n’aviez pas de propositions pour la France. Mais si ! Vous en avez présenté, notamment devant Lemaire, ce triste godillot de la droite macroniste qui ne vous arrive pas à la cheville et devant toute cette foule enthousiaste à Villepinte qui a su montrer sa force et sa virilité devant les hordes d’islamo-gauchistes de SOS Racisme venues en découdre avec les vigoureux membres de votre service d’ordre. Que cela faisait plaisir à voir : on retrouvait enfin cette jeunesse patriotique, fière et courageuse comme on n’en avait plus guère revu depuis les miliciens du Maréchal. On a pu toutefois regretter de vous entendre avoir dit que vous ne les connaissiez pas. On n’abandonne pas de si fidèles soutiens en pleine bataille. Vous en aurez encore besoin dans les prochaines semaines à moins que votre grande sagesse vous fasse renoncer à ces meetings si exaltants.

Mais revenons à votre programme. Comme on s’y attendait, vous avez vaillamment pourfendu le trop plein d’immigrés dans notre cher pays. Vous auriez dû aller plus loin et affirmer qu’il fallait les expulser massivement. Seulement, voilà, il y a comme un petit problème : comment faire avec ces 3,3 millions de binationaux algériens, israéliens, libanais, sénégalais, vietnamiens, etc. dont beaucoup sont d’ailleurs musulmans. On pourrait certes leur retirer la nationalité française, mais çà va être délicat avec certains d’entre eux. Hollande s’y était déjà grillé les ailes et avait dû renoncer à la déchéance de nationalité pour les condamnés en justice (notamment algériens).

Vous voilà bien empêtré dans vos contradictions, M. Zemmour.

Et que dites-vous du Bachagha Boualam, ce héraut de l’Algérie française qui fut vice-président de l’Assemblée nationale française de 1958 à 1962 et qui présidait les séances de l’assemblée en tenue traditionnelle berbère. Ce haut dignitaire de votre ethnie d’origine aurait-il dû enlever son turban et sa djellaba et changer son prénom Saïd pour celui de Serge ? Et renoncer à sa religion musulmane pour paraître plus « Français » ?

On a noté aussi dans votre programme que vous étiez un farouche partisan du tout-nucléaire. Pour quelqu’un qui affirme haut et fort la souveraineté de la France, vous semblez oublier que cette « souveraineté » énergétique repose sur un approvisionnement en uranium qui provient en grande partie du Niger. Mais là, vous êtes sans doute en cohérence avec vous-même en voulant une armée forte et efficace. C’est-à-dire, celle-là même qui défend les intérêts français au Sahel (particulièrement la mine d’uranium à ciel ouvert d’Arlit, exploitée par une filiale d’Areva), mais une armée qui est bien embourbée dans des missions qu’elle ne comprend plus et qui est de plus en plus rejetée par les populations locales.

Mais qu’importe pour vous, il faut montrer sa virilité, ses gros bras et qu’on en a dans le pantalon et tant pis s’il y a quelques viols de femmes indigènes ; on ne fait pas la guerre sans quelques dommages collatéraux, c’est bien connu…

Allez M. Zemmour, retournez dans vos ténèbres ; elles vous vont si bien.

Abdelaziz Durand


En complément possible :

Quelques mots à destination d’un certain Zemmour, Éric
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/10/03/quelques-mots-a-destination-dun-certain-zemmour-eric/
Gérard Noiriel : Éric Zemmour, le voleur d’histoire
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2018/10/01/eric-zemmour-le-voleur-dhistoire/
Sébastien Fontenelle : Les empoisonneurs. Antisémitisme, islamophobiexénophobie
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/08/31/les-scelerates-actualisations-de-la-haine-des-meteques/
Elise Thiébaut : Mes ancêtres les gauloises. Une autobiographie de la France
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/07/29/les-passes-les-identites-et-les-vies-que-certains-voudraient-nous-imposer/
Gérard Noiriel : Le venin dans la plume. Edouard Drumont, Eric Zemmour et la part sombre de la république
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/11/14/le-scandale-genere-de-laudience-et-laudience-genere-des-recettes-publicitaires/
Jean-Paul Gautier : Le « Grand Remplacement », cri de ralliement de la mouvance identitaire
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/05/07/le-grand-remplacement-cri-de-ralliement-de-la-mouvance-identitaire/

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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