Préface d’Annette Wieviorka au livre de Max Tzwangue : C’est ainsi que fut ma vie

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

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Au crépuscule de sa vie, Max Tzwangue, comme tant d’autres, choisit de nous la raconter. Par bien des égards, elle est typique de cette génération issue de l’immigration juive de l’Est, grandie à Belleville-Ménilmontant, baignée dans le yiddish et la culture communiste. Elle en diffère aussi.

Rien ne fut facile pour Max Tzwangue. Une enfance ballottée, des pérégrinations solitaires dans la France de la persécution antisémite jusqu’à son engagement dans la Résistance, avec l’UJJ (Union des jeunesses juives), puis les FTP-MOI de Carmagnole-Liberté. Une résistance marquée tout à la fois par la solitude et l’angoisse, des moments de bonheur comme quand il se retrouve au maquis, et qui ne se poursuit pas une « carrière militaire » sans vraiment de combats jusqu’à sa démobilisation.

Les années d’après guerre, dans la solitude et la précarité, ont été difficiles, très difficiles. Jusqu’aux retrouvailles avec ses camarades, la découverte du théâtre et de l’amour. Après son mariage, il abandonne son travail dans la confection et devient permanent syndical CGT. C’est la « grande époque » de sa vie. Max Tzwangue éclaire ce qu’est la vie d’un militant communiste dans ces années – l’idéologie se glissant jusqu’aux accouchements dits sans douleur à la clinique des métallos, le choc du 20e congrès, et finalement l’abandon de ce qu’avait été son idéal qui fait de lui pour ses camarades un pestiféré.

Après une vie professionnelle faite encore (comme son enfance et la période de l’Occupation) de nomadisme, entre Normandie et démocraties populaires, c’est, la retraite venue, le dernier avatar de Max Tzwangue. Il devient acteur ; il tourne dans l’admirable et inoubliable Voyages d’Emmanuel Finkel.

Désormais, c’est à la lecture publique de textes de résistants que se consacre Max Tzwangue.

Chaque témoignage apporte ainsi sa pierre au grand édifice de l’Histoire. Certaines vies semblent linéaires. Celle de Max Tzwangue suit un tracé orignal, fruit tout à la fois des temps où il a vécu et de sa personnalité. Il vaut la peine d’être lu.

Annette Wieviorka

Max Tzwangue : C’est ainsi que fut ma vie

Juif de Ménilmontant, résistant FTP-MOI à 17 ans

Editions Syllepse, Paris 2021, 90 pages, 8 euros

https://www.syllepse.net/c-est-ainsi-que-fut-ma-vie-_r_95_i_864.html

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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