« Une espèce de rage au fond de nous » (plus « L’urgence d’accueillir » et textes de Philippe Marlière et Claude Calame )

« Est-il normal que des gens qui travaillent ne puisse satisfaire leurs besoins ? » C’est l’indignation sur France Infos d’une bénévole de l’aide alimentaire dont dépendent pour survivre deux millions de citoyens français, parmi eux, nombre de salariés précaires et des étudiants.

C’est pour vivre de leur travail et parce que la législation est moins policière en Angleterre, que des familles ont tenté, 31 000 fois depuis janvier 2021 de traverser la Manche, jusqu’à la tragédie du 24 novembre.

« Une espèce de rage au fond de nous » (Médiapart 27 novembre) grandit parmi les associations humanitaires et les sauveteurs devant les traitements dégradants infligés aux malheureux par les autorités. La racaille politicienne, omniprésente dans les médias qui attise les peurs animales du racisme contre ces Syriens, Irakiens, Afghans, Africains, dissimule qu’ils fuient des guerres, des invasions, des dévastations, des pillages perpétrés par des Etats et les armées des grandes puissances, dont la nôtre.

Deux jours après le naufrage meurtrier, Macron est allé quêter auprès du pape les voix des catholiques. L’homme qui fait lacérer par sa police les tentes des migrants en hiver, monarque éduqué en lycée de jésuites, a offert au pape jésuite qu’il tutoie, une biographie du fondateur des jésuites.

Une presse française jésuitique a rappelé que le pape, depuis 2016, conseille aux Etats la « prudence » dans l’accueil des réfugiés dont la « culture » peut être « dangereuse ». De son côté, un rapport remis au gouvernement en 2021 sur la pauvreté évoque « une bombe à retardement ».

Trente morts dans la Manche, qui est responsable ?

Trente hommes, femmes et enfants qui cherchaient à gagner l’Angleterre sont morts noyés au large de Calais. Immédiatement le premier ministre britannique, le ministre de l’intérieur français et le premier ministre Jean Castex ont fait part de leur émotion. Des larmes de crocodile. Il suffit de voir ce que fait le gouvernement français tous les jours à la frontière italienne, en chassant les migrants qui tentent de franchir les montagnes dans un froid glacial.

Depuis Gérald Darmanin a annoncé l’arrestation de cinq passeurs et dénonce leur responsabilité. Certes, les passeurs ont une responsabilité. Ils utilisent la misère pour organiser des passages pour 2000 ou 3000 euros, et, pour ceux qui ne peuvent payer, ils rembourseront à crédit, lorsqu’ils seront en Angleterre dans le travail que leur ont trouvé les passeurs.

A juste titre, un élu de Hauts de Seine a expliqué que lorsqu’on arrêtait cent passeurs, cent autres prenaient leur place aussitôt. Il a expliqué qu’il faut s’attaquer aux chefs mafieux des passeurs qui vivent dans de belles maisons à Londres.

Mais la responsabilité est avant tout celle des gouvernements. La plupart des gens qui sont à Calais sont des Irakiens, des Syriens, des Kurdes et des Iraniens. Ils ont fui la guerre, la violence et la pauvreté, la misère. Ils ne veulent pas s’établir en France, ils sont à Calais parce qu’ils veulent gagner l’Angleterre.

D’abord parce qu’en grande Bretagne, une personne rentrée illégalement sur le territoire se voit remettre un titre de séjour provisoire, avant que la commission sur le droit d’asile ne statue.

Ensuite, parce qu’ils parlent plus ou moins anglais, ont de la famille, des amis, des compatriotes et que, une fois arrivés, ils pourront être aidés.

Enfin, parce que la déréglementation généralisée en Grande-Bretagne fait qu’ils y trouveront du travail au noir, mais ils pourront survivre.

La cause de la situation à Calais est aussi dans le traité franco-britannique dit du Touquet signé en 2004 et mis en œuvre depuis. Ce traité transfère la frontière britannique en territoire français. C’est donc, selon ce traité, de la responsabilité des gendarmes et des policiers français d’empêcher les migrants de passer en Angleterre. La Grande-Bretagne verse chaque année à la France plusieurs dizaines de millions d’euros. Les forces de l’ordre françaises sont donc des supplétifs consentants de celles de la Grande-Bretagne. C’est très exactement aussi le cas pour la Turquie, qui est payée par l’Union européenne pour garder les « migrants » en Turquie. Il en est également ainsi pour les milices libyennes, qui sont payées elles aussi par l’Union européenne pour empêcher les « migrants » de traverser la Méditerranée.

En application des accords du Touquet, les forces de l’ordre françaises multiplient les arrestations, les démantèlements de camps de fortune, harcelant sans cesse ces hommes, ces femmes et ces enfants. Alors ces gens prennent les risques les plus graves pour traverser la Manche.

Comme l’explique Pierre Roques, membre de l’association l’Auberge des migrants : « On va transformer la Manche en cimetière à ciel ouvert. Les autorités, en militarisant la frontière, poussent en réalité les gens dans les bras des passeurs ».

Là est la véritable responsabilité de ces gouvernements qui ont fait la guerre en Irak, en Syrie, contraignant des millions de gens à fuir et qui, en Afrique poursuivent ces guerres et le pillage des richesses de ces pays.

Et ce sont ces mêmes gouvernements qui multiplient les chasses aux « migrants », qui construisent des murs avec des barbelés, des camps de rétention.

Dans ces camps, les gens sont placés dans des conditions ignobles. Ils ont traversé le Moyen-Orient, la Turquie, la Grèce, la France, pour aller à Calais. D’autres ont traversé l’Afrique subsaharienne, le Maghreb, la Méditerranée, risquant la noyade. Beaucoup d’entre eux sont morts.

Il y a eu 31 000 tentatives de passage dans la Manche. 12 000 sont parvenues à rejoindre l’Angleterre. Les accords du Touquet, même en prenant en compte les objectifs de ceux qui les ont signés sont non seulement totalement inefficaces, mais surtout totalement inhumains.

Comme le dit un habitant de Calais : « Tant que l’Angleterre sera en face de Calais, les migrants seront là ».

Les milliers qui sont à Calais, ce ne sont pas des « migrants », ce sont des « réfugiés ».

Alors, au nom du droit d’asile : accueil en France et en Grande-Bretagne !

Jacques Moisan

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L’urgence d’accueillir

Alors qu’aux portes de l’Union européenne se joue un bras de fer politique entre la Pologne et la Biélorussie, nous avons plongé ces derniers jours un peu plus loin dans les abîmes de l’inhumanité. 

Dans un froid glacial, au cœur d’une forêt instituée en zone de non droit où ni les journalistes ni les organisations humanitaires n’ont droit d’accès, 4 000 personnes, venant presque toutes de Syrie ou d’Irak, sont livrées à elles-mêmes. Elles subissent la violence des forces militaires et policières polonaises. On compte déjà plus de 15 mort.e.s, des mort.e.s de froid et de soif. Sans compter la disparition d’une dizaine de ces personnes. 

Dans le même temps, des réfugiés meurent dans la Méditerranée et dans La Manche

Pour tout commentaire, le porte-parole du RN Julien Odoul affirme sans ciller qu’il faut laisser mourir ces gens de froid. Le journaliste du Figaro Ivan Rioufol s’interroge sur la possibilité de faire tirer l’armée sur eux. Un festival de haine et de racisme. La droite et l’extrême droite sont à l’offensive. Quant au gouvernement d’Emmanuel Macron, fidèle à sa politique migratoire issue de la loi asile et immigration, il fait le choix des barbelés plutôt que de l’accueil.

Accueillir sans attendre. Nous devons, collectivement, assumer ce devoir, pour venir en aide à quelques milliers de personnes, poussées par le désespoir et instrumentalisées par des régimes totalitaires d’extrême droite. 

Dans quelques jours, le grand froid, les menaçant de mort. Combien de temps allons-nous encore regarder de loin cette tragédie macabre, sans intervenir ? Comment pouvons-nous laisser croire que des solutions ne puissent être trouvées pour accueillir quelques milliers personnes qui ne menacent en rien la sécurité européenne ?

Quelle est cette Union européenne instrumentalisée par des pouvoirs autoritaires et piétinant les droits humains les plus fondamentaux ? 

Il ne s’agit pas maintenant de régler les questions du respect de l’État de droit en Biélorussie, en Pologne ou en Turquie ni d’ailleurs les enjeux géopolitiques.

Il s’agit aujourd’hui de sauver des vies humaines. C’est cette urgence humanitaire qui doit nous animer.

Notre horizon ne peut, et ne doit être, celui des murs de la honte, des fils barbelés coupants, des détecteurs de mouvements. En refusant d’ouvrir les frontières et en apportant sa solidarité au gouvernement Polonais, y compris en déployant Frontex, l’Union européenne cautionne le discours xénophobe et anti-migrant.e.s du gouvernement polonais et pose comme seul horizon l’Europe forteresse.

À l’heure où les discours racistes et xénophobes se multiplient, où la détresse de milliers de personnes est utilisée à des fins de stratégie politique de haine, les forces progressistes doivent avoir une parole claire et forte sur la question de l’accueil de ces enfants, femmes et hommes aujourd’hui menacé.e.s de mort. 

Devant la gravité de la situation, il faut tout de suite que l’Europe impose la présence d’observateurs internationaux et l’arrivée de l’aide humanitaire afin d’assurer la sécurité des milliers de personnes actuellement parquées entre frontières. Mais il faut également et clairement affirmer que, pour ne pas céder au chantage de régimes autoritaires, nous devons accueillir sur le territoire de l’Union européenne ces quelques milliers de migrant.e.s. 

Face à l’instrumentalisation de cette détresse humaine, nous demandons que la France ne se contente pas de paroles. Si les gouvernements des États de l’Union, pris dans une course éhontée avec l’extrême droite, se refusent à le faire, la France doit se monter exemplaire en les recevant. 

Emmanuel Macron prendra la présidence européenne en janvier 2022. Dès aujourd’hui la France doit agir pour que l’Union Européenne respecte ses engagements internationaux et mettre en œuvre une politique migratoire coordonnée entre l’ensemble des États membres.

Si l’émigration est souvent le prix d’un arrachement de populations dévastées, nous affirmons en effet qu’aujourd’hui il est nécessaire d’accueillir dignement et de façon solidaire celles et ceux qui ont cherché refuge dans nos pays. Cela peut être une chance pour l’Europe, d’abord sur le plan économique mais aussi parce que l’histoire montre que toutes les sociétés sont le produit de la richesse de circulations permanentes de populations. 

Tribune initiée par  :

Aurélie Trouvé, Militante altermondialiste et économiste et Thomas Portes, Président de l’observatoire national de l’extrême droite 

Signataires

Simon Duteil et Murielle Guilbert co-délégués Généraux de l’Union syndicale Solidaires
Cybèle David Secrétaire nationale de l Union syndicale Solidaires
Arié Alimi, Avocat
Taha Bouhafs, Journaliste
Julien Bayou, Secrétaire national EELV
Pablo PillaudVivien, journaliste
Jean-François Pellissier, porte-parole ENSEMBLE!
Merlin Gautier, membre fondateur de Pour une Écologie Populaire et Sociale (PEPS)
Joséphine Delpeyrat, déléguée générale de Génération.s
Camille Hachez, co-secrétaire fédérale des Jeunes Écologistes
Quentin BernierGravat, fédéral des Jeunes Écologistes
Pierre Khalfa, fondation Copernic
Marie-Pierre Vieu, fondation Copernic
Elsa Faucillon, Députée PCF
Willy Pelletier, sociologue, université de Picardie
Mélanie Luce, Présidente de l’UNEF
Laurence De Cock, historienne et enseignante
Mathilde Larrère, Historienne
Suzy Rojtman, porte parole du Collectif National pour les Droits des Femmes.
Katia Dubreuil, présidente du Syndicat de la magistrature.
Benoit Teste, secrétaire général de la fsu
Youcef Brakni, militant antiraciste
Christine Poupin, porte-parole du NPA
Olivier Besancenot, porte-parole du NPA
Claire Lejeune, Militante écologiste
Annie Lahmer, conseillère régionale IDF EELV
Pascal Debay, dirigeant nationl de la CGT
Malik Salemkour, Président de la LDH
Clémentine Autain, Députée LFI
Claire Schweitzer, conseillère municipale d’Angers, co présidente du réseau national des élus insoumis et citoyens
Gabriel Amard, conseiller régional Auvergne Rhône-Alpes, co)président du réseau national des élus insoumis et citoyens
Guillaume Chaussemy, maire de pont-chrétien-Chabenet co-président du réseau national des élus insoumis et citoyens
Delphine Fenasse, adjoint au maire de Fontenay-sous-Bois co-présidente du réseau national des élus insoumis et citoyens.
Laurence Cohen, Sénatrice PCF
Eric Coquerel, Député LFI
François Béchieau, Secrétaire National du MDP
Camille Lecomte, co-secrétaire générale du MNL
Lenny Gras, Co secrétaire général du MNL
Danielle Simonnet, conseillère de Paris 
Kaltoum Gachie, coprésidente du MRAP
Jean-Francois Quantin, coprésident du MRAP
Francois Sauterey, coprésident du MRAP
Manon Aubry, Députée européene LFI
Annick Coupé, Attac France
Raphaël Arnault, porte parole Jeune Garde
Jean-Christophe Sellin Co-coordinateur national du Parti de Gauche
Daniele Obono, Deputée LFI
Raphael Pradeau, porte-parole d’Attac France
Emmanuel Vire Secrétaire général du syndicat national des journalistes CGT (SNJ-CGT)
Leila Chaïbi, Anne-Sophie pelletier, députés européennes Lfi
Adrien Quatennens, Ugo Bernalicis, Loïc Prudhomme, Mathilde Pannot, Sabine Rubin, Jean-Hugues Ratenon, Benedicte Taurine, Bastien Lachaud, Muriel Ressiguier Caroline Fiat, Alexis Corbière, Michel Larrive, députés Lfi
Rodrigo Arenas, porte-parole de la FCPE
Bénédicte Monville, Militante écologiste, conseillère municipale et communautaire à Melun
Jérôme Gleizes, conseiller de Paris EELV
Eddie Jacquemart, Président National de la CNL
Anthony Smith, responsable syndical au ministère du travail
Aurélien Taché, Député Les Nouveaux Démocrates
Pierre Laurent, Sénateur PCF et Vice président du Sénat
Ian Brossat, porte-parole du PCF
Marie Christine Vergiat, Vice présidente de la LDH et ancienne députée européenne
Marilyne Poulain, Secrétaire nationale CGT en charge des sans papiers
Céline Verzelatti, secrétaire confédérale de la CGT
David Cormand, Député européen EELV
Sandrine Rousseau, économiste et militante EELV
Patrice CohenSéat, Président honoraire d’Espaces-Marx
Maryse Martinez, présidente MRAP 66
Anne Marie Delcamp RESF 66
Renée Le Mignot, présidente honoraire du MRAP
Augustin Grosdoy, président honoraire du MRAP
Pierre Mairat, président honoraire du MRAP
Jacques Prévert, président honoraire du groupe Octobre
Marie Luchi, Responsable des relations extérieures de Generation.s
Mélissa Camara, Conseillère municipale de Lille /conseillère métropolitaine

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/031221/l-urgence-d-accueillir

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Réfugiés : l’ignominie criminelle des gouvernements européens

À peine la nouvelle du naufrage et de la mort de 27 réfugiés aux larges des côtes du Pas-de-Calais était-elle annoncée que les gouvernements français et britannique commençaient à se rejeter la responsabilité de cette tragédie.

L’un des deux survivants du naufrage a depuis témoigné : l’embarcation se trouvait dans les eaux territoriales britanniques au moment du naufrage. Contactée par les réfugiés depuis leur embarcation, la police britannique a refusé d’intervenir. La police française n’a pas bougé non plus. Il s’agit d’un cas manifeste de non-assistance à personne en danger. Il semblerait que l’on ait sciemment laissé mourir ces migrants, et ce n’est pas la première fois en Europe.

Absence de compassion

Au lendemain de la tragédie, les paroles de compassion pour ces victimes ont été rares et mécaniquement prononcées de part et d’autre. La question migratoire n’est pas, pour les gouvernements européens, une question humaine qu’il s’agit de traiter avec humanité, mais un problème relatif à la sécurité des États qu’il convient de résoudre de manière sécuritaire.

Que ce soit dans la Méditerranée ou dans la Manche, les réfugiés meurent dans l’indifférence quasi-générale. Les médias en parlent peu, et les responsables politiques, de droite comme de gauche, se désintéressent du sort des migrants à de rares exceptions près.

Des organisations humanitaires, sur le terrain, se battent avec courage pour leur venir en aide, mais que peuvent-elles faire contre la police d’un appareil d’État ?

L’Europe s’est maintenant accoutumée à la mort d’innocents qui ont fui leur pays pour échapper aux violences de gouvernements dictatoriaux. Elle refuse de considérer la question de la migration sur son continent comme la conséquence de situations géopolitiques qu’elle a parfois provoquées à la suite d’interventions militaires. Les réfugiés viennent en Europe car ils fuient des régimes despotiques, une catastrophe environnementale ou la famine.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a déclenché les hostilités en tweetant une lettre adressée au président Emmanuel Macron, avant même que celui-ci n’ait pu en prendre connaissance : étonnante manière d’engager des négociations sur un sujet aussi sensible.

Cette lettre contenait une pseudo-feuille de route pour sortir de la crise : Johnson a demandé à la France de reprendre les réfugiés ayant traversé illégalement la Manche (environ 25 000 personnes en 2021). Une telle mesure serait illégale, et contreviendrait à la Convention de Genève de 1951. En vertu de son principe de non-refoulement, un réfugié ne devrait pas être renvoyé dans un pays où sa vie ou sa liberté sont gravement menacées.

Boris Johnson a proposé par ailleurs à la France d’envoyer des forces de police britanniques pour contrôler les mouvements des réfugiés à partir des côtes françaises. Cette proposition a été perçue, en France, comme susceptible de porter atteinte à la souveraineté du territoire national.

Ce qui se disait jusqu’alors dans les cénacles gouvernementaux français a été publiquement affirmé par Macron : les méthodes de Johnson « ne sont pas sérieuses », et la France en a assez du double-langage britannique, selon lequel Londres est conciliant lors des négociations bipartites, mais devient hostile et mensonger lorsqu’il traite de la question devant ses médias nationaux.

Militarisation des mers

L’un des objectifs affichés du Brexit était de pouvoir reprendre le contrôle de l’immigration et des frontières. L’ironie est que c’est l’inverse qui s’est produit. Hors de l’Union européenne, le Royaume-Uni n’a plus la prérogative de renvoyer des réfugiés s’il peut être prouvé que ceux-ci ont déposé une première demande d’asile dans un pays sûr, en vertu du règlement de Dublin III.

Utilisée pour la première fois en 2012 par la ministre de l’Intérieur Theresa May, l’expression « environnement hostile » à l’égard des réfugiés est demeurée le mot d’ordre des gouvernements conservateurs successifs. Le Royaume-Uni bataille continuellement pour tenter de réduire le nombre de réfugiés à qui il accorde le droit d’asile.

La situation de crise perdure pourtant depuis le début des années 90. La « Jungle de Calais », un insalubre camp pour migrants, a été fermée par les autorités françaises en 2016. Avec les accords du Touquet signés en 2003, la France a accepté que la frontière terrestre du Royaume-Uni soit déplacée à Calais.

Les autorités britanniques gèrent en effet les demandes d’asile depuis le sol français. De leur côté, les autorités françaises doivent veiller à ce que les réfugiés ne rejoignent pas illégalement le Royaume-Uni.

Les coûts humain et financier de cette opération de police permanente sont en majorité supportés par la France. Boris Johnson et les tabloïdes britanniques semblent ignorer qu’à l’exception d’Emmanuel Macron, la plupart des dirigeants politiques français souhaiteraient aujourd’hui dénoncer les accords du Touquet. Si cela devait survenir, la frontière serait, de fait, repoussée à Douvres. Le Royaume-Uni devrait faire face aux demandes d’asile alors que les réfugiés sont déjà sur le sol britannique.

Les réactions initiales des deux gouvernements indiquent que rien ne va changer : la gestion sécuritaire maritime va être renforcée (avec davantage de contrôle policier sur la Manche, l’utilisation accrue de nouvelles technologies tel le drone, voire la fabrication de vagues artificielles pour dissuader les réfugiés de prendre la mer).

Cette sécurisation de la mer est dérisoire et n’empêchera pas des réfugiés qui ont quitté leur lointain pays, souvent en guerre, de tenter de traverser la Manche. Ils le font pour trois raisons majeures : ils ont de la famille qui vit au Royaume-Uni, ils parlent anglais et tout autre accès à l’île leur est interdit.

Le Royaume-Uni accorde l’asile au compte-gouttes, et l’accès par tout autre moyen (train ou avion) est impossible du fait des contrôles policiers drastiques. C’est donc la politique migratoire actuelle des deux pays qui incite les réfugiés à s’en remettre à des passeurs sans scrupules pour rejoindre le Royaume-Uni. Les morts de la Manche sont essentiellement la responsabilité des gouvernements français et britannique.

La gestion policière des migrations est immanquablement vouée à l’échec. Tenter de fermer ses frontières aux réfugiés en espérant qu’ils iront ailleurs si on les maltraite, ne règle rien non plus. La position des pays européens (qu’ils soient membres de l’Union européenne ou pas) est inefficace, inhumaine et moralement scandaleuse.

Quatre-vingt-cinq pour cent des réfugiés trouvent refuge dans un pays voisin, c’est-à-dire en dehors de l’Europe. Ces pays tiers sont pourtant moins riches que chacun des pays européens.

Une réaction humanitaire

En 2020-21, le nombre de demandes d’asile au Royaume-Uni est resté stable et bas, comparé à la période pré-pandémie. En Europe, le Royaume-Uni est en septième position en matière de demandes d’asile acceptées, loin derrière l’Allemagne, l’Espagne, la Grèce et la France.

Ce que les gouvernements européens ne veulent pas reconnaître, c’est qu’il n’existe aucune solution sécuritaire à la question des réfugiés. Seule une réaction humanitaire s’impose. Les réfugiés, dont le nombre est actuellement en baisse, devraient être accueillis en Europe.

Mais il faudrait aussi que cet accueil soit plus équitablement réparti. En vertu du règlement de Dublin III, les réfugiés sont tenus de demander l’asile dans le pays européen où ils débarquent. Cette règle, qui peut être interprétée plus souplement, laisse supporter le plus gros de l’effort d’accueil à la Grèce, l’Italie et l’Espagne.

La réponse politiquement efficace et moralement juste passe par des accords multilatéraux entre les pays européens. Les pays les plus riches sur le continent devraient rompre avec une politique migratoire qui ne fonctionne pas : financer le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés pour qu’il organise la mise en quarantaine des réfugiés dans des camps, dépenser des milliards d’euros chaque année pour ériger des barrières sécurisées aux frontières ou encore déporter des réfugiés en Libye, où ils sont torturés.

Il n’y aura aucune amélioration de la situation tant que des gouvernements d’États démocratiques continueront de maltraiter des personnes vulnérables et désespérées. La maltraitance d’État des réfugiés à Calais, dont les tentes et les effets personnels sont régulièrement « confisqués » par la police, puis détruits, est un acte criminel.

Les gouvernements européens qui agissent en notre nom devraient au contraire mettre le principe de dignité humaine au cœur de leur action. Leur rôle devrait être de fournir aux réfugiés des droits humains de base : aide sanitaire, nourriture, soins de santé, assistance légale, regroupement familial et fin des brutalités policières à leur encontre.

Invoquer les droits humains lors de sommets européens ou bipartites, et gérer ensuite la question des réfugiés sous un angle strictement policier, est obscène. C’est surtout une ignominie morale qui rapproche nos sociétés du fascisme.

Philippe Marlière

https://blogs.mediapart.fr/philippe-marliere/blog/061221/refugies-l-ignominie-criminelle-des-gouvernements-europeens

Article publié sous un autre titre sur Middle East Eye, le 3 décembre 2021

https://www.middleeasteye.net/fr/opinion-fr/migrants-morts-manche-inhumanite-gouvernements-europeens-france-militarisation

Twitter : @PhMarliere

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En France comme en Libye :
un crime contre les personnes exilées

Dans la matinée du 24 novembre 27 personnes exilées ont trouvé la mort dans le naufrage de l’embarcation de fortune qui, d’une plage voisine de Calais devait les conduire sur la côte orientale de l’Angleterre : parmi les disparus, cinq femmes et une petite fille.

« La France ne laissera pas la Manche devenir un cimetière » a déclaré Emmanuel Macron de son autorité présidentielle au lendemain du drame. Il oubliait de mentionner que depuis 1999 plus de 300 migrantes et migrants ont perdu la vie dans leur tentative de rejoindre la Grande-Bretagne depuis le Calaisis.

Du centre d’accueil à la répression systématique

Comment en est-on arrivé là ?

En septembre 2002, Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l’Intérieur, fait fermer puis détruire le Centre d’hébergement et d’accueil d’urgence humanitaire de Sangatte, à une dizaine de kilomètres de Calais. Ouvert en septembre 1999 et géré par la Croix-Rouge le centre a assuré en trois ans l’accueil d’urgence de plus de 60 000 personnes exilées. Au moment de sa fermeture, 300 réfugiés afghans et 1000 réfugiés kurdes d’Irak furent autorisés à rejoindre des proches en Grande Bretagne alors que 400 migrants d’autres nationalités recevaient permis de résidence et permis (provisoire) de travail en France.

C’est alors que, dans l’attente d’une opportunité de franchir Manche en se pénétrant sur un ferry ou en se glissant dans un camion franchissant l’Eurotunnel, les exilées et les exilés se disséminèrent dans la lande autour de Calais. Ils y improvisèrent d’improbables campements dans des conditions de sous-alimentation, d’insalubrité et de vulnérabilité inacceptables ; de nombreuses associations solidaires de bénévoles tentèrent d’y pallier, tant bien que mal. Ces « jungles » furent évacuées et détruites en septembre 2009 sur l’ordre d’Éric Besson, alors Ministre de la migration et de l’identité nationale au sein du gouvernement Sarkozy.

En dépit du changement de gouvernement la répression des personnes exilées se poursuit. En juin 2014, on assiste non seulement à l’évacuation de plusieurs squats de migrants installés dans Calais même, mais aussi à la fermeture de l’espace de distribution des repas. Dès l’automne 2014 se crée une nouvelle jungle autour de l’ancien camp de vacances « Jules Ferry », transformé en centre de jour ; sa capacité d’accueil est limitée à 400 personnes. Et au printemps 2015, toutes les personnes exilées à Calais sont contraintes à se regrouper sur ce terrain insalubre, en un véritable ghetto de migrants.

Parallèlement le Premier Ministre Manuel Valls fait édifier au centre de la jungle un ensemble cellulaire fait de 125 conteneurs métalliques. Offrant des dortoirs à douze couchettes superposées, sans toilettes ni cuisine, ces conteneurs ne peuvent « accueillir » qu’un quart des 6 000 à 7 000 exilées et exilés tentant de survivre à Calais avant de trouver un moyen de traverser la Manche. Placé sous haute surveillance policière, ce « centre d’accueil provisoire » est rendu inaccessible aux associatifs. Et dès la fin de l’hiver 2016 la partie nord de la jungle est évacuée et rasée avant que, finalement, l’ensemble de la jungle soit à son tour vidée de ses occupants et que le centre concentrationnaire imaginé par Manuel Valls soit fermé et détruit. Depuis, à la suite de l’élection d’Emmanuel Macron, deux « Centres d’accueil et d’examen des situations » (sic !) reçoivent celles et ceux qui veulent bien courir le risque d’être envoyés en CADA (Centre d’accueil des demandes d’asile), de voir leur demande d’asile rejetée (pour plus de trois quarts des cas en 2020) et d’être finalement frappés d’une OQTF…

On estime que désormais plus de deux mille personnes, dont au moins 300 mineurs non accompagnés, séjournent dans des campements plus que précaires dans et autour de Calais. Non seulement ces migrants sont en butte aux murs et aux barbelés dans lesquels on a successivement enfermé le port de Calais, les entrées du tunnel ferroviaire sous la Manche et surtout les parkings où attendent les camions avant leur chargement sur le train. Mais depuis de nombreux mois et désormais même en période de « trêve hivernale », ils sont en butte à la répression quotidienne des forces de l’ordre : destruction des tentes fournies par les associations, confiscation de leurs biens, usage de gaz lacrymogène, humiliations et harcèlement constants. Poursuivie pendant plus d’un mois dès le début octobre, une grève de la faim de trois citoyens militants avait pourtant largement interpellé les autorités et sensibilisé l’opinion publique sur la situation dont la mort de 27 personnes exilées a été la conséquence ultime.

La même situation s’est reproduite à Grande Synthe. À la suite de l’élimination du camp humanitaire installé en mars 2016 par le Maire Damien Carême avec la collaboration de Médecins sans frontières, plus de deux mille réfugiés, en particulier kurdes, ont tenté de s’installer dans une forêt voisine ; hommes, femmes et enfants y subissent depuis évacuations et destructions successives. Le dernier démantèlement a eu lieu au seuil de l’hiver, le 16 novembre dernier.

Externalisation des frontières : la France comme la Libye

Constamment réprimées, ces personnes ont été poussées à un exil aléatoire et risqué dont on connaît les raisons : les conflits armés dont les pays de l’UE sont sinon les acteurs du moins les complices (Irak, Afghanistan, Syrie, Yémen), sans aucun doute ; mais aussi les conséquences destructrices, pour les communautés humaines et pour leur environnement, d’un système économico-financier globalisé, fondé sur les principes d’un néolibéralisme imposé par un capitalisme dérégulé. Le vaste mouvement de la mondialisation au profit des plus riches a permis notamment aux pays de l’UE d’établir des rapports de domination néo-coloniale sur les pays les plus pauvres dont on exploite sans merci autant les ressources matérielles que les « ressources humaines ». 

Des personnes donc cherchant un refuge dans les pays mêmes dont elles ont subi la domination ; des personnes contraintes de traverser un pays tiers pour atteindre le rivage d’une mer au-delà de laquelle se trouve le refuge espéré, dans un pays d’accueil où ils comptent souvent rejoindre parents ou proches.

Au Sud, un trajet marqué par les violences à travers des régions désertiques puis les agglomérations ennemies d’une Libye livrées aux milices rivales, dans la perspective d’une traversée de la Méditerranée vers un pays de l’UE qui peut leur être fatale.

À l’Ouest, un parcours hasardeux à travers les alpes maritimes, contrôlées par les forces de police prêtes à refouler migrantes et migrants, avant d’atteindre le rivage barricadé et étroitement surveillé d’une Manche où la mort peut empêcher exilées et exilés de rejoindre le pays de refuge, en l’occurrence la Grande Bretagne.

Dans le second scénario la France occupe en somme la position que la Libye occupe dans le premier, et cela à différents égards. De même que les gouvernements aléatoires et autoritaires de la Libye, la France a accepté la réalisation sur son territoire d’une externalisation de la frontière d’un pays voisin. Cette externalisation dans le Calaisis de la frontière de la Grande Bretagne a été consacrée en particulier par les accords du Touquet, signés en 2003 par Jacques Chirac du côté français et Tony Blair du côté anglais ; et cela à la suite de la fermeture du camp d’accueil de Sangatte. Aux termes de cet accord de fait totalement asymétrique, les polices de France et d’Angleterre peuvent intervenir pour contrôler les migrants sur le territoire de l’autre pays. C’est finalement la France qui a assumé l’essentiel des contrôles et de la répression à l’égard des exilés désormais considérés comme des « clandestins ». Ainsi en 2014 le Ministre de l’Intérieur du gouvernement Hollande, Bernard Cazeneuve, obtenait 15 millions d’euros de son homologue britannique Theresa May pour bloquer par des palissades sécurisées l’accès au port de Calais et au tunnel sous la Manche ; les exilées et les exilés qui tenteront de les franchir pour parvenir en Angleterre, leur but de paix, seront réprimés sans ménagement.

La France assure donc de manière uniquement policière l’externalisation de la frontière orientale de l’Angleterre de même que la Libye, par des moyens répressifs qui vont jusqu’à l’enferment des personnes exilées dans des camps aux conditions de détention violentes et indignes, assure l’externalisation des frontières méridionales de l’UE.

Répression des personnes exilées et crime contre l’humanité

La sinistre analogie peut être hélas poursuivie quant à la manière dont s’est déroulé le naufrage de l’embarcation qui a coûté la vie à 27 personnes le 24 novembre dernier. D’une part, appelées successivement au secours, les garde-côtes et les forces de police françaises, puis anglaises ont tout à tour refusé d’intervenir dans les eaux territoriales prétendues appartenir au pays voisin [1].

La comparaison est pertinente également pour le rôle joué par l’agence de garde-frontières et de garde-côtes de l’UE. Avec un budget qui a passé de 60 millions d’euros à sa création en 2006 à 11 milliards d’euros pour la période 2021-27, Frontex collabore depuis longtemps avec les garde-côtes d’une Libye dont a arbitrairement étendu les eaux territoriales vers Malte et l’Italie ; et c’est l’intervention de la même agence que réclame le Président Macron en demandant au lendemain du naufrage dans la Manche « le renforcement immédiat des moyens de l’agence Frontex aux frontières extérieures de l’UE » ; cela pour éviter que la Manche devienne « un cimetière » …

Quant à la réponse pratique du gouvernement français face au drame du 24 novembre elle vise uniquement les passeurs. Gérard Darmanin l’affirmé dans un tweet dénonçant « le caractère criminel des passeurs qui organisent ces traversées ». Il oubliait de mentionner que les voies légales réclamées depuis des années pour assurer le passage sûr des personnes exilées dans les pays de l’UE où elles cherchent refuge rendraient le recours aux passeurs totalement superflu.

En fait avec quatre morts en 2019, six morts et disparus en 2020, et désormais 34 morts et disparus pour 2021, la Manche est déjà devenue pour migrantes et migrants une zone de non-droit. En particulier la Convention internationale de 1974 pour la sauvegarde de la vie humaine en mer prévoit le sauvetage spontané des personnes en détresse maritime. 

De même qu’en Méditerrané centrale et désormais au large des Canaries pour l’UE, les effets mortifères de la politique de fermeture et d’externalisation des frontières de l’Angleterre avec la collaboration de la France correspondent à un nouveau crime contre l’humanité. Rappelons une fois encore qu’au-delà de  la persécution d’un groupe ou du recours systématique à la disparition forcée, l’article 7 du « Statut de Rome » de la CPI (17.7.1998) qualifie aussi comme crime contre l’humanité « les autres actes inhumains de caractère analogue (i. e. : meurtre, déportation, emprisonnement, réduction en esclavage, torture, persécution, etc.) causant intentionnellement de grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé physique ou mentale » ; et cela « lorsqu’il est commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette attaque ». Ce nouveau crime contre l’humanité devrait faire l’objet d’une dénonciation auprès de la Cour Pénale Internationale, dans une démarche analogue à celle entreprise par deux avocats en juin 2019 pour accuser l’UE de la disparition et de la mort de plus de 14 000 personnes exilées depuis 2013 au large des côtes de la Libye.

Voir :

https://blogs.mediapart.fr/claude-calame/blog/120120/les-effets-de-la-politique-migratoire-de-lue-en-mediterranee-et-en-libye-des-crimes-contre-lhuman

https://blogs.mediapart.fr/claude-calame/blog/080118/pres-de-40000-personnes-exilees-mortes-en-mediterranee-un-crime-contre-l-humanite

Et il faudrait y ajouter la négation généralisée des droits individuels et sociaux des personnes contraintes à l’exil par les effets d’une politique néocoloniale dont les pays de l’UE sont des acteurs déterminants, avec les conséquences environnementales et sociales destructrices que l’on sait et que l’on a dénoncées à plusieurs reprises. Réprimer migrantes et migrantes, faire un crime de leur aspiration à un refuge, les laisser trouver la mort en mer correspond à un déni d’humanité.

Claude Calame

On verra aussi la bonne analyse de Carine Fouteau dans « Mediapart » :

https://www.mediapart.fr/journal/france/241121/exiles-morts-dans-la-manche-le-naufrage-de-la-france

[1] Pour le détail des opérations, voir :

https://calaismigrantsolidarity.wordpress.com/2021/11/30/morts-et-refoulements-pour-cause-de-non-assistance-deliberee-dans-la-manche/

https://blogs.mediapart.fr/claude-calame/blog/071221/en-france-comme-en-libye-un-crime-contre-les-personnes-exilees

 

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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