Le caveau de la Huchette

Caveau de la Huchette affiche ses brocards
Brille noble enseigne miroir aux alouettes
Spectral Memphis Slim gît dans ses placards
Tourniquent sous plafond ses factices flouettes
 

Diva décadente tord ses cordes vocales
Trompette à contretemps découd la cantilène
S’épuise sous vapeurs l’hystérie musicale
Déchire sa toison pudique madrilène
 

Escompte scribouillard rentable providence
Recycle ministre sa quincaille culturelle
Arbore mécène clinquante décadence
Drague gloire déchue stupide sauterelle
 

S’exhibe en noir et blanc l’impudente opérette
Traîne star dépressive en manque d’attelage
Coule à pleines gorgées la traîtresse clairette
Déborde confidence en scabreux déballage
 

Presse l’allumeuse la juteuse amourette
Cuve la ribaude sa nuit de racolage
Grille l’amant d’un soir comme une cigarette
L’épouse modèle vertueuse et volage

 

Qu’importe l’emphase des fictives lorettes
Trompeuse Aphrodite vaut son rafistolage
La serveuse aux beaux seins divine bergerette
Gratifie l’esthète d’un fameux fuselage

 

Mustapha Saha

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LE CALLIGRAPHE DES SABLES. PAR MUSTAPHA SAHA. EDITIONS ORION. 2021

« Le calligraphe des sables »

 « Le calligraphe des sables » est l’intitulé d’un recueil de poèmes que vient de publier le poète, sociologue et artiste peintre Mustapha Saha, aux Editions ORION.

Ce recueil de 101 pages regroupe 39 poèmes, dont « L’Arpenteur d’infini », « Le Calligraphe des sables », « Le Temps des barricades », « La Déesse Terre », « Où sont les philosophes », « Le Forgeur de concepts », « Trouville en hiver ».

 Selon les Editions ORION, « Nous sommes face à un recueil de poésie qui plonge dans les palimpsestes lointains d’une mémoire oubliée pour faire renaître le mot et le verbe. Mustapha Saha, en fin connaisseur de l’Histoire et de ses ramifications, nous distille une poésie raffinée, subtile et économe qui célèbre l’humain, même dans ses travers ».

Dans la première page du recueil, un message adressé à Mustapha Saha par le sociologue et philosophe Edgar Morin dans lequel ce dernier se dit « envoûté par la beauté de ta poésie. Tu as rajeuni le vieil alexandrin en lui insufflant ta vision transfiguratrice. Tu lui as donné une musique forte et un pouvoir évocateur extraordinaire. Merci pour ce beau recueil ».

Unknown

Inclassable au vu de ses différentes appétences créatives, Mustapha Saha compte à son actif un cursus à l’Université Paris X de Nanterre. Il réalise, sous la direction d’Henri Lefebvre, ses thèses de sociologie urbaine (Psychopathologie sociale en milieu urbain désintégré) et de psychopathologie sociale (Psychopathologie sociale des populations déracinées), fonde la discipline Psychopathologie urbaine et accomplit des études parallèles en beaux-arts. Il explore l’histoire du « cinéma africain à l’époque coloniale » auprès de Jean-Rouch au Musée de l’Homme.

Il publie, par ailleurs, sur les conseils de Jacques Berque qui l’exhorte à renouer avec ses racines, « Structures tribales et formation de l’État dans le Maghreb médiéval », aux éditions Anthropos.

Mustapha Saha a été sociologue-conseiller à la Présidence de la République française.

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MUSTAPHA SAHA EN MAI 68. COUR DE LA SORBONNE. SLOGAN LIBEREZ L'EXPRESSION TRACE PAR MUSTAPHA SAHA SUR LE PIEDESTAL DE LA STATUE DE LOUIS PASTEUR

Le temps des barricades

Rappelle-toi Clara la cachette stressante
Où nos corps éprouvés par les coups de matraque
S’aimantèrent sans bruit jusqu’à l’aube naissante
Pendant que rugissaient les griffons de la traque
 

Mon mouchoir imprégné d’une odeur de manille
Comme unique parade aux gaz lacrymogènes
Ton haleine embaumée d’un nectar de vanille
Où mon souffle puisait ses bulles d’oxygène
 

Rappelle-toi Clara le campus de Nanterre
Où germa la révolte au creux des bidonvilles
Je n’avais pour trésor qu’un matelas par terre
Tu vivais dans les ors d’un manoir à Trouville
 

Des forbans de piscine épris de libido
Ainsi nous décrivait la presse puritaine
Et notre abordage ludique et sans credo
Chavira le navire et son grand capitaine

 

Pirates sûrement de vie pleine et festive
Quand nous prîmes d’assaut la tour des mandarins
Tu flânais sur le pont seule contemplative
J’étais déjà croché dans tes rêves marins
 

Rappelle-toi Clara cette cour des miracles
Que l’austère Sorbonne abrita par gageure
Ces clowns autogérés qui jouaient les oracles
Ces belles tatouées de slogans ravageurs
 

Et ces mots affranchis des entraves morales
Et ces mains délivrées de mille ans d’interdits
Qui célébraient sans fin sur des fresques murales
Le feu d’artifice des plaisirs inédits

 

Les doctes professeurs mangeaient des mandarines
Les statues de marbre clignaient d’un œil complice
Je flattais en secret ta bouche purpurine
Tu murmurais mon nom comme un tendre supplice
 

Rappelle-toi Clara ces mutins du savoir
Qui scandaient en couleur aux portes des palais
La beauté dans la rue la laideur au pouvoir
Et transformaient l’asphalte en jardins d’azalées
 

Des brassées de pensées s’offraient sur les trottoirs
Des tourbillons d’idées à donner le vertige
Jaillissaient de partout furtifs aléatoires
Des projets insensés fleurissaient les vestiges
 

Nous fûmes du gaullisme incrédules témoins
Et de notre légende acteurs sans vanité
Des fous de liberté rien de plus rien de moins
Le temps de nos vingt ans valait l’éternité
 

Rappelle-toi Clara la retraite aux Beaux-arts
La lecture à deux voix de Marcuse et Fanon
Les artistes grimés comme des maquisards
Les affiches tirées comme obus de canon
 

Et ces moments de trêve entre deux escarmouches
Passées dans l’urgence d’inventives ripostes
Forgeurs de canulars meneurs et fines mouches
Croisaient leurs trouvailles du centre aux avant-postes
 

Et ces journées de paix sur les bords de la Seine
Sous les saules pleureurs s’éloignait la colère
J’écrivais un hommage aux captifs de Vincennes
Tu plongeais dans un livre et voguait la galère
 

Rappelle-toi Clara l’ultime barricade
Que nos mains écorchées cimentaient de broutilles
Ton sourire inondé de désir en cascade
Mon regard embrumé de fictives Bastilles
 

Les bricoleurs testaient d’improbables mélanges
Les stratèges parlaient de théories des feintes
Je dormis dans tes bras du bref sommeil de l’ange
Tu veillas sans rancœur nos utopies défuntes
 

La rue des Saints-Pères sa plage et ses pavés
Furent vite écurés par les pires cerbères
Du sang noir serpentait sur mon jean délavé
Un clochard nous sourit au pied d’un réverbère

 

Mustapha Saha, Le Calligraphe des sables, éditions Orion, 2021.

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

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