VOX et sa nouvelle internationale d’extrême droite

L’internationale la plus à droite du monde hispanique a réussi à s’imposer dans plusieurs partis de la droite dure d’Amérique latine, afin de déstabiliser la démocratie.

L’extrême droite a créé le Forum de Madrid afin d’organiser les forces qui cherchent à renverser tous les gouvernements « progressistes » de ce que VOX appelle « l’ibérosphère » (la sphère d’influences de la péninsule ibérique castillane), celle-là même qui cherche à s’étendre à tous les pays hispanophones, au Brésil et au Portugal.

Son premier objectif : rassembler tous les putschistes qui cherchent à renverser le dernier gouvernement élu de la gauche latino-américaine.

Dans les deux mois de la prise de fonction du président péruvien Pedro Castillo, alors que, le 22 septembre, il rentrait tout juste de sa tournée au Mexique et aux États-Unis ; une délégation du parti le plus d’ultra-droite et pro-franquiste du Parlement espagnol arrivait à Lima. La délégation de VOX est arrivée dans la capitale du pays qui célébrait le bicentenaire de la proclamation de son indépendance précisément vis-à-vis de Madrid, pour lui demander son adhésion à la « Charte de Madrid » et la création d’un Forum contre le « narco-communisme » et le « narco-socialisme », sous l’égide de la capitale de l’ancienne monarchie impériale.

VOX veut structurer le Forum de Madrid, une nouvelle organisation internationale qui rivalise avec Forum de Sao Paulo, de gauche, et le Groupe de Puebla, de centre-gauche, pour promouvoir la mise à l’arrêt de la Communauté des États Latino-Américains et des Caraïbes CELAC) et la chute ou le reversement de tout gouvernement se prétendant « progressiste », qu’ils assimilent à une forme de « communisme ». Et leur visite a rencontré un certain succès, puisqu’ils ont réussi à faire signer leur charte à près de cinquante personnalités, ce qui représente entre un quart et un cinquième des quelques 200 signataires issus de dizaines de pays.

VOX, le parti qui souhaitait le plus vivement que le Parlement européen ne reconnaisse pas les élections péruviennes et soutienne un coup d’État, a réussi à obtenir le plus de signatures pour sa « Charte de Madrid » à Lima. Les membres du Congrès des partis : Force Populaire (FP), l’Alliance Pour le Progrès (APP), En avant pays (AvP) et la Rénovation populaire (RP), ainsi que d’autres dirigeant·es politiques et d’entreprises, ont transformé le « Damier de Pizarro [1] » en bastion principal de ce nouveau « Forum des Conquistadors ». Les principaux promoteurs de ce Forum revendiquent le rôle civilisateur des Espagnols dans l’invasion et la destruction des cultures amérindiennes ; et promeuvent la discrimination à l’égard du féminisme, de l’Islam, des migrant·es (en particulier des Africain·es), des minorités nationales et sexuelles et des droits des femmes.

Si, lors de la visite d’Evo Morales, la presse grand public s’employait à le suivre au millimètre, s’interrogeant sur les lieux où il logeait, ce qu’il mangeait ou les personnes qu’il rencontrait ; aujourd’hui, ces mêmes médias n’ont que peu couvert la tournée de VOX. Les mêmes groupes parlementaires d’extrême-droite qui prétendaient faire déclarer persona non grata l’ancien président constitutionnel d’un pays voisin, sont ceux qui ont rencontré VOX et ont même décidé de rejoindre leur « Forum de Madrid ».

Charte de Madrid

Celle-ci soutient que « plus de 7 millions de personnes font partie de l’iberosphère […] Cependant, une partie de la région est séquestrée par des régimes totalitaires d’inspiration communiste, soutenus par le trafic de drogue et des pays tiers. Tous, sous la coupe du régime cubain, et d’initiatives telles que le Forum de Sao Paulo et le Groupe de Puebla, infiltrent les centres de pouvoir pour imposer leur programme idéologique. »

Le concept d’ibérosphère n’existe dans aucun dictionnaire : c’est une création de VOX, qui l’identifie à une carte de tout l’hémisphère des Amériques encapsulée dans la carte de la péninsule ibérique. Depuis 1949, il existe l’Organisation des États ibéro-américains (OEI), fondée par toutes les nations hispanophones, lusophones et catalanophones, et depuis 1991, il existe les sommets latino-américains (comprenant l’Amérique-latine, l’Espagne, le Portugal, l’Andorre et la Guinée Équatoriale et visant à inclure six républiques ayant pour langue officielle le portugais en Afrique et en Asie, et possiblement les Philippines). Ce concept met sur le même plan les pays de langue ibérique et l’Amérique-latine. L’« ibérosphère » est une approche qui peut être comprise comme l’Ibérie et sa sphère d’influence (ses dépendances), ce qui correspond à la vision de VOX, qui voit le reste des pays jadis conquis par les ibériques comme des nations qui ont été (selon eux) « civilisées » par eux.

L’affirmation selon laquelle une partie de cette région est « séquestrée par des régimes totalitaires d’inspiration communiste » est volontairement vague, mais il est clair qu’elle ne se réfère pas seulement à Cuba (l’unique pays occidental régi par un parti communiste), ou au Venezuela et au Nicaragua, mais pourrait aussi s’étendre à la Bolivie, au Pérou, au Mexique, à l’Argentine, au Portugal et à l’Espagne, puisque tous ces États sont gouvernés par des partis rattachés au centre-gauche Groupe de Puebla ou au Forum de Sao Paulo.

Il est frappant de constater que tous ces pays sont présentés comme étant associés au trafic de drogues alors que le principal pays exportateur de drogue (la Colombie), et le principal importateur et distributeur (les États-Unis) n’ont jamais eu de gouvernement qui soit de gauche. Au Pérou, au Mexique et en Amérique centrale, les drogues et les bandes criminelles se sont renforcées avec des dirigeant·es de droite.

Comme l’affirme Sebastián Abascal Conde, leader de VOX et promoteur de la Charte, son objectif est de structurer un Forum bien organisé pour contrebalancer le Forum de Sao Paulo et Groupe de Puebla. Le premier est né en 1990 dans le pays concentrant la majorité des habitant·es du territoire d’Amérique du Sud et à l’initiative du Parti des travailleurs de Lula, pour rassembler la gauche socialiste, travailliste, communiste, sandiniste et bolivarienne d’Amérique latine et des Caraïbes. Au contraire, le second a émergé dans la république hispanophone la plus peuplée de 2019 comme une initiative du nationaliste Andrés Manuel López Obrador (AMLO) pour unir les secteurs les plus modérés de la gauche et les plus radicaux du centre et au libéralisme latino-américain (incluant l’Espagne et excluant les Caraïbes anglophones, francophones et néerlandophones).

Certaines figures comme Rafael Correa, Lula et Dilma Rousseff sont dans les deux blocs, mais le président péroniste argentin Alberto Fernández et l’ancien président libéral colombien Ernesto Samper ne se trouvent que dans le Groupe de Puebla ; et les communistes, sandinistes et bolivarien·nes n’y sont pas mais se trouvent en revanche dans le Forum de Sao Paulo. Ce dernier ne comprend pas de mouvements anticapitalistes comme le Front de gauche d’Argentine, qui a obtenu 7,6% de voix lors des récentes élections primaires nationales du 12 septembre. Alors que les trotskystes, les anarchistes et les guérillero·as péruvien·nes ne font partis d’aucuns de ces blocs, Véronika Mendoza, la seule péruvienne du Groupe de Puebla, et les partis communistes Patrie rouge et Unité, ainsi que Pérou libre et les humanistes sont dans le Forum de Sao Paulo.

VOX et ses partenaires du Forum de Madrid, en accusant le Groupe de Puebla d’inciter « les régimes totalitaires d’inspiration communiste, soutenus par le trafic de drogue et des pays tiers », étendent également cette caractérisation à des gouvernements comme ceux du péronisme argentin, ceux du Front large uruguayen ou de la Concertation des partis pour la démocratie, sociale-démocrate et démocrate-chrétienne chilienne, au nationalisme mexicain et même au libéralisme colombien traditionnellement associé au centre-droit.

Il est curieux que Castillo soit qualifié de « communiste autoritaire » quand ce dernier, au même titre que Fernández et Samper, ne s’est jamais proclamé socialiste ou anti-impérialiste, et maintient la démocratie multipartite et le modèle économique monétariste en place depuis trois décennies. Castillo est un tel « dictateur » qu’il tolère le contrôle par l’opposition des deux tiers du Congrès et la quasi-totalité de la presse quotidienne et télévisée, alors que le pouvoir judiciaire a investi les locaux du parti au pouvoir et cherche à emprisonner son secrétaire général.

VOX n’est pas le seul à vouloir créer une opposition internationale à la gauche. Mario Vargas Llosa et le Parti Populaire (PP) espagnol ont parrainé une « rencontre ibéro-américaine pour la liberté » le 6 juin, deux semaines avant le second tour des élections présidentielles péruviennes, à Quito. Y ont participé le nouveau président équatorien, Guillermo Lasso, et son homologue colombien, Iván Duque. Keiko Fujimori a également été invitée à cet évènement mais la justice ne lui a pas permis de quitter le pays puisqu’elle était en prison (bien que, paradoxalement, elle ait été autorisée à présenter sa candidature pour être cheffe d’État). Pendant que le bloc latino-américain du PP a, lui, réussi à entraîner des dizaines de dirigeant·es qui sont ou ont été à la présidence d’un pays hispanophone, VOX n’a jamais réussi à attirer une personnalité de cette envergure.

Keiko Fujimori a permis à plusieurs représentant·es de son parti, Force populaire, de signer la Charte de Madrid, dont ses deux anciens candidat·es à la vice-présidence : Luis Galarreta (secrétaire général du parti) et Patricia Juárez, Henando Guerra García (porte-parole de son parti) et d’autres figures et cadres du parti : Eduardo Cillóniz, Eduardo Lizarzaburu et Rosángela Barbarán. En revenche, que cette dernière n’a pas souhaité signer la charte afin de ne pas se dissocier du bloc qu’elle construit avec Vargas Llosa, ce qui compromettrait ses chances d’être acceptée par la droite européenne « officielle ».

Javier Bedoya, maire adjoint de San Isidro [2], fait également partie des signataires. Cependant, ni Lourdes Flores, ni aucun membre du Parti populaire chrétien (PPC) fondé par Luis Bedoya, récemment décédé, n’a souhaité souscrire à cette charte. En effet, le PPC est officiellement membre de l’Internationale démocrate-chrétienne  IDC), qui est la colonne vertébrale du Parti populaire européen (PPE), le parti le plus important au Parlement européen. Aucun apriste [3] n’a signé ce document non plus, car ils font officiellement partie de l’Internationale socialiste IS en collaboration avec le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) qui vient d’arriver en tête des élections fédérales allemandes du 26 septembre.

Bien que l’APRA (Alliance populaire révolutionnaire américaine) et le PPC aient encouragé la candidature de Keiko Fujimori, et refusé de reconnaître les résultats des élections générales péruviennes, et que tout cela les relie au Forum de Madrid ; ils refusent de rejoindre officiellement ce bloc afin de ne pas perdre leurs liens historiques avec les organisations internationales auxquelles ils sont affiliés. Ce qui est paradoxal, c’est que ces internationales ont rejeté les tentatives de remise en question du second tour des élections péruviennes pour fraude, et ont refusé de déstabiliser le gouvernement élu ; et qu’aucune d’entre elles ne veut rien savoir du VOX. En Allemagne, aucun des partis entrés au Parlement ne veut dialoguer avec l’extrême droite xénophobe qui a remporté un dixième des votes (Alternative pour l’Allemagne ou AfD), avec laquelle VOX sympathise ouvertement.

Au Pérou, les sections officielles de l’Internationale sociale-démocrate et de l’Internationale démocrate-chrétienne suivent la ligne inverse, car non seulement elles pactisent avec l’extrême-droite (qui, contrairement à l’Europe, a été au pouvoir et a imposé une dictature très répressive), mais elles sont devenues les principaux organisateurs de manifestations pour un coup d’État afin de se hisser au pouvoir.

VOX

Il s’agit du parti d’extrême-droite espagnole. Il a été créé en décembre 2013 suite à une scission extrémiste et philo-fasciste du PP, la force de la droite espagnole, qui alterne au pouvoir avec le PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol). Rappelons que le PP a soutenu le coup d’État militaire du 11 avril au Venezuela, qui a brièvement destitué le président constitutionnellement élu, Hugo Chávez.

VOX représente les secteurs les plus conservateurs, homophobes, centralistes et anti-migrant·es de la droite. Le parti s’est différencié du PP par son hostilité envers l’avortement, les droits et les mariages des personnes de même sexe, aux musulman·es et aux migrant·es, ainsi qu’au nationalisme des Catalan·es et des Basques. VOX ne transiger pas avec les groupes qui ont pris les armes contre le franquisme et souhaite abolir les communautés autonomes.

Non seulement le parti s’oppose à ce que les Catalan·es aient le droit à l’autodétermination ou à un référendum pour savoir s’ils et elles souhaitent se séparer de Madrid (et devenir une République indépendante, comme celle que le Pérou et d’autres pays hispano-américains ont créée il y a deux siècles), mais il appelle à l’abolition de toutes les formes d’autonomie. Il réclame l’interdiction des partis séparatistes, y compris la Gauche républicaine catalane qui gouverne légalement cette nation. Il s’inspire du franquisme, bien qu’il ne parvienne toujours pas à demander l’abolition ou la persécution des langues natives catalane, galicienne ou basque.

Lorsque le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez a voulu déplacer la tombe du général Franco de la Valle de los Caídos (la Vallée de ceux qui sont tombés) vers une sépulture normale, en dehors de ce lieu si chargé de victimes républicaines, le parti s’y est opposé. VOX ne souhaite pas rompre avec Franco, le pire tyran fasciste que l’Ibéro-Amérique ait connu, responsable d’un holocauste qui a fait plus d’un demi-million de morts, et qui a transformé son pays en un terrain d’essai pour les nazis d’Hitler et les fascistes de Mussolini – qui ont ainsi été encouragés à bombarder leurs civil·es et à préparer ainsi le terrain de la Seconde Guerre mondiale (la guerre civile espagnole a été le prologue de la pire boucherie de l’histoire mondiale).

Franco a fait de son pays le seul de toute l’Ibéro-Amérique à ne pas être une République, et dont le chef d’État ne sera jamais élu. La monarchie a été rétablie sans aucun référendum.

VOX a été accusé d’inciter à la haine contre les minorités sexuelles, religieuses et nationales. Sa position sur la République arabe sahraouie démocratique (que Castillo vient de reconnaître) sont révélatrices de ses propositions de rétablir l’empire colonial. VOX ne souhaite pas que cet État existe, mais que ses territoires, qui se trouvent en Afrique de l’Ouest (et qu’aujourd’hui le Maroc a partiellement envahis et encerclés), soient rendus à sa monarchie européenne.

VOX s’oppose aux prétentions maritimes du Maroc près des îles Canaries. Il s’est opposé également à l’officialisation de célébrations religieuses musulmane à Ceuta et Melilla (les deux villes autonomes espagnoles sur la côte marocaine, qui ont toutes deux des populations arabophones et musulmanes), et à toute concession à l’Islam et aux autonomies. VOX souhaite un retour à la monarchie centraliste et s’associe à d’autres courants européens qui appellent à une croisade raciste contre la pénétration de l’Islam.

VOX propose un conservatisme social extrême basé sur le rejet du libéralisme social, du féminisme, du mariage des personnes de même sexe, de l’avortement et de l’euthanasie, et sur la revendication du port personnel d’armes à feu et des sports sanglants avec des animaux tels que la corrida. Le parti comporte de nombreux éléments du cléricalisme catholique, tout en cherchant à réduire le montant des impôts sur les grandes entreprises et à promouvoir une économie où l’État interviendrait moins. Il est allé jusqu’à nier le rôle de l’activité humaine et celui des entreprises extractives dans la détérioration de la faune, de la flore et de l’environnement de la planète.

Cependant, le pire affront que VOX ait fait à nos peuples, a été de célébrer le plus grand génocide commis dans l’histoire mondiale, qu’il fête comme une grande œuvre civilisatrice de sa monarchie.

Avec le génocide de nos ancêtres

Ce 13 août, les Américain·es, nous nous souvenons avec douleur des 500 ans qui se sont écoulés depuis la destruction, en 1521, la plus grande cité du « Nouveau Monde » aux mains des conquistadors. Jusqu’alors, Tenochtitlán était une cité plus grande, plus propre, plus productive, plus riche et plus ordonnée que n’importe quelle ville européenne. Mais les troupes d’Hernán Cortés la détruisirent et la pillèrent pour construire sur ses décombres ce qui constitue aujourd’hui la plus grande métropole de l’hémisphère : Mexico.

Deux décennies plus tôt, Christophe Colomb avait commencé à exterminer des millions de personnes dans les Caraïbes, et deux décennies plus tard, Pizarro en faisait de même avec les peuples des Andes et du Pérou. Les troupes espagnoles ont perpétré le plus grand génocide de toute l’histoire de l’humanité, plus important que celui causé par les hordes de Gengis Khan, les esclavagistes des Africain·es et plus tard les auteurs des holocaustes des deux guerres mondiales. En quelques décennies, 90 à 98% des 100 millions de nos ancêtres, qui peuplaient cet hémisphère dans lequel ils et elles puisaient leurs racines depuis au moins 20 000 ans, ont été anéanti·es.

Pour celles et ceux d’entre nous qui ont des ancêtres parmi ces peuples autochtones ou parmi les esclaves africain·es amené·es par les envahisseurs, ce fut une grande tragédie. Au contraire, ces événements ont été célébrés comme un grand exploit par les partisan·es de la conquête. Et le seul parti espagnol qui a revendiqué le rôle « civilisateur » de son empire a été VOX.

Alors que le souvenir du massacre de Cortés suscite l’indignation des descendant·es d’Amérindien·nes, VOX a célébré ce fait sur Twitter, comme des nazis saluant les chambres à gaz contre les Sémites, les Tziganes et les Slaves, ou des fanatiques ottomans glorifiant le massacre à l’arme blanche des Arménien·nes et des chrétien·nes turc·ques, ou des Hutus génocidaires célébrant la quasi-extermination des Tutsis du Rwanda.

Voici le tweet de VOX : « En ce jour, il y a 500 ans, une troupe d’Espagnols dirigée par Hernán Cortés et des alliés autochtones ont obtenu la reddition de Tenochtitlán. L’Espagne a réussi à libérer des millions de personnes du régime sanguinaire et de terreur des Aztèques. Fiers de notre Histoire. »

La capitale aztèque fut complètement rasée jusqu’à ce que tout vestige en soit extirpé. Avec d’être détruite, la quasi-totalité de la population de cette ville a été anéantie par des virus, des parasites et par le feu des armes. Les Mexicas avaient déjà expulsé les envahisseurs, mais ils et elles n’ont pas pu faire face à des micro-organismes plus mortels que le COVID-19, contre lesquels ils et elles n’avaient aucune immunité biologique (contrairement aux Européens et à leurs esclaves africain·es, habitué·es à vivre avec les virus de leur bétail depuis des millénaires).

L’Espagne n’a pas « réussi à libérer des millions de personnes du régime sanguinaire et de terreur des Aztèques », mais a simplement exterminé des millions et des dizaines de millions d’Amérindien·nes. Pour justifier ses massacres, elle a présenté de grandes civilisations comme des barbares. Le nom « cannibale » vient des Caribes, le peuple qu’elle a exterminé aux Antilles, ce même peuple qui ne chassait pas ses ennemis pour les manger, qui était une minorité dans cette mer (aux Antilles la majorité était des Arawaks et sur le continent, face à la mer des Caraïbes, ils et elles parlaient les langues chibcha ou maya) et qui subsiste encore dans les bassins de l’Amazone ou de l’Orénoque sans dévorer d’humain·es.

Cela a provoqué l’effondrement des peuples qui ont donné au monde le premier aliment génétiquement modifié, le maïs, ainsi que la pomme de terre, le cacao, la tomate, le quinoa, la vanille, les dindes, les cochons d’Inde, les alpagas, les lamas, les piments et les haricots rouges, entre autres produits, qui ont créé le plus gigantesque réseau de routes et de ponts suspendus de toutes les chaînes de montagnes de la planète, qui ont réalisé des constructions antisismiques, où d’imposantes pierres étaient assemblées sans qu’une aiguille ne puisse passer entre elles. Des peuples qui ont développé le concept du zéro et un calendrier plus parfait que celui de leurs contemporains grecs ou romains, qui ont inventé la terre la plus fertile de tous les temps : la « terra preta », qui a contribué à transformer l’Amazonie en un immense jardin cultivé par l’être humain, le plus grand que notre globe n’ait jamais connu. Des peuples qui ont réussi à acheminer leurs produits (comme la patate douce) jusqu’en Nouvelle-Zélande bien avant que les Européens n’arrivent là-bas ou sur nos côtes, qui ont effectué des traversées intercontinentales et interocéaniques précolombiennes, entre de nombreuses autres contributions à l’humanité.

Ni Colomb, ni Cortés, ni Pizarro n’ont apporté la « civilisation ». Au contraire, ils ont rencontré de nombreuses civilisations qui, bien que dépourvues de chevaux, d’armures ou de poudre à canon, étaient plus avancées qu’eux en matière de techniques agricoles, de stockage et de distribution équitables face à la sécheresse et autres calamités naturelles, d’hygiène, de coexistence harmonieuse avec la nature, d’astronomie et de nombreuses autres sciences.

Les conquistadors ne se sont pas imposés à nous en raison de leurs avancées ou de leur ingéniosité, mais parce qu’ils ont apporté des micro-organismes contre lesquels les Amérindien·nes ne disposaient pas d’autodéfenses, de vaccins ou d’antibiotiques.

Il s’agit, de loin, du plus grand génocide qu’ait connu l’humanité au cours de ses centaines de milliers d’années d’existence. La quasi-totalité de la population d’une de ses deux masses terrestres ayant été anéantie, il a fallu transporter des esclaves africain·es (occasionnant un autre holocauste) pour remplacer le dépeuplement massif des Caraïbes et des côtes atlantiques.

À la suite de ce génocide colossal, de nombreuses formes d’écriture (dont celles des quipus) ne peuvent plus être déchiffrées aujourd’hui, d’innombrables langues ont été perdues (dont celle des Chachapoyas et la langue maternelle des Incas, le puquina) et une série de technologies de pointe restent inconnues (comme la manière de construire des édifices monumentaux en pierre, de fabriquer de la terra preta, etc.)

VOX appelle ouvertement à la condamnation de l’indigénisme comme un affront à la civilisation occidentale. Et, comme si cela ne suffisait pas, l’ensemble des signataires péruvien·nes de la Charte de Madrid osent dire que Guzmán [4] a été le plus grand génocidaire de l’histoire du Pérou. Le fait que ce chef terroriste était un criminel responsable du meurtre de 3 à 4 dizaines de milliers de Péruvien·nes (0,2% des plus de 30 millions de Péruvien·nes) n’est pas contesté. Cependant, ni cela ni les massacres de milliers de personnes commis par Fujimori ou Belaunde, ou encore par ou contre les apristes, ou pendant les guerres contre le Chili ou l’Espagne ne correspondent strictement à la définition internationale de ce qu’est un génocide.

Selon l’Académie royale espagnole (RAE) et les Nations unies, le génocide ne se limite pas aux meurtres de masse ou aux massacres de dizaines de milliers de personnes, car, dans ce cas, toutes les guerres seraient génocidaires. Pour le dictionnaire de la RAE, le génocide est « l’extermination ou l’élimination systématique d’un groupe humain sur la base de sa race, de son ethnie, de sa religion, de sa politique ou de sa nationalité ». Cette définition ne correspond pas à ce qu’il s’est passé pendant la guerre interne péruvienne, à moins que l’on ne dise qu’il y avait une intention de la part de l’un ou l’autre camp (ou des deux) d’exterminer les Asháninkas, la troisième nationalité autochtone péruvienne en termes de nombre et celle qui a le plus souffert en termes de pertes pendant le conflit de 1980 à 1993.

Le fujimorisme a déformé le terme international de « génocide », ainsi que celui de « terrorisme » ou de « communisme ». Le terrorisme est une méthode brutale qui vise à insuffler la terreur et qui peut être commise par une force politique. Cependant, les partisan·es du fujimorisme ne reconnaissent pas le terrorisme employé par les forces répressives ou gouvernementales, et ont désidéologisé le maoïsme pour en faire un simple terrorisme. D’autre part, ils et elles accusent toute la gauche et le centre-gauche d’être communistes, ce qui implique de mettre AMLO, les péronistes argentin·es, les sociaux-démocrates chilien·nes et uruguayen·nes, le PT brésilien, le chavisme, le MAS bolivien et le PSOE dans le même sac que le Sentier lumineux. Paradoxalement, leur anticommunisme ne s’étend pas au parti communiste qui gouverne la Chine, qui est devenu le principal partenaire commercial capitaliste des gouvernements péruviens de droite.

Un génocide, c’est ce qu’ont récemment subi les Tutsis du Rwanda, que les Hutus souhaitaient rayer de la carte ; les Yézidi·es, que l’État islamique en Irak et en Syrie a souhaité anéantir ; ou les Serbes de Croatie, qui ont fait l’objet d’un nettoyage ethnique dans ce pays avant que celui-ci ne rejoigne l’Union européenne, ou encore les musulman·es en Bosnie. Et c’est une chose dont ont souffert de nombreux peuples amérindiens et afro-descendants. Pendant la République, on a souhaité exterminer les Rapa Nui en les transportant de la mal nommée « Île de Pâques » vers nos côtes pour les utiliser comme esclaves pour collecter le guano, [5] ainsi que de nombreuses nationalités des Andes et de l’Amazonie. Même pendant le premier gouvernement de Belaunde [NDT : de 1980 à 1985], les forces armées et l’aviation ont reçu l’ordre de mitrailler et de bombarder au napalm (armes de destruction massive) les autochtones Mayorunas à la frontière avec le Brésil, afin de les exterminer pour leur « sauvagerie ».

Lorsque Keiko Fujimori et ses partisan·es accusent leur ennemi juré Guzmán d’être le plus grand génocidaire de l’histoire, ils et elles font deux choses :

  • 1) justifier sa dictature répressive et ses tentatives de la rétablir ; et

  • 2) nier le pire génocide de l’histoire du Pérou, de l’Amérique et du monde : celui de 90 à 98% de la population originelle de nos terres.

Aujourd’hui encore, celles et ceux qui ont signé la Charte de Madrid n’ont jamais remis en question le fait que notre cathédrale de Lima est probablement la seule de toutes les capitales du monde à exposer, comme s’il s’agissait d’un saint, le squelette complet de l’homme qui a initié le pire génocide de son histoire. Pizarro est non seulement glorifié dans notre temple principal, mais également par la dénomination du centre de Lima (le « damier de Pizarro ») ou du palais du gouvernement, ainsi que par la présence de nombreux monuments à sa gloire et à celle d’autres conquistadors dans diverses régions du pays.

Keiko Fujimori, qui demande que les écoles dispensent un cours sur l’histoire du terrorisme (dans lequel elle veut exclure ce que son père et ses allié·es ont fait au pouvoir), ne souhaite pas parler du génocide de la conquête, et les groupes parlementaires du FP, du RP, de l’APP et de l’AvP se sont associés à celles et ceux qui ont transformé l’holocauste de nos ancêtres amérindien·nes et africain·es en une « œuvre civilisatrice » de l’autocratique monarchie impériale espagnole. Par ailleurs, l’un des député·es fujimoristes a fait parvenir une lettre au roi Felipe pour s’excuser du message présidentiel de Castillo, qui avait commis la faute de rappeler au monarque, de manière très polie et courtoise, ce que les horreurs de la conquête et du pillage signifiaient pour les Péruvien·nes.

Promotion des coups d’État et de l’autocratie

Parmi les signataires de la Charte de Madrid, on distingue :

  • En Bolivie, l’ancien ministre de l’Intérieur, Arturo Murillo, qui a orchestré le coup d’État contre Evo Morales et a voulu faire interdire son parti tout en le condamnant pour terrorisme. Et ceci, alors même qu’éclatent chaque jour un peu plus au grand jour ses plans pour voler l’avion qui le transportait, ou ses projets d’engager des milliers de mercenaires nord-américains pour empêcher le triomphe électoral de Luis Arce à la présidence bolivienne en 2020 (un projet similaire à celui de Guaidó au Venezuela contre Maduro, et qui a ensuite utilisé à Haïti pour tuer le président haïtien). Cette idée aurait également bien pu être envisagée par certains groupes qui auraient souhaité empêcher l’ascension de Castillo au pouvoir.

  • Au Venezuela, plusieurs groupes soutenant Guaidó et Leopoldo López, le chef de son parti originel Volonté Populaire. Alors que ces deux-là ont tenté plusieurs coups d’État et même des magnicides contre le chavisme, parmi celles et ceux qui souscrivent à cette « Charte de Madrid » on compte l’ancien député Alberto Franceschi, l’ancien maire de Caracas, Antonio Ledesma, ou Marina Corina Machado du parti Vente. Ce sont elles et eux qui ont promu encore plus résolument l’embauche de mercenaires et de condamné·es encore plus extrêmes et ultras pour que leur pays (le Venezuela) puisse être envahi par les États-Unis et par ses voisins. Et cela, même si cela devait occasionner des centaines de milliers de morts, pour les « libérer » du chavisme. Souvenons-nous que le coup d’État du 11 avril 2002, qui avait réussi à destituer Hugo Chavéz, a été encouragé par le gouvernement espagnol du PP, que VOX soutenait à cette époque. Aujourd’hui, VOX est plus virulent encore dans ses appels à une intervention militaire extérieure, même si cela pourrait faire de l’Amérique du Sud l’Indochine ou le Moyen-Orient de demain.

  • En Colombie, plusieurs « uribistes » [6], comme la sénatrice María Fernanda Cabal, qui, à la mort du plus grand romancier de son pays, Gabriel García Márquez, a publié une photo de lui avec Fidel Castro en déclarant qu’il était maintenant en enfer. Elle s’est opposée au processus de paix au sein de sa propre République et est allée jusqu’à se moquer des attentats des partisan·es de Ben Laden en France en suggérant que les Français·es accordent aux djihadistes une représentation parlementaire directe (comme ce qu’il s’est passé avec les FARC à Bogota). C’est une négationniste du tristement célèbre massacre des 3 000 bananier·es qu’elle considère comme un « mythe » et elle a tenu plusieurs propos anti-autochtones.

  • Au Chili, José Antonio Kast, ancien candidat de l’extrême-droite et s’étant déclaré en faveur de Pinochet, a demandé que l’on pardonne à des militaires ayant violé les droits humains, a voulu fermer la frontière avec la Bolivie pour empêcher des migrant·es d’entrer au Chili et a cherché à sanctionner la France pour avoir osé offrir l’asile à un homme politique de gauche.

  • En Argentine, plusieurs dirigeant·es du parti de la droite dure, Proposition Républicaine (PRO) et Javier Miley, qui s’est autoproclamé anarcho-capitaliste partisan de la libre entreprise sans intervention étatique.

  • Au Salvador, plusieurs membres d’ARENA, l’Alliance Républicaine Nationaliste, le parti anticommuniste créé par des groupes paramilitaires et des escadrons de la mort datant de l’époque de la guerre civile.

  • Au Mexique, plusieurs sénateurs et sénatrices du PAN (Parti Action Nationale), même si l’une d’entre eux, Xóchitl Gálvez, a beaucoup questionné ses collègues sur les raisons de leur signature à ce pacte avec VOX et les accuse de détester les femmes, les migrant·es et les autochtones en présentant l’Espagne comme les « sauveurs de la sauvagerie ».

  • Au Brésil, le député Eduardo Bolsonaro, le fils du président, qui partage avec son père son hostilité envers les mesures de lutte contre la pandémie, son positionnement en faveur de l’expropriation des autochtones de leurs terres en Amazonie (même si cela favorise la déprédation de la plus grande forêt tropicale de la planète), son adhésion à Pinochet et à la dictature brésilienne de 1964-1985 et ses politiques socialement conservatrices et économiquement néolibérales.

  • Au Portugal, le petit parti d’extrême droite Chega, accusé d’incitation à la haine contre les musulman·es et les gens du voyage et de promouvoir la fermeture des frontières face aux migrant·es.

  • Plusieurs partis européens d’extrême-droite qui, bien qu’ils n’aient rien à voir avec l’Ibéro-Amérique, ont été curieusement inclus parce qu’ils maintiennent une association pancontinentale avec VOX. Parmi eux, on retrouve les antisémites et les homophobes du Forum pour la démocratie (FVD en hollandais), les xénophobes du parti Démocrates de Suède, les partisan·es d’extrême droite de Solution grecque qui souhaitent fermer la frontière avec la Turquie en positionnant des filets électriques pour électrocuter les migrant·es et interdire à l’ancienne République de Macédoine du Nord de continuer à utiliser le nom de Macédoine, car ils ne sont pas hélènes mais slaves ; ou encore les néofascistes de Frères d’Italie qui utilisent toujours comme symbole la flamme fasciste avec les trois couleurs du drapeau national. On compte également d’autres personnalités conservatrices et de l’aile droite du républicanisme états-unien, bien qu’aucune d’entre elles ne soit hispanique.

Malgré le fait que les signataires de cette « Charte de Madrid » parlent de libertés et de démocratie, ils ont tous déjà promu des coups d’État contre la gauche en Bolivie, au Venezuela et au Brésil. En parallèle, VOX revendique son pays comme le seul de toute l’Ibéro-Amérique à ne pas élire son chef d’État et à envoyer des troupes pour éviter la consultation populaire catalane et donc enfreindre l’autonomie de toutes ses régions et nations internes.

Un des leaders de VOX, et qui faisait partie de la délégation s’étant rendue à Lima, est Hermann Tersch, un espagnol aux nom et prénom allemands, fils d’un ancien fonctionnaire nazi qui avait été invité à Madrid et protégé par Franco. Tersch est le responsable du journal de VOX : « La Gaceta de la Iberosfera ».

Les associé·es péruvien·nes de VOX

C’est dans la ville qui fut la capitale principale de la vice-royauté de l’empire de Madrid que la charte de VOX a remporté le plus d’adhérent·es. Parmi la cinquantaine de signataires, on retrouve des représentant·es de la droite la plus dure du Congrès.

La figure la plus importante qui a souscrit à la charte en question est Francisco Tudela, le seul signataire à avoir été chancelier et vice-président de la République qu’il représente. Avec sa fille Adriana, la députée d’En avant pays, ils forment le seul duo père-fille au sein de ce bloc.

Il faut se rappeler que Tudela avait été élu vice-président d’Alberto Fujimori lors les élections frauduleuses de 2000, au cours desquelles l’ancien dictateur revendiquait avoir gagné avec presque 75% des votes, un pourcentage scandaleusement faux. Ces résultats étaient si révoltants que la population était sortie massivement dans les rues, entraînant une instabilité qui conduisit Fujimori à partir en voyage quelques semaines plus tard avec de nombreuses mallettes remplies de centaines ou de milliers de millions de dollars pour prendre la fuite et renoncer à ses fonctions par fax depuis le pays qui lui offrira ensuite la citoyenneté [le Japon].

Au moment où Tudela et Fujimori prêtaient serment, la Marcha de los 4 Suyos [7] arrivait au centre de Lima. Pour l’arrêter, Montesinos et Fujimori placèrent des explosifs dans la Banco de la Nación, la banque principale du pays, dont les agences étaient situées à proximité de la place San Martín, la plus grande place où organiser des événements politiques.

Ça n’a posé aucun problème aux fujimoristes d’assassiner six personnes qui travaillaient dans ces bâtiments, y compris des policier·es et des vigiles (à qui ils faisaient tant appel quand les membres du Sentier lumineux les assassinaient). Leur objectif était d’intimider, voire de faire exploser plusieurs manifestant·es et de les inculper pour les faits.

On parle du premier attentat terroriste de masse contre une capitale du monde au cours de ce millénaire, avant l’attentat du 11 septembre 2001. À ce jour, il n’a pas été prouvé que le vice-président Tudela ou la première dame Keiko ont eu une responsabilité directe dans cette affaire, mais cette façon de sacrifier des vies innocentes parmi leurs propres uniformes dans le but d’accuser leurs opposant·es fait partie de la méthodologie de leurs mentors politiques.

Adriana, la fille de Francisco Tudela, a été la première députée à proposer une motion de censure à peine quelques jours après l’arrivée de Castillo au palais du gouvernement. Une fois encore, celles et ceux qui ont justifié l’élection frauduleuse de Fujimori-Tudela en 2000 et le renversement par Fujimori de son propre gouvernement en 1992 [8] n’ont pas voulu écouter l’opinion publique. Adriana Tudela est devenue la députée qui participe le plus souvent aux manifestations de Lourdes Flores [du Parti Populaire Chrétien] et de Jorge del Castillo pour promouvoir la motion de censure et s’insurger contre Pedro Castillo.

En plus d’elle, on compte un deuxième député : José Daniel Williams Zapata, du parti En avant pays, ainsi qu’un autre dirigeant du même parti : Miguel Yagui. Il est intéressant de voir que seuls deux des onze législateur·rices de ce parti ont souscrit à la Charte de Madrid et que leur candidat présidentiel, Hernando de Soto [9], ne souhaite pas en faire partie. Il préfère entretenir ses liens avec la droite et le centre à l’international et ne pas apparaître aussi proche des extrêmes.

Le cas du parti Rénovation populaire est différent : c’est le seul parti dont le candidat à la présidence et à la mairie de Lima et le chef de leur groupe parlementaire, ainsi que la majorité de ses législateur·rices ont adhéré à l’initiative de VOX. Parmi eux Alejandro Muñante, Ernesto Bustamante, Fabiola María Morales Castillo, Jorge Montoya, José Cueto, Néstor Quispe, Noelia Herrera, Rafael López Aliaga et Yorri Wharthon.

Dans le parti Alliance pour le progrès (APP), on compte le député César Combina et l’ancien ministre Daniel Córdova, participant assidu aux conférences de presse et aux manifestations en faveur de la motion de censure. Leur candidat présidentiel et le gros du groupe parlementaire d’APP préfèrent ne pas s’associer à de tels extrêmes et rester ouverts à une droite moins dure.

Pour ce qui est du groupe putschiste Coordinadora Republicana, on compte Ángel Guillermo Delgado Silva et Elizabeth Du-Bois, ainsi que d’autres signataires comme l’ancien ministre de Pedro Pablo Kuczynski et ex-président du Congrès, Pedro Oleachea, l’ancien ministre de l’Intérieur, Dardo López, Elizabeth Dulanto de Miró Quesada qui fait partie de l’influent groupe El Comercio [10], Édgar Callo et Erasmo Wong, le propriétaire de Willax télévision [11], qui représentent tous deux la chaîne de supermarché Wong, l’avocat Enrique Ghersi, un des promoteur·rices de la motion contre une nouvelle assemblée constituante et enfin toute une série de journalistes et d’entrepreneur·ses de la droite dure. Vania Thais [12] ne pouvait manquer à l’appel, elle qui s’est rendue célèbre avec sa vidéo appelant les « pitucas » (que l’on pourrait traduire par « snob » en français) à sortir manifester pour défendre leurs intérêts et qui recommande aux femmes de suivre son exemple et de se soumettre à leur mari.

López Aliaga [13] reste le seul chef de file d’un parti à promouvoir ouvertement le Forum de Madrid, tandis que Keiko Fujimori, comme nous l’avons vu, ne veut pas risquer ses bonnes relations avec Vargas Llosa et son groupe d’anciens présidents de droite latino-américains. Hernando de Soto, César Acuña et la majorité de leurs groupes parlementaires non plus ne souhaitent pas adhérer à ce Forum, mais pour des raisons ayant davantage trait à leur programme, ce qui prouve qu’ils le considèrent comme trop extrémiste.

Comme nous venons de le voir, aucun chef d’État ou ancien chef d’État latino-américain n’a souscrit à cette charte, car la droite préfère maintenir une relation plus étroite avec le PP espagnol ou les Républicains des États-Unis. Néanmoins, le fait que l’internationale la plus à droite de tout le monde hispanique ait réussi à s’infiltrer aussi profondément à l’intérieur de plusieurs partis de la droite dure péruvienne questionne. Il est possible qu’elle puisse stimuler les tentatives de déstabilisation de la fragile démocratie péruvienne en avançant que le Pérou se rapproche du narco-communisme et s’éloigne des principes civilisateurs apportés par la monarchie castillane cinq siècles en arrière.

Notes

[1] NdT : Le Damier de Pizarro ou carré de Lima est le centre-ville historique de Lima, capitale du Pérou.

[2] San Isidro est l’un des quartiers les plus riches et exclusifs de Lima

[3] NdT : Membre ou militant-es de l’APRA, parti politique Péruvien, initialement communiste révolutionnaire et devenu de droite dure, conservateur et néolibéral.

[4] Abimael Guzmán, chef de l’organisation maoïste du Sentier Lumineux, qui a causé environ 47% des morts et disparitions forcées au cours du conflit armé interne dans les années 1980 et 1990 au Pérou (le reste relevant de la responsabilités des forces armées péruviennes).

[5] NdT : excréments d’oiseaux marins utilisés comme engrais.

[6] NdT : Des partisan·es de l’ancien président colombien Alvaro Uribe.

[7] NdT : Une manifestation organisée par les opposant.es à leur investiture en 2000.

[8] En 1992, Fujimori opère un auto-coup d’État, dissout le Congrès et convoque une assemblée constituante composée de ses seul·es partisan·es, met la main sur les principaux organes de presse du pays et provoque la disparition forcée de nombreux·ses journalistes.

[9] Hernando de Soto est un théoricien de l’ultra-néolibéralisme, conseiller de l’ex-président autoritaire Alberto Fujimori, et ex-candidat présidentiel en 2021

[10] NdT : Le Groupe El Comerci est un important conglomérat de médias de communication péruvien.

[11] Willax est une chaîne télévisée d’extrême droite qui est récemment devenu mainstream, après la désaffection de nombreuses « stars » du « journalisme » télévisé de chaine plus de centre-droit et leur entrée massive a Willax.

[12] Vania Thais est une figure notoire de la droite dure et raciste péruvienne

[13] NdT : Rafael Lopez Aliaga est un candidat à la présidentielle de 2021, qui a représenté l’ultra-droite conservatrice

Isaac Bigio

Cet article, initialement paru le 5 octobre 2021 en espagnol sur le site de ALAI (copyleft), a été traduit par le français par Charlotte Henry, Charlène Brault et Gloria

Voir l’article original en espagnol sur le site de ALAI

https://www.ritimo.org/VOX-et-sa-nouvelle-internationale-d-extreme-droite

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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