Congrès des Mouvements sociaux et citoyens – Tunis, décembre 2021

Session de Malek Seghiri

Déclaration finale

Nous clôturons aujourd’hui, dimanche 12 décembre 2021 notre Congrès des mouvements sociaux et citoyens. Et ce, après la fin des travaux des ateliers et des espaces croisés, de solidarités et de convergences, et à la suite de la rencontre-débat sur les mouvements sociaux, la société civile et l’avenir de la démocratie après le tournant du 25 juillet.

La session 2021, celle du grand disparu Malek Seghiri, s’est tenu dans une conjoncture politique et sociale tendue, grosse de défis et d’enjeux brûlants. Nous avons pu mesurer l’ampleur des aspirations qui travaillent les mouvements sociaux et civils, et prendre acte des avancées réalisées par les composantes de la société civile dans l’affirmation de leur vocation à défendre les droits économique et sociaux, ainsi que les libertés publiques et individuelles en vue de préserver et d’enraciner notre démocratie.

Ce sont autant de signes qui témoignent de la vitalité de la société et de sa capacité de se défendre par elle-même par les moyens pacifiques et civils ; mais force est de constater que le bilan des dix ans passés est largement en deçà de nos espoirs. Les débuts de la décennie étaient certes prometteurs et des progrès politique réels ont été réalisés, mais les promesses de changement sociaux et économiques sont restées lettres mortes. Les politiques hérités de l’avant 2011 sont demeurées intactes et les revendications en matière d’emploi, de développement équitable et de lutte contre les disparités régionales et sociales sont toujours aussi pressantes. L’égalité demeure plus que jamais au cœur du mouvement social et les vagues de mobilisation au nom de ce droit ne se sont jamais démenties et ne sont pas près de s’arrêter.

Il y a pire : l’ampleur sans précédent de la corruption, la fréquence des abus sécuritaire, l’instrumentation de la Justice, la stigmatisation des militants du mouvement social et civique, les violations répétés des droits de l’homme, l’impunité des responsable comme au bon vieux temps de l’ancien régime. A croire que nous sommes condamnés à l’éternel retour du même, ou presque. Dix ans après, les forces de la Révolution, du changement social et démocratique attendent toujours le fruit des années de sacrifices et de luttes. Tout se passe comme si les sacrifices ont été vains, comme si l’incapacité des forces en questions à peser sur le cours des choses est avérée. Mais le fin mot de l’histoire n’est pas dit.

Le constat premier qu’il importe de dresser est que séquence qui vient de s’écouler, ses bruits et ses fureurs politiques et sociales a été marqué par un rapport de force en faveur de nos adversaires, de ceux qui œuvrent à escamoter les acquis de la révolution, à entraver le processus révolutionnaire et à saboter tout changement radical en faveur des couches populaires.

En clôturant les travaux de cette session, les congressistes, pleinement conscients du rôle qu’ils se sont arrogé, tiennent à affirmer leur volonté de préserver le nouvel espace inauguré par leur travaux, à veiller sur la diversité de ses composantes, à entretenir l’élan premier qui a présidé à son ouverture, à œuvrer pour son ancrage social et territorial.

Cela suppose un esprit résistant, collectif et solidaire à même de nous rendre plus fort et de faire en sorte que notre voix porte et que notre image s’impose auprès de l’opinion publique nationale.

Nous sommes aujourd’hui convaincus que la date du 25 juillet 2021 constitue un tournant politique décisif pour notre pays. Il tient à nous, dans cette foulée, de consacrer la rupture avec le passé, immédiat et plus lointain, et de renouveler l’espoir d’une Tunisie démocratique, stable et plus juste. Ces aspirations ne peuvent en aucune manière se concrétiser par le pouvoir d’un seul, par le mépris du rôle des institutions, des organisations nationales, des associations, des partis et des forces de la jeunesse… Ni par le refus de tout dialogue démocratique, pluraliste.

Les congressistes mettent en garde le gouvernement contre le reniement des engagements pris auprès des chômeurs et des citoyens astreints au travail précaire, à commencer par l’application de la loi 38, le règlement urgent des dossiers des travailleurs des chantiers, des titulaires de doctorats et chercheurs, sans compter la situation si douloureuse des mères et familles des disparus de l’émigration non « régulière ».

Ils tiennent à souligner la nécessité de mettre un terme à la dégradation continue de l’environnement dans plusieurs régions et à trouver d’urgences des solutions rationnelles pour la gestion des déchets, en un mot à respecter le droit des Tunisien.n.es à vivre dans un environnement sain.

La tâche la plus urgente aujourd’hui, pour sortir de la double impasse de l’avant et de l’après 25 juillet, et de mettre un terme à cette crise à répétition, c’est la construction d’un commun démocratique et social porté par les différentes composante de notre famille sociale et démocratique au sens le plus large. Les congressistes chargent le comité du suivi des recommandations finales de publier le rapport de synthèse dans les semaines qui viennent et de faire en sorte qu’il sera une contribution à la mise en place d’une plateforme pour nos résistances solidaires, et d’ouvrir les horizons pour nos luttes communes dans l’étape qui vient.

La construction du commun suppose l’impulsion d’un processus d’échanges et de coordination afin de fédérer les effort pour l’émergence d’une troisième voie permettant de forcer la double impasse et d’ouvrir des perspectives permettant aux mouvements sociaux et citoyens, aux expressions et initiatives de la jeunesse, à l’UGTT, aux forces politiques démocratiques, de jouer un rôle marquant. Avec, en point de mire, la sauvegarde des libertés, la fin de l’état d’exception, le retour à la légitimité démocratique et la mise en place en urgence d’un plan de salut économique et social.

Les congressistes recommandent au Comité de préparation du congrès de veiller à la poursuite des efforts pour la mise en réseau des partenariats et lui confie la tâche de suivi de l’étape qui vient, d’organisation des consultations et des discussions, aux échelles locales et nationale, avec tous les partenaires existants et de s’ouvrir sur de nouveaux acteurs.

Tunis, Palais des congrès

Dimanche 12 décembre 2021

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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