Le danger des fausses accusations d’antisémitisme

Nous ne sommes qu’à une semaine de l’année 2022, et déjà les efforts pour redéfinir l’antisémitisme – ou, plutôt, pour rendre le terme si contradictoire et amorphe qu’il est vidé de toute signification – se poursuivent à un rythme soutenu. Quelques jours à peine avant le premier anniversaire de l’attaque du Capitole, au cours de laquelle une foule antisémite armée, alimentée par une conspiration, a tenté de saboter le décompte des voix du Congrès, un haut fonctionnaire israélien a suggéré que le fait de poster une photo de drapeaux palestiniens lors d’une manifestation, accompagnée d’un slogan ouvert sur la solidarité, équivalait à de la haine anti-juive.

L’insistance publique de l’ancien ambassadeur d’Israël aux Nations unies, Danny Danon, selon laquelle l’actrice britannique Emma Watson est antisémite pour avoir posté cette photo, doit être reconnue pour la farce qu’elle est. Mais c’est aussi l’occasion d’évaluer la signification profonde de la tentative, par de nombreux représentants et partisans d’Israël, de faire coïncider presque entièrement le discours sur l’antisémitisme avec celui sur Israël-Palestine.

La critique de Danon est un exemple particulièrement flagrant de ce qui est le moteur conceptuel de la hasbara, ou propagande d’Etat israélienne, depuis un certain temps : à savoir, l’idée qu’il est au mieux ignorant, et au pire antisémite, de faire référence aux Palestiniens en dehors du contexte du préjudice causé à Israël et aux Juifs, ou de la munificence israélienne des deux côtés de la ligne verte.

Cette logique repose sur quelques hypothèses. La première est qu’il n’y a pas de distinction entre l’État d’Israël et les Juifs du monde entier (ce qui est une croyance antisémite). La deuxième est que, puisque les Palestiniens sont presque exclusivement associés au terrorisme, tout ce qui suggère qu’ils pourraient mériter des droits, la souveraineté et la solidarité est en soi une expression de soutien à la violence contre les Juifs. Et la troisième est que l’occupation militaire est une force du bien, non seulement pour la sécurité d’Israël et de la diaspora juive, mais aussi en tant que dernière ligne de défense de « l’Occident » contre « les forces de l’Islam radical ». À partir de cette position, il est facile de condamner le soutien aux Palestiniens et la critique de l’oppression israélienne comme les deux faces d’une même pièce antisémite.

Mis à part les calomnies, les fausses équivalences et les amalgames, il y a plusieurs problèmes à présenter ces revendications comme une forme de défense des Juifs. L’un d’eux est qu’en agissant ainsi, on pose essentiellement la violence de l’État israélien (nettoyage ethnique, incarcération massive, exécutions extrajudiciaires, vol de terres, etc.) comme une forme de comportement protégé parce qu’elle est exercée par des Juifs. Le deuxième problème – et c’est là que l’attaque de Capitol entre en jeu – est que ce récit reproduit le type de conspirationnisme qui a été si dévastateur pour les Juifs dans le passé, et qui a fait une résurgence fulgurante ces dernières années dans l’extrême droite mondiale. Une grande partie de la hasbara repose sur l’hypothèse de travail selon laquelle les Palestiniens font partie d’un effort international visant à subvertir « le monde libre » et qu’ils utilisent la ruse, la tromperie et la manipulation des médias pour atteindre leurs objectifs. L’idée d’une conspiration islamique mondiale n’a rien d’original, mais sa promotion quasi-universelle par des partis politiques d’extrême droite prospères dans le monde entier témoigne de son attrait durable.

Tout cela explique pourquoi un diplomate israélien chevronné peut, sans sourciller, qualifier quelqu’un d’antisémite pour une déclaration qui – avec tout le respect dû à Emma Watson – ne dit pas grand-chose, si ce n’est qu’elle reconnaît que les Palestiniens sont des personnes ayant des droits qui devraient être respectés.

Les dommages que de telles accusations fallacieuses causent, y compris aux efforts visant à lutter contre l’antisémitisme réel, sont, pour les hasbaristas dans le moule de Danon, totalement hors de propos. Ce qui importe, c’est de maintenir la fiction selon laquelle en soutenant les Palestiniens, vous détestez par défaut les Juifs. Et cela – à tout moment, mais surtout au cours d’une semaine où nous nous rappelons que des suprémacistes blancs soutenus par le GOP ont saccagé le Capitole – est une folie, une insulte à ceux qui combattent et subissent le véritable antisémitisme, et une mauvaise nouvelle pour les Palestiniens comme pour les Juifs.

Natasha Roth-Rowland

+972

Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

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The danger of false accusations of antisemitism 

We are just about a week into 2022, and already the efforts to redefine antisemitism – or, rather, make the term so self-contradictory and amorphous that it is emptied of all meaning – are continuing apace. Mere days before the first anniversary of the Capitol assault, in which an armed, conspiracy-fueled, antisemitic mob tried to sabotage Congress’ electoral vote count, a high-profile Israeli official suggested that posting a picture of Palestinian flags at a protest alongside an open-ended slogan about solidarity is tantamount to anti-Jewish hatred.

The public insistence of Israel’s former UN Ambassador Danny Danon that the British actor Emma Watson is an antisemite for making said post should be recognized for the farce it is. But it also presents an opportunity to assess the deeper meaning of the attempt, by many of Israel’s representatives and supporters, to make the discourse around antisemitism almost entirely coterminous with the one around Israel-Palestine.

Danon’s criticism is a particularly egregious example of what has been the conceptual engine of hasbaraor Israel’s state-sponsored propaganda, for some time: namely, the idea that it is at best ignorant, and at worst antisemitic, to reference Palestinians outside the context of either harm to Israel and Jews, or Israeli munificence on both sides of the Green Line.

This logic rests on a few assumptions. The first is that there is no distinction between the State of Israel and Jews worldwide (which is an antisemitic belief). The second is that, because Palestinians are to be almost exclusively associated with terrorism, anything that suggests they might be deserving of rights, sovereignty, and solidarity is in itself an expression of support for violence against Jews. And the third is that the military occupation is a force for good, not only for the safety of Israel and the Jewish diaspora, but also as “the West’s” last line of defense against “the forces of radical Islam.” From this position, it’s an easy step to condemn support for Palestinians and criticism of Israeli oppression as two sides of the same antisemitic coin.

Slander, false equivalences, and conflation aside, there are several problems with making these claims as a form of Jewish defense. One is that doing so essentially posits Israeli state violence (ethnic cleansing, mass incarceration, extrajudicial killing, land theft, etc.) as a form of protected behavior because it is being carried out by Jews.

The second issue – and this is where the Capitol assault comes in – is that this narrative replicates the kind of conspiracy-mongering that has been so devastating to Jews in the past, and which has made a breakneck resurgence in recent years on the global far right. So much of hasbara rests on the working assumption that Palestinians are part of an international effort to subvert “the free world,” and that they use trickerydeceit, and media manipulation to achieve their aims. The idea of a global Islamic conspiracy is by no means an original one, but its near-universal promotion by successful far-right political parties around the world is a testament to its enduring pull.

All of this is why a seasoned Israeli diplomat can, with a straight face, libel someone as an antisemite over a statement that – with all due respect to Emma Watson – doesn’t actually say a great deal, beyond acknowledging that Palestinians are people with rights that should be fulfilled.

The damage that such spurious accusations cause, including to efforts to tackle actual antisemitism, are, for hasbaristas in the Danon mold, entirely irrelevant. What matters is maintaining the fiction that by supporting Palestinians, you are by default hating Jews. And that – at any time, but especially during a week in which we remember GOP-backed white supremacists rampaging through the Capitol – is a folly, an insult to those fighting and experiencing real antisemitism, and bad news for Palestinians and Jews alike.

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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