Des féministes rebattent les cartes du désir, de l’amour, des relations sexuelles

COUVERTURE_BD_244

« Comment faire ? Commençons par muer, décoller les peaux qui nous tiraillent, qui craquent de partout, ces oripeaux de la culture de domination ». Dans son éditorial, « Ensemble », ça se tricote, Sabine Panet parle de la différence entre apprendre et inculquer, du saisir par l’esprit, de connaissances et de mémoire, « En revanche, on peut apprendre, ensemble. Apprendre à désapprendre… Et réapprendre, pour mieux appréhender ensemble », de solidarités à tricoter, « Dans cette période grise où les espaces publics se sont racrapotés, où les lieux de croisement sont devenus étriqués, où la démocratie perd des plumes, rencontrons-nous pour apprendre »…

Dossier : L’amour au temps du patriarcat

« Une saga de près de deux mille ans, de la subversion, du pouvoir, de la violence, des trahisons et un miracle. L’amour au temps du patriarcat, c’est tout ça à la fois. Amour rime avec inégalités, des institutions jusqu’au lit ; avec quelques miracles glorifiés par-ci par-là, pour continuer à y croire ».

Penser l’amour en sorcières. « Comment vivre des relations sans violence ? Comment politiser l’intime ? Comment se retrouver et libérer nos sentiments ? Comment redéfinir et libérer nos désirs ? ». Discussion avec Valérie Piette et Charlotte Pezeril. Le consentement et son histoire, la présomption de consentement, des rapports sexuels « sans plaisir, par simple conformité, pour répondre à la norme », des injonctions virilistes. Les autrices insistent, entre autres, sur la découverte et l’apprentissage de son corps, la destructions des normes, l’inclusion des hommes, le parler du plaisir, « L’apprentissage du plaisir doit aussi passer par la culture, l’art, la chanson, les séries », l’invention, « on n’est pas non plus totalement sortis du script sexuel marqué par la pénétration et qui se clôture par l’éjaculation »…

Laisser entendre que des sociétés de l’Europe de l’Est eurent quelque chose à voir avec le socialisme reste un mensonge partagé à la fois par les bureaucraties des partis communistes et par les droites. Kristen Ghodsee n’est pas responsable du titre de l’édition et son sous-titre est bien plus approprié, « plaidoyer pour une indépendance économique ». Les conditions socio-politiques influencent les amours, « la vie amoureuse et sexuelle se partage et ne s’échange pas contre contre des ressources, matérielles ou symboliques ». Ce qui se passe ou pourrait se passer dans les chambres à coucher (et ailleurs) n’est pas indépendant des rapports sociaux. La libido est aussi une construction sociale. L’économie de marché non seulement ne garantit pas les droits sexuels et reproductifs, mais entrave les possibilité même des jouissances sexuelles, en particulier pour les femmes…

L’idéologie du nazisme, la différenciation et la hiérarchisation, les indésirables considéré·es comme « ennemis intérieurs » de la communauté du « peuple-race », les contraintes à la maternité. Selon Elissa Mailänder « c’est là toute l’emprise idéologique d’un tel système, dont la force était telle qu’il accompagnait les individus dans leur vie quotidienne, et ce jusqu’au plus profond de leur intimité »…

En complément possible :

Sonia Dayan-Herzbrun : Production du sentiment amoureux et travail des femmes, https://entreleslignesentrelesmots.blog/2016/11/14/production-du-sentiment-amoureux-et-travail-des-femmes/

Mona Chollet : Réinventer l’amour. Comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles, https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/11/15/le-deni-ne-nous-sauvera-pas/

Catherine Le Magueresse : Les pièges du consentement. Pour une redéfinition pénale du consentement sexuel, https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/11/24/briser-linfamant-carcan-de-la-presomption-de-consentement-qui-pese-sur-les-victimes/

Andrea Dworkin : Coïts, https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/03/06/pour-defendre-sa-dignite-il-faut-dabord-en-avoir-une/

 

Parmi les autres textes publiés, je signale notamment :

  • « La femme l’ignore souvent, mais son gant de boxe le plus menaçant, c’est l’homme qui partage sa vie »

  • Des violences gynécologiques et obstétricales, « Accoucher doit aujourd’hui être un acte rentable économiquement, cela induit des mauvais traitements ».

  • Les liégeoises balancent leur bar, « Partout, des femmes et des jeunes filles dénoncent les agressions subies dans des bars, la drogue mise dans leur verre à leur insu par des inconnus », la disparition rapide des produits dans le sang des victimes, le sentiment d’humiliation puis de culpabilité, le courage de se défendre, #balanceTonBar.

  • Des révolutionnaires de l’amour, bell hooks, Madeleine de Scudéry, Chimamanda Ngozi Adichie, Emma Goldman, Dorothy Allison, Brigitte Vasallo.

  • Dénoncer l’inceste : paroles de mères, déni de justice. « L’enquête que vous allez lire traite du renversement total de responsabilité qui s’opère dans les institutions de notre pays lorsque des mères dénoncent l’inceste commis par le père ». Des récits de femmes, le sentiment de n’avoir pas écouté, « Le début des violences, insidieux, l’isolement, la perte progressive des repères, la culpabilité », l’inversion des situations et les mises en cause des mères dénonciatrices, les protectrices déclarées comme « aliénantes », le monde judiciaire, les enfants, la mémoire traumatique, le mythe de la famille comme espace sécurisé, l’idée répandue « selon laquelle un mari violent est un bon père », l’invention du Syndrome d’aliénation parentale (SAP), le soi-disant « intérêt supérieur de l’enfant », le système inceste. « L’analyse féministe éclaire la raison de ces écarts en replaçant l’inceste dans le continuum des violences faites aux femme. L’appropriation de leur corps est estimée légitime en société patriarcale ; il en va de même pour le fruit de leurs corps : leurs enfants »…

En complément possible : Dorothée Dussy : Le berceau des dominations,
https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/04/09/reedition-le-berceau-des-dominations/

  • La brigada Serpientes, la « capucha »

  • Les influenceuses cathos tissent leur toile. Je regrette l’utilisation de plus en plus en courant du terme influenceur/influenceuse très dépolitisant. Car malgré leurs dénis, il s’agit bien d’une forme de militantisme politique, « Les youtubeuses cathos continuent leur offensive prétendant prêcher la bonne parole et sauver le monde en s’assurant que les hommes blancs restent bien au centre ».

  • Les effets des inondations en Wallonie.

  • Iel et l’indécence, l’imaginaire collectif et les mensonges autour de la langue, la soi-disant pureté anhistorique du langage, « L’outrage à la langue n’est pas une catégorie juridique, mais imaginaire, ce qui n’empêche pas son poids et sa productivité », la dévaluation de la parole de l’autre, « Dévaluer grammaticalement la parole de l’autre en fonction de normes strictes pour empêcher sa parole de circuler ou d’être entendue, lue et écoutée dans les débats publics », la pratique de la haine.

En complément possible : Eliane Viennot : « Iel » trouve sa place dans la langue égalitaire, https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/12/15/iel-trouve-sa-place-dans-la-langue-egalitaire/

  • Cancer du col de l’utérus et papillomavirus

  • Une nouvelle de Myriam Leroy : Un garçon

  • et toujours de riches rubriques : actualités révoltante, culture et informations internationales

Un journal de nos amies belges à faire connaître.

Axelle 244, janvier – février 2022, http://www.axellemag.be

Autres numéros : /revue/axelle/

Didier Epsztajn

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :