Nantes Révoltée menacée de dissolution (+ pétition et autres articles)

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Nous nous souvenons toutes et tous que sans les images de Nantes Révoltée, la vérité sur la mort de Steve Maia Caniço n’aurait jamais été établie. Voir ici, ce que je nommais en 2019 « Les trois cadavres de la Macronie ».

Aujourd’hui une nouvelle étape vient d’être franchie dans la fascisation de notre pays. Au moment où l’extrême droite, y compris la plus radicale, prend ses aises dans les médias et la politique, dans l’opinion publique et dans nos rues, où moment où elle agit en toute impunité et propage sa haine avec l’appui et les faveurs du pouvoir macronien, le même pouvoir lance une attaque majeure contre un média engagé et indépendant. Dans un article intitulé « En Marche et la droite demandent la dissolution de Nantes Révoltée au Ministre de l’Intérieur », la rédaction du journal fait ce constat, cinglant et vrai : « Le pouvoir asphyxie la moindre parcelle qui lui échappe encore, la moindre parole divergente, le moindre contre-pouvoir. »

Voici les faits en trois étapes. Le 24 janvier Christelle Morançais, présidente de la Région Pays-de-la-Loire, soutien de Sarkozy, proche de Fillon et porte-parole de Pécresse, demande dans un tweet la dissolution du « groupement de fait d’ultra-gauche ». Le même jour Laurence Garnier, sénatrice Les Républicains va sur le plateau de CNEWS, la chaine de l’ultra-droite raciste et haineuse, pour réclamer la dissolution de Nantes Révoltée. Le 25 janvier, répondant à la question d’une députée LREM de Loire-Atlantique, Valérie Oppelt, Darmanin annonce à l’Assemblée nationale qu’il lance la procédure de dissolution du média. 

L’opération, fort bien concertée entre des élu.es LR et LREM, n’est pas qu’une diversion électoraliste visant à renforcer un peu plus les droites extrêmes et montrant ainsi la collusion idéologique entre toutes les droites et le pouvoir. Elle est aussi et surtout une nouvelle tentative pour faire taire, par la violence de l’État, toute expression libre et toute critique d’un pouvoir liberticide. Que ce pouvoir s’en prenne aux antifascistes et aux médias indépendants, tout en laissant prospérer et en légitimant les acteurs de la fascisation de la société, en dit assez sur sa véritable nature.

Je relaie ci-dessous le texte d’une pétition qui mérite d’être lue et diffusée largement.

Pascal Maillard

https://blogs.mediapart.fr/pascal-maillard/blog/260122/nantes-revoltee-menacee-de-dissolution

Signez la pétition !

CONTRE LA DISSOLUTION DE NANTES REVOLTÉE

En France, plus personne ne croit les médias dominants. Une étude révèle qu’à peine 30% de la population déclare encore « faire confiance aux médias ». Un taux comparable à celui de la Slovaquie et la Hongrie. Dans notre pays, la quasi-totalité des journaux et chaines de télévision sont possédés par une poignée de milliardaires, majoritairement d’extrême droite. Dans ce contexte, un banquier mégalomane est propulsé au pouvoir. Un chroniqueur pétainiste monopolise le temps d’antenne. La femme d’un ministre anime une émission sur son propre mari. La police et l’extrême droite habitent quasiment sur les plateaux de télévision. On nous impose au quotidien des débats sur la possibilité de tirer sur les Gilets Jaunes, la façon la plus brutale de traiter les musulmans ou de laisser mourir les non-vaccinés, la manière la plus efficace de détruire ce qu’il reste de conquêtes sociales. Nous subissons, collectivement, une entreprise de conditionnement, un lavage de cerveau, un affaissement de nos imaginaires extrêmement violent.

Mais pour les tenants du pouvoir, cela n’est jamais assez. Il faut encore faire taire les voix, minuscules, qui tentent de faire vivre une information indépendante. De faire entendre d’autres paroles. Le ministre Gérald Darmanin annonce sa volonté de dissoudre Nantes Révoltée. En 10 ans d’existence, ce média indépendant a mené un travail quotidien de journalisme, réalisé des milliers d’articles, de reportages, d’analyses, publié dix revues. Nantes Révoltée documente avec sérieux les violences d’État, et joue un vrai rôle de contre-pouvoir local et national. Leurs articles sont lus par plusieurs millions de personnes chaque mois. Sans Nantes Révoltée, il n’y aurait sans doute pas eu d’affaire Steve, en 2019. Et puisque Nantes Révoltée donne la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas, qu’on exploite, qu’on réprime, elle relaie aussi les appels à manifester. C’est sur ce point que le gouvernement veut dissoudre ce média.

Si relayer des appels à manifester est un motif de dissolution, alors le gouvernement va devoir dissoudre plusieurs dizaines d’organisations, syndicats, pages Facebook. Si s’opposer aux violences d’État comme le fait Nantes Révoltée est un motif de dissolution, il va falloir « dissoudre » aussi des centaines de journalistes, de pages Facebook, de médias qui travaillent sur ces questions. Et après ?

Un ministre accusé de viol, un député amateur de homard, un président banquier élu grâce au chantage électoral, une élue proche de l’escroc condamné François Fillon : voilà le pedigree des individus qui prétendent nous faire taire au nom de l’ordre et de la légalité. Cette procédure administrative vise à asphyxier les oppositions, les contre-pouvoirs. C’est une attaque en règle contre la liberté de la presse et la liberté d’expression de la part d’une minuscule caste qui ne représente plus qu’elle même.

En 2022, le régime politique semble avoir atteint un niveau d’illégitimité et de faiblesse si élevé qu’il se sent menacé par un petit média indépendant et local. En 24h, une poignée d’élus de droite et d’extrême droite auront obtenu du ministre de l’Intérieur une procédure de dissolution, formulée à l’Assemblée Nationale, et applaudie par des dizaines de députés. Nous avons une bonne nouvelle : un régime aussi faible, aussi fébrile, aussi grotesque, est un régime sur le point de tomber.

Nous, lecteurs et lectrices, médias indépendants, soutenons Nantes Révoltée et nous opposons à la dissolution de médias indépendants, et comptons bien faire bloc contre l’offensive autoritaire du gouvernement à l’égard des voix divergentes. 

Signez la pétition !

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Nantes Révoltée, et nous avec elle

« Dolorès : Et comment vous appelez un pays qui a comme président un militaire avec les pleins pouvoirs, une police secrète, une seule chaîne de télévision et dont toute l’information est contrôlée par l’État ? Oss 117 : J’appelle ça la France, mademoiselle. Et pas n’importe laquelle ; la France du général de Gaulle. »

Certes, on n’en est pas là, mais la France du général Macron commence à voir, dans le domaine de la liberté d’expression, des signaux qui virent fâcheusement au rouge.

Rétrogradée à la 34e place sur 180 pays en termes de liberté de la presse, elle est régulièrement condamnée pour les nombreuses violations du droit d’informer dans le cadre du « nouveau schéma national de maintien de l’ordre » et du projet de loi dit de « sécurité globale » ; les manifestations sont devenues pour partie des zones de non-droit dans lesquelles le travail des journalistes est de plus en plus compliqué à exercer, voire dangereux, avec de nombreux cas de reporters blessés par des tirs de LBD, matraqués, visés par des jets de gaz lacrymogène, arrêtés arbitrairement, ou privés brutalement de leur matériel de reportage. En outre, en 2020, deux journalistes d’investigation au moins ont été convoqués par l’IGPN dans le cadre d’enquêtes pour « recel de violation du secret professionnel ».

Très récemment encore, l’audition devant le Sénat de de MM. Bernard Arnault et Vincent Bolloré – le premier ayant mis en place l’espionnage du journal local d’investigation Fakir, et le second ayant racheté massivement des médias afin d’en faire une gigantesque plateforme de propagande pour l’extrême-droite – les a vu éviter toute question dérangeante sur leur pouvoir économique et médiatique, et se poser en gentils philanthropes connaissant mal l’univers des médias, murmurant : « L’objectif pour nous, c’est de faire en sorte que ces entreprises puissent devenir rentables. Et de faire en sorte que ce petit groupe de presse prospère. C’est notre objectif et ça ne va pas plus loin ». Mouais…

Et voilà donc que Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur d’un président de la République pour lequel les « journalistes » ne sont là que pour véhiculer avec dévotion sa sainte parole venue d’en haut, s’en prend frontalement et brutalement à l’un des nombreux médias indépendants et de proximité qui, dans tout le pays, dans les villes et villages, souvent à base de bénévolat et d’autofinancement, tentent de faire vivre l’éthique journalistique sobrement résumée par Albert Londres dans une formule souvent citée : « mettre la plume dans la plaie ». Donc : déplaire, déranger, mettre le(s) pouvoir(s) face à ses contradictions, ses violences et ses failles, et donner voix à celles et ceux qui ne l’ont pas.

Cette demande de dissolution se fait notamment, nous rapporte Nantes Révoltée dans son communiqué, par les voix de la responsable LREM de Nantes et de la présidente de la région Pays-de-la-Loire, qui se sont affirmées soucieuses de « ne plus laisser prospérer cette idéologie anarchiste (1) et haineuse plus longtemps », affirmant que « depuis près de dix ans, des centaines de policiers et d’habitants ont été blessés au cours de ces manifestations violentes ». Côté policier, on ne sait pas trop, mais ce qui est sûr, c’est que lors de ces manifestations, de nombreuses personnes ont été arrêtées, blessées, mutilées par les forces de l’ordre. Et que ces exactions ont été dûment renseignées par Nantes Révoltée, qui remplit depuis des années avec minutie et passion son rôle de contre-pouvoir médiatique local.

Pire : Nantes Révoltée est accusée de nuire « à l’image et à l’attractivité de la capitale régionale ». Comme si le rôle de tout organe de presse était de relayer complaisamment la propagande municipale   au moins, le propos est clair : médias, faites-nous de la pub’, ou bien disparaissez.

Mais voilà : Nantes Révoltée serait un « groupement de fait d’ultra-gauche » qui « répète sans cesse des appels à la violence (…) contre l’État, contre les policiers, avec des propos absolument inacceptables », s’est alarmé Gérald Darmanin à la tribune de l’Assemblée Nationale, réclamant donc la dissolution du média, sur la base semble-t-il de l’article L212-1 du Code de la sécurité intérieure, visant « toutes les associations et groupement de faits qui provoquent à des manifestations armées ou à des agissements violents à l’encontre des personnes ou des biens ». 

Problème   en tant que média consacré aux « luttes sociales et environnementales », Nantes Révoltée, comme ils et elles le répètent avec insistance à chaque fois que cette accusation leur est faite, ne fait que relayer ces appels à manifester. Puis, en bon média local, ses membres se rendent dans ces manifestations afin de les couvrir et de rapporter ce qui s’y passe. En gros : Nantes Révoltée fait son travail.

Comme le média le rappelle dans son communiqué, « depuis 10 ans Nantes Révoltée propose une information indépendante, au service des mobilisations. Depuis 2012, nous avons publié des milliers d’articles, d’enquêtes, de visuels, de photos, d’analyses. Nous avons écrit des revues, donné la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas, réalisé de grandes fresques. Nous sommes désormais lu-es par plusieurs millions de personnes chaque mois. Et tout cela de façon totalement auto-produite et bénévole, sans publicité ni subventions ». C’est notamment Nantes Révoltée qui, le lendemain de la fête de la musique en 2019, avait publié les vidéos de la charge policière qui avait été fatale à Steve Maïa Caniço.

La dissolution pure et simple d’un média ayant simplement relayé des appels à manifestations, et couvert ces dernières, constituerait une atteinte directe aux droits fondamentaux, notamment à la liberté d’expression et à la liberté de la presse, et un précédent aussi dangereux qu’inacceptable.

Nous, médias & journalistes indépendants, ou autres, dont une partie peut-être ne partage pas totalement la ligne éditoriale de Nantes Révoltée, ne pouvons accepter ni rester silencieux devant cette énième attaque du pouvoir macroniste qui piétine maintenant depuis cinq trop longues années les principes de la démocratie dans laquelle nous sommes censés vivre. S’en prendre à ce média, c’est s’en prendre à nous toutes, à nous tous.

Mačko D. et toute la rédaction du mensuel Mouais (Nice)

La Pétition est ici.

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Signataires (pour se joindre à la fête : contact@mouais.org : 

La Mule du pape (Montpellier)

Yannis Youlountas, activiste anarchiste et vidéaste

Mediacoop (Auvergne) 

Cédric Herrou, activiste, auteur notamment de « changer son monde »

Le Poing (Montpellier)

Rapports de Force (Montpellier)

Ludivine Bantigny, historienne, autrice de « La Commune au présent »

Le Nouveau journal du pays de Fayence (Fayence)

Ciao Viva (Grasse)

Pilule Rouge (Nice)

Les Autres voix de la presse (Colmar)

La Lettre à Lulu (Nantes)

Jean-Pierre Duteuil ; activiste anarchiste et éditeur (éditions Acratie)

Le Trente-Deux (Tarn)

Le Monte-en-l’air (librairie et éditeur, Paris)

Primitivi (Marseille)

Zin TV (Bruxelles)

SMK Video Factory (Bologne)

Ricochet (Drôme)

Les pieds dans le PAF (Loire-Atlantique)

La Gueule ouverte (partout)

TV Citoyenne (Chambéry)  

Démosphère Ariège (Ariège, donc)

Le Ravi (Marseille)

Philippe Merlant, journaliste et conférencier gesticulant

Pascal Maillard, universitaire, militant syndical et blogueur Mediapart

(1) On ne saurait trop leur conseiller de se renseigner sur ce qu’est réellement l’anarchie.

https://blogs.mediapart.fr/mouais-le-journal-dubitatif/blog/270122/nantes-revoltee-et-nous-avec-elle

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Nantes Révoltée : un parfum de censure

Le gouvernement a décidément un problème avec la liberté d’informer. Le 25 janvier, le ministère de l’Intérieur a annoncé qu’il allait engager le processus de dissolution administrative du média indépendant Nantes Révoltée.

Présenté par le ministère de l’Intérieur comme un groupement représentant l’ultra-gauche, Nantes Révoltée – qui se définit comme un média autonome et engagé sur les luttes sociales et environnementales à Nantes et dans le monde – réalise un travail d’information, nourri par des documents, des articles et des vidéos, des témoignages. Nantes Révoltée s’est fait l’écho de nombreuses violences policières à Nantes (notamment l’affaire Steve Maia Caniço, ce jeune noyé dans la Loire après une charge de la police lors de la fête de la musique), d’articles sur des faits de société, de sujets sur un autre modèle de société.

Le Syndicat national des journalistes (SNJ), première organisation de la profession, condamne le lancement du processus de dissolution administrative de Nantes Révoltée et demande au ministère de l’Intérieur d’y renoncer sur le champ.

Le SNJ s’inquiète de cette grave dérive autoritaire de la part du ministère de l’Intérieur de s’en prendre aux médias indépendants. La place Beauvau utilise la loi Séparatisme à des fins politiques. Aujourd’hui Nantes Révoltée, à qui le tour demain ?

La dissolution d’un média, une première depuis 1945, constituerait une grave atteinte à la liberté d’informer et d’être informé, à la liberté d’opinion et à la liberté d’expression.

Le SNJ sera aux côtés des organisations soucieuses de préserver les libertés fondamentales en France.

Paris, le 31 Janvier 2022

 

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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